Caesar, Leopard 2, F-16, missile Kinjal... Le guide des armes déployées dans la guerre en Ukraine

Article rédigé par Elise Lambert
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 9 min
Depuis le début de l'invasion russe, fin février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a obtenu des millions de dollars d'aide militaire de la part de ses alliés. (HELOÏSE KROB / FRANCEINFO)
Depuis le début de l'invasion russe, l'Ukraine a reçu de nombreuses armes modernes de la part de ses alliés occidentaux mais continue d'utiliser du matériel ancien. De son côté, Moscou dispose d'un stock plus étendu, mais qui se réduit au fil des combats.

De nouvelles armes pour une guerre qui dure. Depuis le début de l'invasion russe, fin février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a obtenu des millions de dollars d'aide militaire de la part de ses alliés : munitions, artillerie, véhicules blindés... Pour mener à bien sa contre-offensive, l'Ukraine a besoin d'augmenter sa puissance de feu.

De son côté, la Russie, considérée comme la deuxième armée la plus puissante au monde, a obtenu de rapides gains territoriaux au début du conflit mais a "surestimé ses capacités militaires" et a rapidement été obligée de se replier, analyse le général Jérôme Pellistrandi. Désormais, son armée "peut alimenter le front, mais avec des matériels obsolètes".

F-16, missile Kinjal, canon Caesar... Si aucune arme, seule, ne peut changer le cours du conflit, certaines ont joué un rôle déterminant dans les opérations. Franceinfo dresse une liste non exhaustive de l'armement utilisé sur le terrain.

Côté ukrainien, des armes modernes livrées par les Occidentaux

Le canon Caesar. Le Caesar est un canon de 155 mm posé sur un camion blindé. "Il est très mobile, simple d'utilisation et très précis dans ses tirs", explique le général Jérôme Pellistrandi. Pièce majeure de l'artillerie française, il peut tirer six coups par minute, et jusqu'à 40 km. La France a cédé 18 canons Caesar à l'Ukraine et s'est engagée à en livrer 12 autres d'ici mars 2024. Il a notamment été déployé dans le Donbass. La portée de ce canon lui permet de "détruire des dépôts de carburant, des postes de commandement", complète le militaire.

Pièce majeure de l'artillerie française, le canon Caesar peut tirer six coups par minute, et jusqu'à 40 km. (HELOÏSE KROB / FRANCEINFO)

Les lance-roquettes M142 Himars. Ces lance-roquettes sont montés sur un blindé léger et sont très mobiles. Ils peuvent frapper des cibles lointaines, jusqu'à 80 km, rouler jusqu'à 85 km/h et éviter facilement les contre-attaques, précise Le Monde. Les Américains en ont livré une vingtaine à l'Ukraine à l'été 2022. "En frappant très loin derrière les lignes russes, le Himars a détruit des réserves russes et créé une pénurie logistique", analyse Stéphane Audrand, consultant indépendant en risques internationaux.

Le lance-roquettes M142 Himars peut frapper des cibles lointaines, jusqu'à 80 km. (HELOISE KROB / FRANCEINFO)

Les chars. Le char est un véhicule blindé de combat qui dispose d'un canon. "Il sert à engager l'ennemi tout en étant protégé, il soutient l'infanterie [corps de l'armée chargé de la conquête et de l'occupation du terrain] dans sa progression en combattant les autres véhicules", décrit Yohann Michel, analyste à l'International Institute for Strategic Studies (IISS).

La France a annoncé en janvier la livraison de blindés AMX-10 RC. Ce véhicule à roues est équipé d'un canon de 105 mm et de deux mitrailleuses. Il peut aller jusqu'à 60 km/h sur route, précise le ministère des Armées. "C'est un matériel indispensable pour la contre-offensive. Il sera situé en première ligne, il va détecter les positions ennemies et permettre d'engager le combat", explique Jérôme Pellistrandi. Doté d'une très bonne motricité, il peut s'infiltrer sur les routes, les chemins, les forêts. Les Etats-Unis ont livré des blindés similaires : les Bradley. 

Le Leopard 2 est un char lourd de conception allemande, déployé par de nombreuses armées en Europe. Equipé d'un canon de 120 mm, il est extrêmement puissant et très mobile, même sur un terrain accidenté. "Une fois que le repérage a été fait, qu'il s'est appuyé sur les informations transmises par les drones, l'artillerie et les AMX-10 RC, le char Leopard 2 va détruire les chars russes", illustre Jérôme Pellistrandi. Une coalition réunie autour de l'Allemagne doit livrer au moins 40 chars Leopard 2 à Kiev, précise Stéphane Audrand.

Le Leopard 2 est un char lourd de conception allemande. (HELOÏSE KROB / FRANCEINFO)

En janvier, le Royaume-Uni a annoncé livrer à Kiev 14 chars Challenger 2 et les Etats-Unis ont promis une trentaine de chars M1 Abrams. Les Français ont aussi livré des VAB (véhicule de l'avant blindé), qui permettent de mettre à l'abri les fantassins sur le champ de bataille.

Les missiles. Le missile se distingue de la roquette et peut globalement changer de direction en cours de vol. "Il peut servir la défense antiaérienne, frapper le sol, être tiré depuis un appareil volant ou depuis le sol", explique Yohann Michel. 

Les lance-missiles antichars Javelin sont des missiles américains portables "très simples à utiliser. Ils attaquent les chars ennemis par le haut", là où le blindage est le moins épais, explique Stéphane Audrand. "Ils ont été très utilisés dans la bataille de Kiev pour lutter contre l'offensive russe", complète Yohann Michel. Il est en revanche moins efficace lorsque le front est figé. Livré en grande quantité par les Américains, il est devenu un symbole de la résistance ukrainienne. L'Ukraine a également reçu des missiles antichars anglo-suédois NLAW. La France a livré des missiles antichars Milan.

Concernant les missiles antiaériens portables (Manpads), qui visent à détruire une cible dans les airs depuis le sol, l'Ukraine a reçu des missiles Stinger américains, des Grom polonais ou des Mistral français. Ce sont des armes qui ont un guidage infrarouge et peuvent aller jusqu'à 8 km, relève Le Monde. "Ils peuvent être utilisés par un homme seul, abattre un hélicoptère ou un avion volant à basse altitude", décrit Stéphane Audrand.

L'avion de chasse F-16. Mi-mai, les Etats-Unis ont ouvert la voie à la livraison par d'autres pays de ces chasseurs bombardiers. Polyvalents, ils peuvent attaquer les avions adverses et frapper au sol. "Les Occidentaux n'auront aucun mal à en céder à Kiev", précise Stéphane Audrand, puisqu'ils sont très répandus dans le monde, même si le soutien et la formation des pilotes seront complexes et longs à mettre en place. Leur utilisation ne va pas radicalement changer le cours de la guerre, mais l'Ukraine pourra mieux se défendre.

Le drone Bayraktar TB2. Ce drone fabriqué par les Turcs est équipé de missiles et a été très efficace au début de la guerre, durant la phase mobile. "Equipé d'une caméra, il produit de l'image et peut tirer des petits missiles dans un rayon de 150 km. Il a une grande endurance, plus de 20 heures en l'air, mais demeure assez vulnérable", relève Stéphane Audrand. Ces drones auraient eu un rôle important dans le naufrage, en avril 2022, du croisseur russe Moskva, pointe Le Monde.

Le système américain de défense antiaérienne Patriot. Dès le début de la guerre, les Russes ont attaqué l'Ukraine depuis l'air avec des missiles de croisière. Ils ont tiré sur les populations et les infrastructures. "L'Ukraine avait besoin de défendre son espace aérien, et le système Patriot est extrêmement précis et fiable", explique Stéphane Audrand. Ce système de missile sol-air est capable d'abattre des missiles de croisière et des avions à haute altitude. Il peut viser des cibles jusqu'à 160 km. Début mai, l'Ukraine a déclaré avoir abattu pour la première fois un missile hypersonique russe de type Kinjal à l'aide du système Patriot.

Côté russe, des armes nombreuses, pour la plupart héritées de l'époque soviétique

Les chars. "Les Russes comme les Ukrainiens ont des engins qui datent de l'URSS, mais ce sont eux qui les fabriquaient et ils ont un peu moins de problèmes d'approvisionnement que l'Ukraine", décrit Stéphane Audrand. Ils disposent d'une série de chars dont le nom commence par T, suivi d'un nombre qui correspond à son année de fabrication. "Ils s'appuient beaucoup sur le T72 (aussi détenu par l'Ukraine), qui est léger, moins bien protégé mais très mobile", explique le spécialiste. Il permet de percer un front et de protéger l'infanterie. L'armée russe déploie aussi beaucoup de T80 et T90, et ressort désormais des réserves les T55, "totalement obsolètes mais encore utiles", complète Jérôme Pellistrandi.

"Les Russes ont également une panoplie très importante de véhicules de combat de l'infanterie de type BRDM, BTR, mais avec une logistique derrière qui ne fonctionne pas de manière efficace", poursuit Jérôme Pellistrandi.

Les missiles. La Russie dispose d'une panoplie "extrêmement complète" de missiles, précise Jérôme Pellistrandi. Les plus utilisés ont été des missiles sol-sol Iskander. Ce missile balistique suit une trajectoire parabolique avant de retomber sur sa cible. Il peut atteindre une cible au sol jusqu'à 500 kilomètres, détaille Le Monde. Ils peuvent avoir une tête conventionnelle ou nucléaire. Des missiles Iskander ont été transférés par la Russie en Biélorussie, pour viser l'Ukraine.

Le système de missile balistique Iskander peut atteindre une cible au sol jusqu'à 500 kilomètres. (HELOISE KROB / FRANCEINFO)

Le missile Kinjal (qui signifie "poignard" en russe) est l'une des armes vantées comme "invincibles" par Vladimir Poutine. Largué depuis un avion, un missile Kinjal va commencer à avoir une trajectoire en cloche puis se diriger vers sa cible à une vitesse pouvant atteindre, selon Moscou, Mach 10, soit 12 000 km/h. Une vitesse qui le rend ainsi extrêmement difficile à intercepter. Le 16 mai, l'Ukraine a affirmé avoir abattu six missiles Kinjal lors d'une attaque nocturne.

Les avions. Jusqu'ici, "l'arme aérienne russe a été assez peu utilisée. Ils ont perdu à peu près 90 avions et 90 hélicoptères, ce qui est très peu par rapport à leur parc", estime Jérôme Pellistrandi. L'un des avions utilisés est le Soukhoï Su-34. "Les avions russes participent aux bombardements à longue distance en utilisant des missiles de croisière."

L'un des avions utilisés par la Russie est le Soukhoï Su-34. (HELOÏSE KROB / FRANCEINFO)

Aujourd'hui, un Su-34 "ne pourrait pas directement attaquer Kiev car il serait intercepté par le système Patriot. Mais il bombarde sur la ligne de front, c'est un appui-feu", poursuit le général. Il existe également des Soukhoï-25, 30 et 35. La Russie dispose également d'avions Tupolev, des bombardiers supersoniques qui peuvent atteindre des cibles à 3 000 kilomètres. En janvier, l'Ukraine a dit avoir intercepté 40 missiles tirés à partir de bombardiers Tupolev-75 au-delà de la mer Caspienne.

Les drones. "Les Russes détruisent beaucoup l'artillerie adverse avec des drones", relève Stéphane Audrand. L'un d'entre eux est le drone Lancet. Il s'agit d'un petit drone autonome, qui va rôder au-dessus d'une zone plus ou moins large et, si ses capteurs repèrent une cible, va exploser dessus. "Ce sont des drones qui ne sont pas chers à produire. Beaucoup ont été utilisés au début de la guerre", précise le spécialiste.

Moscou utilise également des drones iraniens Shahed 136. Ce "drone kamikaze" a une portée de 250 kilomètres. Fin mai, les forces russes ont lancé 48 frappes de drones Shahed dans les régions de Dnipropetrovsk, Zaporijjia et Kharkiv.

Le drone iranien Shahed 136 a une portée de 250 kilomètres. (HELOÏSE KROB / FRANCEINFO)

Le système de défense antiaérien Pantsir. Ce mot russe signifie "carapace". C'est un système mobile de défense antiaérienne à courte et moyenne portée, jusqu'à 18 kilomètres, relève Courrier international. En janvier 2023, des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient l'installation à Moscou de systèmes Pantsir S-1, destinés à intercepter notamment les missiles de croisière et balistiques envoyés par l'Ukraine.

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