Evacuation controversée d'un camp de migrants : Ian Brossat, adjoint au maire de Paris, demande à l'Etat d'"assumer ses responsabilités"

"La seule solution pour sortir de cette spirale, c'est d'héberger", a estimé sur franceinfo mardi l'élu communiste, après l'évacuation de plusieurs centaines de migrants par les forces de l'ordre, place de la République.

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Des gendarmes tentent d'évacuer des tentes de migrants, place de la République, à Paris, le 23 novembre 2020. (SEBASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

L'Etat doit "assumer ses responsabilités" et assurer l'hébergement des centaines de réfugiés qui ont été évacués de la place de la République lundi 23 novembre au soir, a affirmé mardi sur franceinfo Ian Brossat, élu à la mairie de Paris, adjoint chargé du logement, de l'hébergement d'urgence et de la protection des réfugiés. "L'hébergement des réfugiés, c'est une compétence de l'Etat", a rappelé Ian Brossat. De son côté la mairie de Paris a proposé "deux sites dans le 15e et dans le 17e qui peuvent accueillir des centaines de personnes."

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L'opération de police émaillée de violences "suscite un certain nombre d'interrogations, y compris, bien sûr, la question du maintien en place" du préfet de police de Paris, a estimé l'élu communiste.

franceinfo : Faites-vous partie des élus qui posent la question du maintien du préfet de police Didier Lallement ?

Ian Brossat : Certainement, la question se pose. Ce qui s'est passé hier, j'étais présent comme de nombreux autres élus, est proprement scandaleux. On a eu des réfugiés qui se sont retrouvés agressés, des tentes qui ont été confisquées, des journalistes qui ont été molestés, des élus qui se sont retrouvés nassés. Vous vous rendez compte quand même que nous, les élus, nous n'avons pas pu accéder à la place de l'hôtel de ville parce que les forces de police nous empêchaient d'y accéder, alors même que c'est dans l'hôtel de ville que se trouvent nos bureaux. Enfin, tout ça est quand même invraisemblable et ça devrait susciter un certain nombre d'interrogations, y compris, bien sûr, la question du maintien en place de M. Lallement.

Vous dénoncez la logique de maintien de l'ordre en général ou des actes individuels de la part des forces de l'ordre ?

On avait manifestement hier des consignes qui avaient été données. D'ailleurs hier soir, d'après les informations que j'ai, la préfecture de police assumait tout à fait ce qui s'est passé. Il a fallu qu'un certain nombre d'images soient publiées sur les réseaux pour que le ministre de l'Intérieur finisse par s'interroger sur les modalités de cette opération.

"C'est honteux. La réalité, c'est que hier, il y avait une volonté de harcèlement vis-à-vis de ces réfugiés, de les empêcher de s'installer là."

Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris

à franceinfo

On parle de gens qui auraient dû être mis à l'abri la semaine dernière et que l'Etat a été infoutu d'héberger. Et donc, on leur fait payer d'une certaine manière les insuffisances de l'Etat.

Vous parlez de harcèlement de la part des forces de l'ordre, mais un responsable syndical de la police a estimé sur franceinfo que ce sont en quelque sorte les militants associatifs et politiques qui harcèlent et instrumentalisent ces personnes réfugiées ?

Mais il faut être sérieux. On parle de 500 à 600 personnes réfugiées qui n'ont pas été hébergées le 17 novembre dernier, à l'occasion de l'évacuation du campement de Saint-Denis. Ils se sont retrouvés sur le carreau et depuis, tous les jours, il y a des policiers qui les empêchaient de poser leurs tentes, ce qui fait que ces gens ne peuvent pas dormir. Enfin on est dans quel pays ? En plus du fait qu'on n'est pas capables de les héberger, on les empêche de se poser sur le trottoir pour pouvoir se reposer quelque temps. On parle de demandeurs d'asile qui, pour une bonne part d'ailleurs, sont Afghans et auront l'asile, parce que dans la grande majorité des cas, ils l'obtiennent. Ils ont vocation à rester en France. Et voilà comment on les traite. On les traite en réalité comme des chiens. Donc, oui, ça n'est pas acceptable. Et la seule solution pour sortir de cette spirale, c'est d'héberger. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Ville de Paris a fait des propositions à la préfecture de Paris en ce sens.

Mais pourquoi la mairie de Paris n'a pas assuré elle-même l'hébergement de ces réfugiés ?

L'hébergement des réfugiés, c'est une compétence de l'Etat. Et donc le rôle de la mairie de Paris, c'est de proposer des sites et nous avons l'occurrence proposé deux sites qui nous appartiennent, l'un dans le 15e et l'autre dans le 17 arrondissement, qui peuvent accueillir des centaines de personnes. Et le rôle de la préfecture de région, c'est d'organiser cet hébergement. Je m'adresse à la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon : mobilisez les places que nous vous proposons. Pour l'instant, je n'ai pas de retour de la préfecture de région. Ce qui est sûr, c'est que je ne veux pas revivre ce soir, la même nuit que celle que nous avons vécue hier et qui est une honte pour les valeurs de notre République. C'est très bien de faire des déclarations par tweets interposés, mais le rôle des ministres, c'est de trouver des solutions. Les solutions, elles existent. Il suffit d'assumer ses responsabilités. Nous avons tendu une perche à l'Etat. Que l'Etat s'en saisisse et le problème sera réglé.

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