Retour en mer de l'Aquarius: "Comme les gouvernements semblent ne pas vouloir voir la question des migrants, les ONG se mobilisent"

500 personnalités de la société civile co-signent mercredi une tribune dans le journal Le Monde pour soutenir la mission de l'Aquarius, ce navire qui s'est voué au sauvetage des migrants en mer.

L\'Aquarius à son arrivée à Marseille pour un mois de maintenance, le 29 juin 2018.
L'Aquarius à son arrivée à Marseille pour un mois de maintenance, le 29 juin 2018. (BORIS HORVAT / AFP)

L'Aquarius reprend la mer mercredi 1er août. Il doit quitter le port de Marseille à 17h après une escale technique de plus d'un mois. Son unique objectif est de sauver la vie des migrants en mer. Le millier de morts en Méditerranée a été dépassé le mois dernier. Mercredi, 500 personnalités de la société civile co-signent une tribune dans le journal Le Monde, et soutiennent la mission de l'Aquarius de sauvetages en mer. Parmi ces personnalités, Philippe Ryfman, avocat en droit des associations et chercheur sur les questions humanitaires, qui affirme mercredi sur franceinfo que "comme les gouvernements semblent ne pas vouloir voir la question des migrants, les ONG se mobilisent".

franceinfo : On parle beaucoup de crise migratoire, ce terme vous paraît-il être le mot approprié ?

Philippe Ryfman : Ce terme recouvre divers aspects, par exemple aussi ce qui s'est passé en Espagne dans les enclaves marocaines de Ceuta et Melilla, ou encore dans les Balkans. C'est quelque chose de très complexe. Il y a des gens qui prennent des bateaux, la question c'est : est-ce qu'on les laisse se noyer ou est-ce qu'on les sauve ? Finalement, ce que disent les ONG comme SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui travaillent ensemble sur l'Aquarius, c'est que comme les gouvernements semblent ne pas vouloir voir cette question, ce sont les ONG qui se mobilisent.

Pourquoi est-ce important de soutenir le travail de l'Aquarius ?

C'est une initiative de la société civile dont le but est de sauver des vies en mer. Il est cohérent que des personnalités, dont une grande majorité issue de la société civile, soutiennent cette initiative. Depuis que les bateaux des ONG ont été contraints de se retirer de la zone au large de la Libye, il y a eu plusieurs naufrages et un nombre de décès important. Il n'y a plus eu d'opération de sauvetage depuis ce retrait.

Le ministre de l'Intérieur italien estime que l'Aquarius se substitue aux garde-côtes libyens, qui sont censés ramener les embarcations sur le continent africain, dans le cadre d'un accord passé avec l'Union européenne, que lui répondez-vous ?

Il faut rappeler que l'Aquarius, jusqu'à ce qu'il quitte la zone et aille à Valence avec ses rescapés, était en très étroite liaison avec le centre de commandement italien des garde-côtes à Rome. Il se conformait toujours très strictement aux instructions de ce centre. Aujourd'hui, le gouvernement italien a, en quelques sortes, transféré à la Libye la "prise en charge" de ces migrants en mer. Or, le droit maritime impose, lorsqu'on recueille des naufragés, de débarquer dans un port sûr. On peut s'interroger sur la sûreté des ports en Libye. On sait ce qui s'y passe, les médias le rapportent régulièrement. L'Aquarius ne se substitue pas du tout aux garde-côtes libyens, mais va recueillir des naufragés qui soit ne seront pas recueillis par les garde-côtes libyens, soit qui ne souhaitent pas retourner en Libye.