"Je ne ressens plus rien, je n'existe plus": l'angoisse de la mère d'un soldat ukrainien capturé par les Russes

La Russie détient ses soldats comme prisonniers de guerre suite à leur engagement sur le front ukrainien. Franceinfo a rencontré les parents de l'un d'entre eux, capturé dans le Donbass

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Edité par Julien Penot - Agathe Mahuet
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Evguénia, dans l'attente à Kiev de son fils, Maksym Boutkevytch, 45 ans, tombé aux mains des Russes en juin dernier dans le Donbass. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Evguénia et son mari vivent à Kiev, dans l'attente du retour de leur fils. Maksym Boutkevytch, 45 ans, a été capturé par les Russes au mois de juin dernier, à 740 km plus à l'est, dans le Donbass. "Je ne ressens plus rien. Je n’existe plus", soupire, mardi 4 octobre, Evguénia assise à côté de la gazinière. Le café chauffe, le chat se glisse dans la cuisine et la sirène d'avertissement anti-bombardement se met à retentir à l'extérieur. Le temps s'est comme figé pour cette mère de famille. "Je continue de vivre ma vie, je parle avec les gens, je souris, mais… Ce n’est pas moi qui fais tout cela. Mon mari et moi, on n'existe plus", décrit celle qui n'a plus de nouvelles de son fils.

"On nous a dit qu’il fallait seulement… se taire, être patient, et attendre."

Evguénia, mère dans l'attente de son fils fait prisonnier par l'armée russe

France Info

Après plusieurs années à militer pour les droits de l'Homme, Maksym Boutkevytch s'engage finalement dans l'armée ukrainienne. C'est en juin qu'il est fait prisonnier avec tout son peloton dans le Donbass. Sa famille n'a alors plus aucun lien avec lui pendant des semaines. Evguénia et son mari remuent ciel et terre. Les réponses des autorités ukrainiennes restent vagues et tiennent en quelques mots. "On nous a dit qu’il fallait seulement… se taire, être patient, et attendre", se souvient la mère de famille. L'espoir renait en août dernier, lors d'un reportage télévisé sur des prisonniers retenus à Louhansk, Maksym apparaît à l’image !

La peur du sort réservé aux prisonniers

"Depuis, on ne vit plus qu’avec l’espoir que notre fils rentre vivant. Même s’il revient avec des blessures, physiques ou psychologiques", soupire Evguénia, avant de reprendre, tant de prisonniers libérés racontent des choses atroces…" Rien d’autre n’a filtré depuis. Souvent le regard d’Evguénia se tourne vers cette photo placée dans un petit cadre, sur la table de la cuisine.

On y voit Maksym, il y a 20 ans, à Washington, devant le Capitol. Sa mère ravale quelques larmes, explique la fierté qu'elle porte à son fils, et également envers l'armée ukrainienne, qui regagne du terrain sur les forces russes. "On suit énormément l’actualité ! C’est un miracle, tout ce que les soldats ukrainiens arrivent à faire. On est tellement reconnaissant", sourit Evguénia. 

Une photo de Maksym Boutkevytch à Washington, devant le Capitol. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Cette reconquête vers l'est l'inquiète aussi, "parce que la ligne de front s’approche de Louhansk, là où notre fils a été vu pour la dernière fois. Que se passera-t-il quand les Russes seront chassés, et devront s’en aller ? Que feront-ils de leurs prisonniers ?", s'inquiète la mère de famille. 

Evguénia ferme les yeux un instant, craint le pire, mais chasse de son esprit les images de torture. Elle range les tasses de café, nous remercie d’être venus… Et retombe dans le silence et dans l'attente.

L'angoisse de la mère d'un soldat ukrainien capturé par les Russes - le reportage d'Agathe Mahuet
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