Ukraine : la reprise des exportations de céréales est "un premier espoir" mais reste "insuffisante pour rassurer les pays importateurs", selon un expert

L'Ukraine a repris ce lundi ses exportations de céréales pour la première fois depuis le début de l'invasion russe, il y a six mois.

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Radio France
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Le cargo Razoni, transportant 26 000 tonnes de maïs ukrainien, quitte le port d'Odessa en direction de Tripoli, au Liban, le 1er août 2022. (OLEKSANDR GIMANOV / AFP)

"C'est un premier espoir", a salué lundi 1er août sur franceinfo Gautier Le Molgat, directeur général adjoint d'Agritel, cabinet de conseil spécialisé dans les marchés agricoles et agro-industriels, après que l'Ukraine a repris ses exportations de céréales pour la première fois depuis le début de l'invasion russe il y a six mois, conformément à un accord international visant à atténuer la crise alimentaire mondiale. Mais cela reste "largement insuffisant pour véritablement rassurer des pays importateurs".

franceinfo : Est-ce que le départ de ce premier chargement de céréales du port d'Odessa est un signal positif ?

Gautier Le Molgat : C'est un dégel après cinq mois d'immobilisation dans les ports, donc un premier effet positif après l'accord qui a été fraîchement signé il y a une dizaine de jours. C'est un premier essai grandeur nature pour tester la route qui a été validée par les autorités ukrainiennes et russes, sous le couvert de la Turquie et de l'ONU. C'est un premier espoir. Par contre, ce n'est qu'un bateau. Aujourd'hui, c'est largement insuffisant pour véritablement rassurer l'ensemble des pays importateurs.

Va-t-il falloir beaucoup de temps pour que le trafic maritime reprenne dans la mer Noire comme avant la guerre ?

En effet, il va falloir du temps. On peut souligner la capacité de l'Ukraine a véritablement remettre en action ses capacités d'export. Ce bateau, cela fait cinq mois qu'il attend au port. Il y a d'autres bateaux qui attendaient depuis le début du conflit de reprendre l'activité. Avant que l'Ukraine ne retrouve l'activité, la capacité et le rythme d'export qu'elle avait avant le conflit, il va encore falloir beaucoup de temps. Maintenant, il va falloir aussi gérer le flux de nouveaux bateaux pour aller chercher la marchandise dans les ports. Et surtout, pour voir l'Ukraine véritablement revenir, il faut aussi se poser la question : la marchandise en stock dans les ports actuellement, c'est de la vieille récolte. Les marchandises récoltées cette année sont dans les zones intérieures. Il va falloir acheminer cette nouvelle récolte dans les zones portuaires. Et là, c'est encore un long chemin parce qu'il va falloir revoir les installations portuaires et ferroviaires. Ce pays est encore en conflit, donc dans une situation qui est loin d'être facile sur le plan logistique.

Quel est l'état du marché du blé en ce moment ?

Depuis les premières annonces d'un effort pour ouvrir les ports et mettre en place un corridor, il y a de cela quelques semaines, le marché s'est bien essoufflé par rapport au plus haut du mois d'avril. Aujourd'hui, on reste sur des niveaux de prix autour des 340 euros la tonne en France. Ce sont des niveaux élevés et, par rapport à l'année dernière à la même période, ils sont supérieurs d'à peu près 150 euros. Donc on reste sur le marché international sur des niveaux élevés. Certes, c'est un bon signal que ce retour de l'exportation d'Ukraine. Par contre, tant que le marché ne sera pas complètement rassuré par rapport à ce corridor, on restera sur des niveaux de prix élevés, que ce soit sur les marchés européens ou américains, même si le signal, à l'annonce de ce premier bateau, engendre une petite détente des prix pour saluer cet effort.

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