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Ukraine : entre sanctions et discussions, comment avancer sans froisser Moscou ?

L'Union européenne et les Etats-Unis s'activent pour contraindre la Russie de Vladimir Poutine à négocier une sortie de crise en Ukraine. Mais les Occidentaux marchent sur des œufs.

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France Télévisions
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De gauche à droite : François Hollande, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius, le 5 mars 2014 à l'Elysée. (ALAIN JOCARD / AFP)

La diplomatie est à l'œuvre, jeudi 6 mars, alors que la situation s'accélère en Crimée avec l'annonce d'un référendum sur le statut de la péninsule ukrainienne et russophone. A Bruxelles, les dirigeants de l'Union européenne ont étudié la situation en Ukraine, tandis que se dessinent la stratégie des Occidentaux : entre sanctions et discussions. 

Francetv info revient sur le bilan de cette séquence diplomatique intense.

Des sanctions contre la Russie

Les dirigeants européens ont décidé jeudi de suspendre les négociations sur les visas avec la Russie. A l'issue d'un sommet européen à Bruxelles, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé que les dirigeants s'étaient accordés sur une stratégie progressive de sanctions, en trois étapes, pour contraindre la Russie à "négocier" une sortie de crise en Ukraine.

Aux Etats-Unis, Barack Obama a annoncé qu'il autorisait également l'imposition de restrictions de visas "en réponse à la violation en cours par la Russie de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Il s'agit de la deuxième série de sanctions visant Moscou après l'annonce de la suspension de "tous les liens militaires" entre les Etats-Unis et la Russie.

... et des menaces

"Si la Russie déstabilise davantage l'Ukraine, l'Union européenne pourra prendre de nouvelles mesures", a prévenu François Hollande en conférence de presse. Outre la suspension des discussions avec la Russie, les Européens ont appelé Moscou à retirer les forces russes déployées en Crimée. Ils exigent également l'ouverture de négociations directes entre la Russie et les nouvelles autorités ukrainiennes.

Si ce dialogue ne débute pas dans les tout prochains jours et ne produit pas de résultats "dans un laps de temps limité", les Vingt-Huit imposeront d'autres sanctions, dont une interdiction de voyage, un gel des avoirs et l'annulation d'un sommet UE-Russie, a fait savoir Herman Van Rompuy : "Nous appelons la Russie à retirer immédiatement ses forces armées [de Crimée] et à donner un accès immédiat aux observateurs internationaux", a-t-il ajouté, alors que 40 observateurs de l'OSCE, l'organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, appelés par le nouveau pouvoir ukrainien, ont été retenus en dehors des frontières de Crimée par des hommes en armes.

De nouvelles pistes de réflexion

Jeudi, Laurent Fabius a évoqué une nouvelle piste diplomatique. En marge d'une conférence sur la Libye à Rome, le ministre des Affaires étrangères a souligné l'importance de la proposition des Occidentaux de créer "un groupe de contact qui inclurait les Russes, les Ukrainiens, les Etats-Unis, la France et l'OSCE". "Nous avons fait des propositions à Lavrov [le ministre russe des Affaires étrangères] qu'il montrera à Poutine. C'est une chose nouvelle que nous avons examinée ce matin lors de ma rencontre avec [le secrétaire d'Etat américain John] Kerry", a expliqué Laurent Fabius au lendemain d'une rencontre à Paris, consacrée au dossier ukrainien.

Vu ce qui se passe en Crimée, il n'est pas possible de "rester sans rien faire", a-t-il souligné, justifiant les sanctions mais précisant qu'"on ne peut pas décider d'actions qui empêcheraient la désescalade".

Après s'être entretenu avec le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Rome, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a déclaré jeudi qu'aucun accord n'avait été trouvé sur l'Ukraine. "Nous avons convenu d'étudier encore les idées dont m'a fait part aujourd'hui John Kerry concernant des mesures concrètes à prendre", a-t-il ajouté. Lors d'une rencontre d'une quarantaine de minutes, les deux chefs de la diplomatie ont discuté des "formats possibles quant à la manière dont ce dialogue [entre autorités russes et ukrainiennes] pourrait se dérouler".

Des sanctions contre l'ancien régime ukrainien...

Plus tôt dans la journée, l'Union européenne a annoncé avoir gelé les avoirs de 18 responsables ukrainiens de l'ancien régime de Viktor Ianoukovitch, dont ce dernier, soupçonnés de "détournement de fonds publics".

Pour sa part, Barack Obama a également autorisé par décret le gel d'avoirs "de ceux qui sont directement impliqués dans la déstabilisation de l'Ukraine, y compris dans l'intervention militaire en Crimée". 

... et une main tendue au nouveau

L'Union européenne va signer l'accord d'association avec l'Ukraine avant les élections anticipées du 25 mai en Ukraine, a annoncé jeudi le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. La suspension des négociations sur cet accord d'association avec l'Union européenne par l'ancien président déchu Viktor Ianoukovitch, avait mis le feu aux poudres, fin novembre 2013. 

"Nous nous tenons auprès de l'Ukraine et nous renouvelons l'engagement européen à signer l'accord d'association", a déclaré Herman Van Rompuy à l'issue du sommet européen extraordinaire. "Nous signerons les volets politiques de l'accord très bientôt, avant les élections", a-t-il ajouté.

Par ailleurs, la Commission européenne a présenté mercredi un plan d'aide à l'Ukraine d'au moins 11 milliards d'euros. "L'argent ne sera toutefois pas déboursé avant les élections prévues le 25 mai, car l'aide impose des conditions et il faut un gouvernement issu des urnes pour les mettre en œuvre", affirme la France.

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