Migrants : "L'UE doit créer des routes officielles" car "c'est la seule façon de sélectionner"

Enrico Letta, directeur de l'institut Jacques Delors, était l'invité de franceinfo lundi à l'occasion de la sortie de son livre "Fiare l'Euope dans un monde de brutes". Il a évoqué la question migratoire mais aussi la "bureaucratie" européenne.

Enrico Letta, le 7 octobre 2016. 
Enrico Letta, le 7 octobre 2016.  (MAXPPP)

L'ancien président du Conseil italien aujourd'hui directeur de l'institut Jacques Delors, Enrico Letta, a plaidé lundi 18 septembre sur franceinfo pour la mise en place de "routes officielles pour les migrants depuis leurs pays d'origine" car "c'est la seule façon de sélectionner". 

Interrogé à l'occasion de la sortie de son livre Faire l'Europe dans un monde de brutes, Enrico Letta a également estimé que le monde actuel connaissait des bouleversements similaires à ceux de 1989, année de la chute du mur de Berlin, et qu'il fallait "avancer dans la construction européenne" pour éviter que "tout s'effondre".

franceinfo : quel est ce monde que vous qualifiez de "monde de brutes" ?

Enrico Letta : Nous avons un monde autour de nous dans lequel on a Trump, Poutine, Erdogan. L'Europe a en son sein des valeurs (démocratie, solidarité, etc.), mais il faut aussi que ça marche sinon les gens vont se dire : Poutine c'est pas mal, même s'il y a moins de démocratie, au moins les choses se font. En 1989, nous avons connu un grand changement avec la chute du mur de Berlin. Et les Européens se sont posés la question du futur. La réaction à cet événement, ce sont des choses importantes comme le marché unique. Nous sommes dans une situation un peu similaire : le Brexit, l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, c'est un peu pareil que la chute du mur de Berlin. Sans compter que nos citoyens n'aiment plus l'Europe comme ils l'aimaient par le passé.

Il faut avancer dans la construction européenne sinon tout va s'effondrer.Enrico Letta, directeur de l'institut Jacques Delorsà franceinfo

Selon vous, il faut donc plus d'Europe ?

Les citoyens voient que l'Europe n'amène pas beaucoup de choses dans leur vie quotidienne, et ils voient une difficulté à décider, à trancher en Europe. Il y a trop de bureaucratie d'un côté, et un pays qui domine, l'Allemagne, d'un autre côté. Les citoyens seront convaincus que l'Europe est utile s'ils voient que l'Europe protège contre le terrorisme, contre les flux migratoires... Il faut une Europe qui donne de la prospérité. Je pense à une fiscalité unique pour les entreprises. Actuellement c'est un casse-tête. 

Il faut "débruxelliser". Il faut une Europe fédérale des États-nations.Enrico Letta, directeur de l'institut Jacques Delorsà franceinfo

Vous évoquez la crise migratoire, comment faire face ?

Il faut ouvrir des routes officielles pour les migrants depuis les pays d'origine. C'est la seule façon de sélectionner. Parce qu'il faut sélectionner : il faut séparer les réfugiés, auxquels nous devons la protection, et d'un autre côté les migrants pour raisons économiques, sur lesquels nous avons le droit d'être sélectifs. Au lieu de ça nous nous sommes retrouvés dans une situation où ils sont tous venus en même temps. Cela a donné l'idée que c'était le chaos, que nous étions submergés. C'est une des raisons pour lesquelles le Royaume-Uni est sorti.

"Il faut ouvrir des routes officielles pour les migrants depuis les pays d'origine." Enrico Letta, directeur de l'institut Jacques Delors à franceinfo.
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