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Comment les écoles françaises accueillent les enfants migrants

Selon le ministère de l'Education nationale, 8 000 à 10 000 enfants de migrants devraient être scolarisés en France ces deux prochaines années. Des dispositifs spéciaux existent déjà dans la plupart des établissements.

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Une classe d'accueil d'enfants issus de familles de réfugiés en Allemagne le 11 septembre 2015. (FABRIZIO BENSCH / REUTERS)

Une vraie cour de Babel. Dans le collège Jules-Ferry de Tours (Indre-et-Loire), 27 nationalités se côtoient : des Iraniens, des Irakiens, des Erythréens, des Congolais... "Et ça se passe bien", confie la principale, Micheline Bouquet. "Les enfants sont plus raisonnables que les adultes. Ils ne se tapent pas dessus parce qu'ils sont différents."

Ce collège n'a pas attendu l'annonce de François Hollande d'accueillir 24 000 réfugiés supplémentaires d'ici 2017 pour ouvrir ses portes à une vingtaine d'enfants allophones (qui ne parlent pas français). "Nous en accueillons autant que possible", assure la directrice, contactée par francetv info. Comme beaucoup d'autres, le collège Jules-Ferry organise depuis longtemps ses classes en fonction de l'arrivée d'enfants migrants, tout au long de l'année.

Depuis la circulaire du 2 octobre 2012, il n'existe plus de classes dédiées (les anciennes CLA, "classes de liaison et d'accueil"), mais des accompagnements spécialisés au sein des classes "ordinaires" (les UPE2A, "unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants"). De trois à quatre par classe, les enfants sont répartis par âge en priorité, sauf si leur niveau scolaire ne le permet pas.

Apprendre à faire des petites phrases, à repérer les sons

Avant d'être intégrés dans une classe ordinaire, les enfants suivent un protocole bien précis : "On évalue leur niveau scolaire dans leur langue maternelle, et leur niveau de français, pour ceux qui ont des notions", explique à francetv info Didier Bonnin, enseignant de français en langue étrangère à Tours. Ces tests de compréhension se font au Centre d'information et d'orientation (CIO), qui existe dans chaque académie. A Strasbourg par exemple, les enfants doivent reproduire des formes et entourer les mots identiques : 

Capture d'écran d'un test de positionnement de l'académie de Strasbourg. (ACADEMIE STRASBOURG)

 

Ensuite, si l'enfant a déjà été scolarisé, il peut intégrer une "classe normale" avec environ trois à quatre heures de français hebdomadaires en plus. Si ses connaissances ne sont pas suffisantes, il intègre en plus un dispositif spécial de remise à niveau. Au collège Jules-Ferry, ils sont une quinzaine, tous âges confondus, dans ce cas : "Pendant dix-huit mois, la moitié du temps, ils vont suivre des cours renforcés de français. Ils participent toujours aux cours de musique, de sport ou d'arts plastiques avec les autres élèves", détaille Micheline Bouquet. "A la fin de ces dix-huit mois, ils n'auront plus que les cours de la classe ordinaire, si le niveau de français le permet." En fonction des communes, les enfants sont répartis dans l'école de leur secteur, ou dans celle qui présente déjà des dispositifs d'accueil.

"Certains n'ont jamais tenu de stylo"

Cependant, qui dit apprentissage de la langue ne dit pas forcément celui des "codes" culturels. "Apprendre une langue sans comprendre son milieu, cela n'a pas de sens", assure Grégory Chambat, enseignant de français dans les UPE2A au collège La Vaucouleurs de Mantes-la-Jolie (Yvelines), contacté par francetv info. Parmi ses classes, le professeur a des élèves syriens ou tchétchènes, qui ont enduré la guerre, les camps, et ont connu d'énormes coupures dans leur scolarité... "Certains n'ont jamais tenu un stylo de leur vie. Il faut leur apprendre plus que le français littéral."

Par exemple, le professeur commence toujours ses séances par la question "Quoi de neuf ?" "C'est un moment d'expression libre. Les enfants me racontent ce qu'ils veulent en français. Les fêtes de leur pays, ou leurs difficultés... Cela les libère et brise la glace." Le reste du temps, il évite "d'aligner les exercices de grammaire et de conjugaison", mais s'appuie plutôt sur des dessins animés ou des lectures : "Je m'adapte sans cesse, car les niveaux sont inégaux. De nouveaux élèves arrivent et d'autres partent tout au long de l'année." Alors, au début, quand un élève ne parle pas du tout français, "on utilise les gestes ou l'anglais, on bricole", explique-t-il, "mais les enfants apprennent très vite."

"Si 1 000 enfants arrivent d'un coup..."

Au lendemain du discours de rentrée de François Hollande, le ministère de l'Education nationale a accueilli les recteurs d'académie, pour organiser l'arrivée des 8 000 à 10 000 personnes en âge d'étudier sur le territoire, ces deux prochaines années : "Les préfectures vont recenser les écoles où il y a des possibilités, et la présence de logements adéquats", confie le ministère à francetv info. Pour autant, pas question d'envoyer une famille arrivée à Paris dans une région à l'autre bout de la France, "juste parce qu'il y a de la place".

Mais alors où ? Dans certaines communes, il faut des mois pour inscrire son enfant à l'école, et de nombreux bacheliers n'ont pas pu s'inscrire à l'université cette année, faute de places. "Cela risque d'être vraiment compliqué", s'inquiète Grégory Chambat. A vouloir répondre dans l'urgence, "on risque d'avoir des phénomènes de regroupements par origine, ou des élèves mis de côté dans des classes peu adaptées." En attendant les consignes officielles, les écoles et académies restent confiantes : "Pour l'instant, c'est gérable. Mais, si 1 000 enfants arrivent d'un coup, confie une académie, cela risque d'être une autre histoire."

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