Guerre en Ukraine : "On avance mètre par mètre", raconte un soldat ukrainien sur le front de Kherson

La situation est "tendue" selon l'armée russe autour de Kherson, dans le sud de l'Ukraine, seule capitale régionale conquise par les Russes. Les Ukrainiens gagnent du terrain et le Kremlin a décidé "l'évacuation" de la population de la région. 

Article rédigé par
Arthur Gerbault - Thibault Lefèvre
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Une position tenue par des soldats ukrainiennes sur le front de Kherson, à quelques kiliomètres de la ville, le 19 octobre 2022.  (THIBAULT LEFEVRE / RADIO FRANCE)

Dans le ciel de la région de Kherson résonne le bruit d'un tir de l'artillerie ukrainienne. Il ne faut pas plus de quelques minutes pour que la réponse des troupes russes arrive. "Cours ! Il faut partir, ils disent que c'est dangereux !" C'est le sergent Yuri, alias "Bonhomme de neige" qui tient cette position ukrainienne, à cinq kilomètres de la ligne de front. "Bonhomme de neige, c'est parce que j'ai les cheveux poivre et sel, alors les gars m'ont donné ce nom-là", explique-t-il avec un grand sourire dans la voix. 

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Mercredi 19 octobre, la Russie a décidé l'évacuation – qualifiée de "déportation" par Kiev – des habitants de Kherson, seule capitale régionale conquise par Moscou depuis le début de la guerre. La situation y est "tendue" avoue le général russe Sourovikine, chargé de l'offensive en Ukraine. Les Ukrainiens ne sont qu'à quelques kilomètres et l'armée russe perd du terrain depuis le début de la contre-offensive. Les combats font rage pour Yuri et ses camarades de guerre. 

Sur sa position, Yuri dispose d'un abri, creusé dans la terre, entouré de tranchées et protégé par un toit en tôle et des sacs de sable. C'est l'un des postes les plus avancés sur le front de Kherson. "J'observe où les obus sont tombés. Là, regardez, c'est l'alignement des positions de combat, et là, c'est la limite entre nos troupes et l'ennemi", montre-t-il sur une carte, "elle n'est pas loin". 

Les Russes mobilisés "ne savent pas faire la guerre"

Yuri est positionné à une quinzaine de kilomètres de Kherson. "On avance progressivement, mètre par mètre", explique-t-il, ajoutant que "ça ne va pas aussi vite que de l'autre côté, ça avance doucement mais sûrement". Quand il parle de "l'autre côté", Yuri évoque le long du fleuve Dniepr, à 150 kilomètres à l'est. Là où les percées ukrainiennes sont efficaces, fulgurantes et les gains territoriaux consolidés. 

Depuis près d'un mois et demi, des dizaines de villages sont reconquis, jour après jour, par les hommes du 60e bataillon d'infanterie. Les combats sont rudes. L'ennemi est sur la défensive, coupé de sa base arrière, alors que les Ukrainiens sont galvanisés par les victoires. 

"Les Russes ne sont pas formés et les nouveaux 'soldats' mobilisés ne savent pas faire la guerre. En face de nous, il y a la quantité mais pas la qualité."

Edouard, soldat ukrainien

à franceinfo

Edouard s'accorde un petit jour de repos, à une quinzaine de kilomètres du front avant d'aller se battre. Lui aussi est motivé par les récentes avancées ukrainiennes. "En face, il y a désormais moins de professionnels. Ils sont morts ou partis combattre ailleurs. La plupart des mobilisés sont alcooliques ou toxicomanes, autant dire qu'ils ne servent à rien", lance-t-il. Selon lui, ces nouveaux soldats "n'ont aucune motivation, ils sont arrivés en territoire étranger, ils ont compris qu'ils avaient été lâchés comme de la chair à canon et qu'ils prennent en otage un pays et ses habitants."

Mais les Ukrainiens aussi subissent l'usure des combats et connaissent des pertes importantes. Après huit mois sur le front de Kherson, la moitié des 3 000 à 5 000 soldats du bataillon d'Edouard sont morts ou blessés.

Ukraine : reconquête sur le front de Kherson - Reportage de Thibault Lefèvre et Arthur Gerbault
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