Quatre questions après la volte-face allemande sur l'accueil des réfugiés

Berlin a décidé de rétablir provisoirement les contrôles aux frontières avec l'Autriche.

Des enfants jouent dans un centre d\'accueil pour demandeurs d\'asile près de la gare de Munich, dans le sud de l\'Allemagne, le 13 septembre 2015.
Des enfants jouent dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile près de la gare de Munich, dans le sud de l'Allemagne, le 13 septembre 2015. (ANDREAS GEBERT / DPA / AFP)

"Mamma Merkel" cesse d'ouvrir grands ses bras. Après avoir accueilli des dizaines de milliers de migrants en début de mois, l'Allemagne a décidé de rétablir provisoirement les contrôles aux frontières avec l'Autriche, par où arrivent des dizaines de milliers de réfugiés.

Le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, l'a annoncé dimanche 13 septembre, confirmant une information des journaux allemands Bild et Der Spiegel. Avec quelles conséquences pour les autres pays de l'Union européenne et de l'espace Schengen ?

1Les pays d'arrivée des migrants, Grèce et Italie, vont-ils pouvoir faire face ?

Première conséquence : l'Allemagne, en accord avec la France, exige désormais le retour aux accords de Dublin, qu'elle avait balayés par son accueil généreux. Dimanche 13 septembre, Paris et Berlin ont ainsi appelé "au respect scrupuleux par chacun des pays de l'Union européenne des règles de Schengen".

Les règles de Dublin "prévoient notamment l'enregistrement par les pays de première entrée des migrants ayant franchi les frontières extérieures de l'Union européenne" et "c'est faute de leur respect que l'Allemagne a décidé d'établir temporairement des contrôles à ses frontières, sans procéder à leur fermeture", rappelle le communiqué conjoint franco-allemand. Les deux pays affichent ainsi une "position commune" avant la réunion, lundi à Bruxelles, des ministres de l'Intérieur et de la Justice des 28 consacrée à la crise migratoire, écrit Bernard Cazeneuve.

La pression s'accentue donc sur les pays d'accueil. La quasi-totalité des réfugiés et des migrants arrivent par la Grèce – notamment ceux qui fuient la Syrie – ou par l'Italie. Entre janvier et août, 124 000 migrants sont ainsi arrivés sur le sol grec, comme l'a recensé l'ONU.

La décision allemande, le 25 août, d'arrêter de renvoyer les demandeurs d’asile syriens vers le pays par lequel ils étaient entrés dans l’Union européenne permettait à ces Etats de respirer, puisqu'ils n'étaient plus tenus de faire face seuls aux demandes d'asile. Le retournement de Berlin les renvoie à la situation de départ alors que la Grèce, notamment, est débordée. La seule île de Lesbos, un des points d'arrivée principaux pour les migrants partis des côtes turques, abrite quelque 20 000 réfugiés, excédant largement les capacités d'accueil.

2Des "centres de tri des migrants" vont-ils être installés aux portes de l'Europe ?

Quelles solutions pour ces pays d'entrée des migrants ? L'Allemagne et la France réclament des "centres d'identification et d'enregistrement" ("hotspots") destinés à trier demandeurs d'asile et migrants économiques. Ces centres se situeraient dans les zones où les migrants débarquent (Italie, Grèce, Balkans), explique Le Figaro. Ils devraient théoriquement permettre de distinguer les réfugiés fuyant les persécutions de ceux venant pour des raisons économiques, et seraient financés par l'Union européenne.

Les ONG demandent toutefois la garantie que ces centres ne seront pas des lieux de privation de liberté, c'est-à-dire des prisons aux portes de l'Europe.

3Quel va être l'impact sur les pays de transit ?

La fermeture des portes de l'Allemagne ne va pas pousser les pays de transit, et notamment la Hongrie, à assouplir leur position. Budapest a décrété qu'à partir de mardi, le franchissement de la clôture érigée à la frontière serbo-hongroise serait passible d'une peine de prison. Cette clôture barbelée s'étend sur les 175 kilomètres de la frontière avec la Serbie.

Pourtant, comme le note le centre de réflexion stratégique Iris, les murs sont souvent impuissants à arrêter le flot de réfugiés. "Le mur financé par l’UE à la frontière bulgaro-turque a démontré son efficacité en ce qu’il a sensiblement réduit le nombre de migrants passant par la Bulgarie, autant que son inanité générale puisque les flux se sont juste déplacés et n’ont pas décru", note le spécialiste des Balkans Loïc Trégourès. Si la Hongrie devient plus difficile à franchir, le flux de migrants pourrait ainsi se détourner vers la Croatie, ne faisant que déplacer le problème.

4L'UE va-t-elle pouvoir imposer des quotas à tous les pays membres ?

Berlin réclame la répartition des réfugiés et demandeurs d'asile dans tous les pays de l'Union européenne, mais se heurte à un mur du refus sur son flanc est. Si la France, par exemple, a accepté d'accueillir 24 000 migrants en deux ans, certains pays refusent tout quota. Notamment le groupe de Visegrad (Slovaquie, République tchèque, Hongrie et Pologne), qui ne veut pas en entendre parler. Ou ne consent à prendre, au compte-gouttes, que des réfugiés chrétiens.