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Le cinéaste ukrainien Loznitsa, présent au festival Cinéma du Réel à Paris, rêve du jour où il filmera le procès des dirigeants russes

Régulièrement invité à Cannes, le réalisateur de 57 ans a présenté au festival Cinéma du Réel - en cours à Paris jusqu'au 20 mars - "Mr Landsbergis", plongée de 04H30 sur la façon dont la Lituanie a pris son indépendance de l'URSS entre 1989 et 1991.

Article rédigé par franceinfo Culture avec AFP
France Télévisions - Rédaction Culture
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Le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa à Cannes, en 2021 (VALERY HACHE / AFP)

"J'espère, et je crois, que nous verrons un jour un procès des dirigeants russes. J'en ferai un film, qui s'appellera Le procès de Kiev" : grand nom du cinéma dans l'espace post-soviétique, l'Ukrainien Serguei Loznitsa estime la Russie engagée dans une guerre "contre l'Europe".

Régulièrement invité à Cannes, avec des films comme Maïdan, sur la révolution ukrainienne, ou Donbass, le réalisateur de 57 ans a présenté au festival Cinéma du Réel (en cours à Paris jusqu'au 20 mars) Mr Landsbergis, plongée de 04H30 sur la façon dont la Lituanie a pris son indépendance de l'URSS, entre 1989 et 1991.

Querelles sémantiques et juridiques, puis envoi des chars soviétiques à Vilnius par Gorbatchev, résistance populaire désespérée mais héroïque... A trente ans d'écart, le film fait écho de façon saisissante à la guerre en Ukraine.

On "ne pouvait pas ignorer que la guerre allait commencer"

"La Russie contemporaine est une héritière officielle de l'URSS. On pourrait dire qu'elle applique exactement les mêmes méthodes envers les Républiques qui l'environnent", commente le cinéaste auprès de l'AFP.

En Lituanie, du sang a coulé mais l'histoire s'est bien terminée : "il est important que cette expérience positive de résistance et de libération puisse être partagée avec tous, et en particulier avec les autres peuples qui veulent, ou pourraient vouloir dans un avenir proche, se libérer de ce monstre" russe, ajoute-t-il.

Lui, dont les films sur l'Ukraine prennent une allure prophétique, juge que l'on "ne pouvait pas ignorer que la guerre allait commencer, quand on connaît tous les courants souterrains de la région". Pendant des années, les dirigeants européens "n'ont rien fait et leur culpabilité est très importante dans cette guerre aujourd'hui", juge-t-il. "Quand vous analysez de façon systématique tous les événements politiques de la Russie des dernières décennies, la seule résultante possible, c'est la guerre".

Loznitsa appelle à ne pas "boycotter" les artistes russes

Mais ici, il ne s'agit pas seulement "d'une guerre contre l'Ukraine", prévient le réalisateur: "c'est une guerre contre l'Europe. Il se trouve juste que l'Ukraine est la première ligne de front". "Il faut que l'Otan et l'Europe finissent par accepter l'idée qu'ils ne vont pas pouvoir éviter de faire cette guerre", poursuit-il : Vladimir Poutine "n'a aucune raison de lâcher. S'il parvient à réduire à néant l'Ukraine, d'autres pays vont suivre et, pour moi, les prochains sur la liste sont ceux de la Baltique".

L'oeuvre de Serguei Loznitsa, elle, n'en a pas fini avec l'histoire de l'Europe. Il met la dernière main à Histoire naturelle de la destruction, un documentaire "sur le bombardement par les alliés des villes allemandes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. "Évidemment, une fois de plus, je ne m'attendais pas à ce que ça résonne autant avec la situation d'aujourd'hui", souligne-t-il.

"Peut-être que mon prochain sera un film sur cette guerre (en Ukraine) ? Elle va être longue, je le crains, car, pendant que l'Europe regardera de côté, la Russie va systématiquement détruire l'Ukraine, ville après ville (...), pendant que l'armée ukrainienne va défendre théoriquement le territoire pied à pied", poursuit-il. Mais, comme dans la Lituanie post-soviétique montrée dans son film, en Ukraine, "le peuple s'est uni autour de (son dirigeant Volodymyr Zelensky) de façon incroyable", note-t-il. "C'est ça qui me donne confiance dans le fait que la victoire soit du côté de l'Ukraine. Car on ne peut pas vaincre un peuple".

Loznitsa appelle également à ne pas "boycotter" les artistes russes "qui sont contre cette guerre et ce régime" car ce serait "une trahison". "J'appelle tout le monde à rester raisonnable et humain et à ne pas juger chacun selon son passeport, car c'est le hasard de la naissance mais selon ses actions".

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