"Migrants" ou "réfugiés" : quelle différence ?

Parler de "crise des migrants" a-t-il un sens ? Réponse avec Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS.

Des migrants se heurtent à des policiers dans une gare de Budapest (Hongrie), mardi 1er septembre 2015.
Des migrants se heurtent à des policiers dans une gare de Budapest (Hongrie), mardi 1er septembre 2015. (ATTILA KISBENEDEK / AFP)

Faut-il parler de crise des migrants ou de crise des réfugiés ? Alors que François Hollande a annoncé jeudi 3 septembre avoir "proposé" à l'Union européenne, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, "un mécanisme permanent et obligatoire" d'accueil des réfugiés, francetv info a interrogé Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des migrations, pour mettre au clair cette distinction sémantique.

Francetv info : Quelle distinction fait-on entre réfugiés et migrants ?

Catherine Wihtol de Wenden : Le migrant représente une catégorie large, avec une définition de démographe : il s'agit d'une personne qui, née dans un pays, vit dans un autre pour une durée d'un an ou plus. Les réfugiés sont ainsi une catégorie de migrants, comme les jeunes venus faire leurs études dans une université étrangère, par exemple.

La notion de réfugié est de son côté définie par la convention de Genève de 1951. Elle s'applique à toute personne persécutée ou qui craint de l'être dans son pays en raison de ses origines, de ses opinions politiques, ou encore de sa religion.

La difficulté actuelle réside dans le fait que certains migrants, qui ne correspondent pas aux différentes catégories légales permettant d'entrer dans un pays (migration de personnes hautement qualifiées, regroupement familial...), tentent leur chance avec le statut de réfugié. C'est le cas de beaucoup d'Africains, dont la situation n'est d'ailleurs pas forcément éloignée de la définition du statut de réfugié : ils proviennent de pays pauvres, avec une insécurité élevée, et où ils n'ont aucune perspective d'avenir. Une demande d'asile de leur part peut donc être légitime.

Mais la plupart des migrants dont on parle actuellement sont originaires de la Corne de l'Afrique ou du Proche-Orient, et correspondent effectivement à la définition du réfugié.

Parler de "crise des migrants" aujourd'hui a-t-il un sens ?

Il s'agit plutôt d'une crise de l'asile. Le gros du bataillon des réfugiés est en effet originaire de Syrie, où environ 4 millions de personnes sont sorties de leurs frontières, selon les chiffres de l'ONU datant du mois d'août.

Mais cela ne veut pas dire pour autant que tous pourront bénéficier du statut de réfugié. La définition de ce statut, qui date de la guerre froide, a été pensée pour les dissidents des pays communistes. Elle implique d'avoir été individuellement victime de persécution, ce qui n'est pas forcément le cas de tous ceux qui fuient la Syrie actuellement. C'est entre autres en raison de ce flou et de la diversification des flux migratoires que seules 30% des demandes d'asile sont accordées dans l'Union européenne.

Ce statut de réfugié peut-il être perdu si la situation du pays d'origine s'améliore ?

Oui, c'est ce que l'on appelle la clause de cessation. C'est ce que nous avons connu avec la Roumanie dans les années 1990. Lorsque la situation du pays s'est normalisée après les années Ceausescu, ceux qui avaient obtenu l'asile sont devenus des étrangers résidents de longue durée.

Il faut en outre noter que les pays européens possèdent chacun une liste de pays considérés comme sûrs, d'où les migrants ont très peu de chance d'obtenir le statut de réfugié. En outre, l'amendement Aznar introduit dans le droit communautaire en 1997 dispose qu'un Européen ne peut pas demander l'asile dans un autre pays de l'Union, car tous les Etats membres sont supposés respecter les droits de l'homme.

A Calais, et plus largement sur l'ensemble des questions migratoires, le gouvernement oppose l’accueil à réserver aux réfugiés et la fermeté à afficher à l'encontre des migrants économiques. Est-ce une distinction pertinente ?

Non. Cette distinction est sans doute claire pour l'opinion publique, mais elle revient selon moi à chercher une aiguille dans une botte de foin. Les personnes qui arrivent aujourd'hui viennent de pays très déstabilisés, mais cherchent également du travail. Prenez le cas des Afghans : certains sont d'anciens demandeurs d'asile revenus chez eux après avoir vu leur demande rejetée. Mais, la situation n'étant pas meilleure chez eux, certains repartent pour tenter à nouveau leur chance.

Les solutions proposées, comme l'aménagement de la "jungle" de Calais, relèvent du court terme et ne permettront pas de changer le regard des Français sur les migrants. Contrairement à ce qui existe dans d'autres pays européens, ceux qui demandent l'asile en France n'ont pas le droit d'exercer un travail. S'ils pouvaient le faire, l'image renvoyée serait bien meilleure que celle de migrants restant dans des camps de fortune. En Allemagne, les demandeurs d'asile peuvent travailler et n'ont pas l'image de personnes prises en charge par les pouvoirs publics. L'intégration s'effectue alors de manière bien plus satisfaisante.