Ce qu'il faut retenir de l'accord sur les migrations trouvé par les 28 pays de l'UE

Les dirigeants des États membres ont signé un accord vendredi sur les migrations après la pression mise la veille par l'Italie.

Emmanuel Macron avec ses homologues européens, le 28 juin 2018 à Bruxelles (Belgique).
Emmanuel Macron avec ses homologues européens, le 28 juin 2018 à Bruxelles (Belgique). (PRIME MINISTRY OF BULGARIA / HAN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Un accord au forceps. Les dirigeants des pays de l'UE ont bouclé un accord, vendredi 29 juin, au petit matin sur l'accueil des migrants. "C'est la coopération européenne qui l'a emporté", s'est félicité le président français, Emmanuel Macron, devant la presse, jugeant que "la solidarité que nous devons aux pays de première entrée a été actée".

Franceinfo fait le point sur ce compromis, qui reste encore flou sur de nombreux points.

L'Italie satisfaite

Rome avait menacé de faire capoter le sommet à Bruxelles si on ne lui manifestait pas plus de solidarité face aux arrivées de migrants. L'Italie avait même fait monter la pression sur ses partenaires européens en bloquant l'adoption de premières conclusions du sommet, avant même que ne commencent les débats sur les migrations. Giuseppe Conte a finalement obtenu satisfaction : "L'Italie n'est plus seule", s'est réjoui le chef du gouvernement italien. 

Des "plateformes de débarquements" en dehors de l'UE

Concrètement, le texte propose une "nouvelle approche" avec la création de "plateformes de débarquements" de migrants en dehors de l'UE pour dissuader les traversées de la Méditerranée. Débarquer les migrants hors de l'UE épargnerait aux Européens de se quereller pour la prise en charge de navires.

Mais les contours du projet restent encore très flous, et il soulève de nombreuses questions sur sa compatibilité avec le droit international. Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a déjà fait savoir jeudi que son pays rejetait l'idée de tels centres d'accueil hors de l'UE. Le président albanais s'y est également fermement opposé.

Des "centres contrôlés" pour les migrants secourus en mer

Pour les migrants secourus dans les eaux européennes, des "centres contrôlés" sont proposés, que les Etats membres mettraient en place "sur une base volontaire", et d'où une distinction serait faite "rapidement" entre migrants irréguliers à expulser et demandeurs d'asile légitimes, qui pourraient être répartis dans l'UE, là aussi "sur une base volontaire".

"Ce qui est arrivé avec l'Aquarius est intéressant", a fait valoir à l'AFP une source gouvernementale italienne en référence au navire avec 630 migrants à son bord, à qui l'Italie et Malte avaient refusé l'accostage début juin. "À son arrivée en Espagne, il y a eu un partage entre pays européens" de l'accueil des passagers, a observé cette source. Quant au Lifeline, un autre bateau humanitaire que Rome refusait d'accueillir, mais qui a pu accoster mercredi à Malte après des jours d'incertitude.

Des mesures internes de contrôle pour éviter les déplacements au sein de l'UE

L'accord appelle aussi les Etats membres à "prendre toutes les mesures" internes nécessaires pour éviter les déplacements de migrants entre pays de l'UE, ces "mouvements secondaires" convergeant souvent vers l'Allemagne, où ils sont au cœur du débat politique qui fragilise Angela Merkel. "Je suis optimiste après aujourd'hui sur le fait que nous pouvons maintenant continuer à travailler, même s'il nous reste beaucoup à faire pour rapprocher les différents points de vue", a estimé la chancelière allemande.

La réforme du "règlement de Dublin" toujours enlisée

Les dirigeants des pays de l'UE ont par ailleurs appelé à "trouver un consensus sur le règlement de Dublin", dont la réforme est enlisée depuis deux ans. Mais ils n'ont pas fixé de calendrier, alors que ce sommet avait été fixé il y a quelques mois comme une date limite. Cette législation européenne confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité principale du traitement des demandes d'asile, faisant peser une charge bien plus importante sur certains pays que sur d'autres.

La Commission propose de déroger à ce principe en période de crise, avec une répartition des demandeurs d'asile depuis leur lieu d'arrivée. Mais des pays comme la Hongrie et la Pologne, soutenus par l'Autriche, s'y opposent frontalement. L'Italie demande de son côté un système permanent de répartition, et l'abandon pur et simple du principe de la responsabilité du pays d'arrivée.