Mort d'une jeune migrante dans les Alpes : quatre ans après, un nouveau témoignage met en cause la version des gendarmes

Quatre ans après la mort de Blessing Matthew à la frontière franco-italienne dans les Alpes, un nouveau témoignage pointe la responsabilité des gendarmes dans la mort de la jeune migrante nigériane de 21 ans. Par deux fois, la justice a prononcé un non-lieu dans cette affaire.

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Deux migrants à la frontière franco-italienne, en janvier 2018. (PHOTO D'ILLUSTRATION / PIERO CRUCIATTI / AFP)

Et si ce témoignage venait relancer une affaire que la justice a déjà tranchée par deux fois ? Il y a 4 ans, le 9 mai 2018, Blessing Mattew, une migrante de 21 ans originaire du Nigeria, était retrouvée morte noyée dans la Durance, dans les Alpes, à la frontière franco-italienne, après un contrôle de gendarmerie. Par deux fois, la justice a prononcé un non-lieu dans ce dossier, la cour d'appel de Grenoble jugeant en février 2021 qu'aucun élément ne permettait d'étayer les accusations visant les gendarmes.

>> "Ils sont des morts silencieux" : que deviennent les migrants qui ont péri en tentant de passer par la France ?

Lundi 30 mai 2022, une association d'aide aux migrants, Tous migrants, ainsi que la sœur de la migrante, ont réclamé la réouverture de l'enquête à la lumière d'un témoignage inédit mettant en cause la version des gendarmes. Officiellement, ceux-là n'ont pas vu Blessing Matthew tomber dans la Durance ce matin du 7 mai 2018, alors qu'ils tentaient de l'interpeller.

Une course poursuite avec les gendarmes ?

Vincent Brengarth, l'avocat de la sœur de Blessing, a fait une nouvelle demande d'ouverture d'instruction, en s'appuyant sur un nouveau témoignage clef. "Ce nouveau témoignage est totalement déterminant, explique-t-il. C'est une des personnes exilées qui étaient présentes au moment des faits. Cette personne confirme que les gendarmes ont vu Matthew Blessing et qu'il y a eu une course poursuite qui a conduit à son décès."

"C'est une nouvelle preuve que la justice devra prendre en considération pour rouvrir le dossier."

Vincent Brengarth

à franceinfo

Ce témoin n'avait jamais parlé par crainte d'être arrêté. Selon Sarah Bachelière, chercheuse pour l'association Border Forensics qui enquête sur la mort des exilés,  son témoignage est capital car il contredit la version des gendarmes. Elle a analysé tous les procès-verbaux. "Il y a onze gendarmes qui sont interrogés. Ces onze gendarmes livrent des versions des faits qui sont non seulement contradictoires entre elles mais qui sont en plus incompatibles dans le temps et dans l'espace", estime-t-elle. La chercheuse pointe par exemple des incohérences des gendarmes interrogés sur l'heure des faits, sur la précision du récit, certains n'évoquant pas la migrante tandis que d'autres oui.

"Au lieu d'avoir relevé ces contradictions dans le cadre d'une enquête de police judiciaire, les conclusions de l'enquête disent que les témoignages des gendarmes convergent, qu'ils sont précis et cohérents, qu'il n'y a pas de flou", dénonce-t-elle.

"Il y a une sélection de certaines parties de certains récits pour reconstruire une version des faits homogène dans laquelle sont gommées ces contradictions."

Sarah Bachelière, chercheuse chez Border Forensics

à franceinfo

Selon Sarah Bachelière, qui a compilé différentes bases de données, 87 migrants sont morts depuis 2015 en franchissant les Alpes, 46 décès se sont produits à la frontière franco-italienne.

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