Guerre en Ukraine : "Le pire est encore devant nous", estime Jean-Yves Le Drian, pour qui "toute l'Ukraine" est sous "les bombes"

Le ministre des Affaires étrangères a dénoncé des "négociations factices" et une "logique de siège", une "stratégie bien expérimentée".

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Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, invité de Questions politiques sur France Inter et franceinfo canal 27 le 13 mars 2022.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Nous sommes devant un mur, une logique de siège, qui risque de durer longtemps. Si bien que dans cette situation, je pense que le pire est encore devant nous", a estimé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui s'est dit "pessimiste", sur l'évolution de la guerre en Ukraine, dimanche 13 mars sur fracneinfo et France Inter. Selon lui, "les petits espaces" d'espoir "semblent se refermer avec le renforcement des actions militaires russe et avec le blocage des discussions".

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Sur le plan militaire, Jean-Yves Le Drian a considéré que "l'attaque des forces russes est désormais globale sur l'ensemble du territoire". "Nulle part en Ukraine, aujourd'hui, on est à l'abri des bombes, toute l'Ukraine est aujourd'hui sous le feu de l'action des forces russes. On bombarde de manière indiscriminée", a-t-il poursuivi ,que ce soit des sites militaires, comme cette base bombardée dans la nuit de samedi 12 à dimanche 13 mars près de la frontière polonaise faisant au moins 35 morts, ou ces hôpitaux, des sites civils ciblés "pour faire peur et semer l'effroi".

"Je constate aussi que rien ne bouge", a ajouté le ministre des Affaires étrangères, détaillant la "logique des sièges" mise en place par la Russie. "C'est une stratégie bien expérimentée, selon Jean-Yves Le Drian. On bombarde. Ensuite, on fait croire qu'on met des couloirs humanitaires, qu'on ne respecte pas obligatoirement, et on accuse l'autre de ne pas les respecter. On dit que ceux qui ne sont pas sortis sont des terroristes, des nationalistes, des néo-nazis, donc ils sont coupables, et on rebombarde. Et on ouvre des négociations qui sont généralement des négociations factices et on accuse les autres de les quitter."

D'un point de vue diplomatique, Jean-Yves Le Drian a dénoncé des discussions qui "n'avancent pas" entre Emmanuel Macron, le chancelier Olaf Scholz et le président Vladimir Poutine. Selon lui, "le président Poutine est bloqué dans son maximalisme, il est bloqué dans ses objectifs de guerre, n'en démord pas, agit sous la forme d'un diktat qu'il veut imposer l'Ukraine".

"Vladimir Poutine fait du révisionnisme à main armée."

Jean-Yves Le Drian

à franceinfo

Le patron du Quai d'Orsay a évoqué "une dérive autoritaire" à l'intérieur de la Russie et une "volonté expansionniste" à l'extérieur de ses frontières. Jean-Yves Le Drian a ainsi réitéré la nécessité d'un cessez-le-feu, estimant qu'on "ne peut pas discuter avec un revolver sur la tempe". C'est selon lui, "le préalable de tout" et "c'est ce qu'Emmanuel Macron a demandé samedi avec beaucoup d'insistance auprès du président Poutine".

"Un nouveau train" de sanctions en préparation

Si la France poursuit les discussions "de manière obstinée", avec la Russie, malgré l'impasse actuelle des négociations, c'est en prévision du moment où "il sera possible de se parler", a indiqué Jean-Yves Le Drian. Selon lui, les sanctions ont ce but-là : "Il s'agit d'élever le coût de la guerre à l'égard de Vladimir Poutine pour qu'il soit forcé à un arbitrage entre ce que ça coûte pour son pays, pour son peuple, et l'ouverture de véritables discussions".

Le ministre a ainsi rappelé les trois axes autour desquels le soutien aux Ukrainiens s'articule : les sanctions, dont "un nouveau train se prépare" afin d'interdire notamment l'importation de fer, d'acier et des biens de luxe de Russie, le soutien militaire, à savoir l'envoi d'armes "défensives et létales", et l'aide financière. Interrogé sur la possibilité d'ajouter à cela un embargo sur les importations de gaz et de pétrole russes, Jean-Yves Le Drian a assuré qu'il n'y a "pas de tabou" et que "tout est sur la table", reprenant les mots Emmanuel Macron, rappelant au passage que "nous ne sommes pas en guerre contre la Russie mais que la Russie est en guerre contre l'Ukraine".

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