Témoignage Ukraine : "Nous n'arrivons même plus à compter" les morts à Boutcha, témoigne un aumônier

Toute la région de Kiev est libérée, selon les autorités ukrainiennes. Mais au fur et à mesure de la reconquête de ces territoires, les exactions et les crimes de guerre des soldats russes sont de plus en plus évidents. À Boutcha, au nord-ouest de Kiev, les autorités, dépassées par le nombre de victimes, ont été contraintes de les enterrer dans des fosses communes.

Article rédigé par
Thibault Lefèvre et Benjamin Thuau - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 1 min.
Des soldats ukrainiens patrouillent dans les rues de Boutcha, près de Kiev (Ukraine), le 2 avril 2022. (RONALDO SCHEMIDT / AFP)

Au nord-ouest de Kiev, à Boutcha, des corps jonchent les rues. Plus d'un mois après le lancement de l'invasion russe, les localités d'"Irpin, Boutcha, Gostomel et toute la région de Kiev ont été libérées de l'envahisseur", ont annoncé samedi les autorités ukrainiennes. Mais à quel prix ? Le président Volodymyr Zelensky évoque sur Facebook "un désastre total et de nombreux dangers".  

De la capitale, au centre du territoire, à Tchernobyl au nord, l’armée ukrainienne avance village par village, une progression lente et prudente, dans des zones dévastées. Pour le moment, 287 morts ont été identifiés à Boucha et inhumés dans trois fosses communes, dont deux ont été creusées autour de deux églises, explique le maire, Anatoly Fedorouk. Mais "il y a beaucoup plus" que 300 morts, assure Anatoli Kushnirchuk, aumônier de l'armée rencontré à Boutcha. Il est en charge de l’inhumation des corps. Comme sa voisine Irpin, la ville a été le théâtre de féroces combats et est méconnaissable.

"Vous ne pouvez même pas imaginer combien de civils sont morts. Les corps sont dans les rues. Nous n’arrivons même plus à les compter."

Anatoli Kushnirchuk, aumônier à Boutcha

à franceinfo

"Plusieurs de ces cadavres sont dans des caves ou dans des endroits où les terroristes russes ont jeté des grenades. Mais on ne s’en est pas encore occupé", poursuit sombrement l’aumônier. "La priorité maintenant, ce sont les cadavres dans les rues", observe-t-il. Et ces corps sont très abîmés. "Beaucoup de ces corps ont été minés par les Russes. Il y a aussi des hommes avec les mains attachées, on leur a tiré dans la nuque". Anatoli Kushnirchuk met rapidement un terme à la conversation en lançant un appel à l’aide.

"J’ai besoin de sacs mortuaires, de respirateurs et de gants en caoutchouc épais. Les sacs doivent pouvoir supporter un poids de 70 à 150 kilos."

Anatoli Kushnirchuk

à franceinfo

Plus au sud à Irpin, le silence règne depuis l’arrêt des combats, il y a quatre jours. Des obus de mortiers sont encore plantés dans le macadam. Des tanks russes calcinés, obstruent certaines voies, une partie du marché a été pilonné et la plupart des bâtiments ont été touchés. Il reste quelques habitants, des personnes âgées pour l’essentiel, qui n’ont pas pu ou voulu partir. Elles ont passé plus d’un mois enfermées dans des abris ou des caves.

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