"Chantage russe", "sécurité de la centrale", "nouveau Tchernobyl"… Le site nucléaire de Zaporijjia au cœur des inquiétudes internationales

Depuis début août, la centrale nucléaire est la cible de bombardements, dont Moscou et Kiev s'accusent mutuellement. L'ONU et les Etats-Unis appellent à la création d'une zone démilitarisée autour de la centrale.

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La centrale nucléaire de Zaporijjia, en Ukraine, le 27 avril 2022. (ED JONES / AFP)

La crainte d'un accident nucléaire plane sur l'Ukraine. La centrale de Zaporijjia, occupée par l'armée russe depuis début mars, est en proie depuis début août à des bombardements dont la Russie et l'Ukraine s'accusent mutuellement. En visite en Ukraine, jeudi 18 août, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, ont alerté sur la situation. Ces frappes créent un risque de "catastrophe de grande envergure", a aussi averti vendredi 19 août le président russe Vladimir Poutine lors d'un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron.

L'Ukraine dénonce "le chantage russe"

À chaque nouvelle frappe, Moscou et Kiev se renvoient la responsabilité. Ainsi, l'Ukraine assure que les forces russes tirent elles-mêmes sur la centrale qu'elles occupent dans le but d'accuser Kiev de ces bombardements. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dénoncé, samedi 13 août, un "chantage russe" autour du site. Il accuse Moscou d'utiliser la centrale comme base d'attaque pour que l'armée ukrainienne ne puisse pas riposter et demande "de nouvelles sanctions contre la Russie" afin de "bloquer l'industrie nucléaire russe".

L'Ukraine accuse aussi Moscou de stocker des armes lourdes sur le site nucléaire. Le patron de l'opérateur nucléaire ukrainien Energoatom, Petro Kotine, a estimé que jusqu'à 500 soldats russes, ainsi qu'une cinquantaine de véhicules militaires dont des blindés et des chars se trouvent à la centrale. "Le pire, c'est que ces deux ou trois dernières semaines, ils ont placé ces véhicules dans la salle des machines des unités 1 et 2", où l'électricité est produite, a affirmé Petro Kotine, ex-directeur de cette installation.

L'incertitude règne et la multiplication des bombardements inquiète les autorités ukrainiennes qui disent s'attendre à "tous les scénarios". Les secouristes préparent leur dispositif de sécurité et organisent des exercices de premiers secours en cas d'accident nucléaire. "Tant que la Russie contrôle la centrale nucléaire de Zaporijjia, il y a de gros risques", a averti mercredi le ministre ukrainien de l'Intérieur.

La Russie dit vouloir "assurer la sécurité de la centrale"

"Nous soulignons que les troupes russes n'ont pas d'armes lourdes dans l'enceinte de la centrale et dans les zones avoisinantes", répond le ministère russe de la Défense aux accusations de Kiev. Les forces armées russes seraient là pour "assurer la sécurité de la centrale nucléaire de Zaporijjia", poursuit le ministère. Concernant les accusations de bombardements, la Russie dénonce un coup monté. Elle maintient que l'Ukraine frappe la centrale dans le but de faire accuser Moscou.

La ville d'Energodar, proche de la centrale, est la cible de bombardements, selon le responsable prorusse de la région, Vladimir Rogov. L'administrateur a accusé les forces ukrainiennes samedi 13 août : "Energodar et la centrale nucléaire de Zaporijjia sont à nouveau sous le feu des militants [du président ukrainien Volodymyr] Zelensky."

À l'occasion de la visite en Ukraine du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, Moscou accuse également Kiev de vouloir préparer "une provocation retentissante" sur place. Selon Moscou, des unités d'artillerie ukrainiennes prévoient de tirer sur la centrale pour ensuite accuser la Russie d'avoir causé un accident nucléaire.

La communauté internationale souhaite une zone démilitarisée

Ces tensions inquiètent bien au-delà des frontières de l'Ukraine. Le secrétaire général de l'ONU et le président turc étaient en visite jeudi 18 août en Ukraine pour une rencontre trilatérale à Lviv avec le président ukrainien. La situation à Zaporijjia a été au cœur des discussions. "Nous devons dire les choses telles qu'elles sont : tout dégât potentiel à Zaporijjia serait un suicide", a alerté Antonio Guterres qui s'est dit "gravement préoccupé". Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est alarmé du danger d'un "nouveau Tchernobyl".

"Alors qu'on poursuit nos efforts pour une solution, nous avons été et continuons d'être du côté de nos amis ukrainiens", a affirmé le président turc. Le président Zelensky a estimé jeudi que la visite à Lviv de Recep Tayyip Erdogan était un "message puissant de soutien" pour son pays.

Pour garantir la sécurité du site et permettre une mission d'inspection, Antonio Guterres et les Etats-Unis appellent à la mise en place d'une zone démilitarisée autour de la centrale. De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, annonce sur Twitter que le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, lui a dit être "prêt" à se rendre à la centrale à la tête d'une délégation.

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