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Attaque russe contre l'Ukraine : sept questions sur les sanctions prises contre Moscou

Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 9 min
Des manifestants protestent le 25 février 2022 contre la guerre en Ukraine lancée par la Russie, à Londres,au Royaume-Uni. (WIKTOR SZYMANOWICZ / NURPHOTO / AFP)

Les sanctions financières et commerciales se multiplient après l'invasion russe en Ukraine jeudi.

C'est l'escalade. Face aux attaques militaires de la Russie, la coalition internationale se resserre pour venir en aide à l'Ukraine, sans toutefois envoyer de soldats. Les Occidentaux ciblent le porte-monnaie russe en empilant des sanctions contre Vladimir Poutine, ses proches et les milieux d'affaires russes. Les alliés de Kiev ont ainsi décidé de débrancher plusieurs banques russes du système de messagerie Swift, samedi soir. Malgré ce nouveau durcissement, la Russie poursuivait son offensive dimanche 27 février.

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1Quelles sont les dernières sanctions prises ?

La Commission européenne et plusieurs pays dont les Etats-Unis, ont annoncé samedi soir l'exclusion de plusieurs banques russes de la plateforme interbancaire Swift, "l'arme nucléaire financière", selon le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire. "Toutes les banques russes déjà sanctionnées par la communauté internationale" sont concernées, et "si nécessaire, d'autres instituts", a précisé le porte-parole du gouvernement allemand, dont le pays préside actuellement le forum du G7. 

Ce réseau de messagerie bancaire, géré par une société privée installée en Belgique, permet de recevoir ou d'émettre des paiements dans le monde entier. L'Allemagne, initialement réticente à cause de sa grande dépendance au gaz russe, a finalement accepté.

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L'UE a également annoncé vouloir "paralyser" les actifs de la Banque centrale russe, pour empêcher Moscou de contourner les sanctions. Les alliés occidentaux ont donc décidé de restreindre encore davantage l'accès de la banque centrale russe aux marchés des capitaux, afin rendre plus difficiles ses tentatives pour soutenir le cours du rouble, en recul suite à la guerre en Ukraine.

2Quelles autres sanctions ont été décidées ?

Les autres mesures sont aussi principalement financières et commerciales. Des sanctions concernent même directement Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Aucun des deux n'a le droit de poser le pied aux Etats-Unis et les deux dirigeants ont été ajoutés à la très longue liste noire de l'UE, qui a gelé les avoirs des 450 députés de la Douma, la chambre basse du Parlement russe et de 26 personnalités du monde des affaires.

Bruxelles va aussi réduire l'accès de la Russie à des "technologies cruciales", en la privant de composants électroniques et de logiciels. Il sera interdit d'exporter des produits et technologies de l'industrie aéronautique, spatiale et pétrolière vers la Russie. Plusieurs entreprises étatiques russes se verront bloquer l'accès aux financements européens. Les Etats-Unis vont en outre supprimer plus de la moitié des importations technologiques de la Russie. Treize entreprises, dont le géant de l'énergie Gazprom, ne pourront plus lever d'argent sur les marchés financiers occidentaux.

Les Etats-Unis vont aussi sanctionner le "Russian Direct Investment Fund", un fonds souverain de la Russie ayant vocation à attirer des investissements dans l'économie russe. Quatre banques russes, dont les deux plus grandes du pays, Sberbank et VTB Bank, sont sanctionnées : VTB Bank a d'ores et déjà annoncé que l'utilisation de ses cartes bancaires de types Visa et Mastercard à l'étranger était désormais "impossible".

Enfin, l'espace aérien de l'Europe se ferme progressivement aux avions russes. De l'Allemagne à la Suède, en passant par la Belgique et l'Italie… Il s'agit d'empêcher les appareils russes d'utiliser les aéroports et de traverser les territoires. Un mur invisible oblige ainsi les vols à destination de l'ouest à opérer de larges détours et cloue des dizaines d'avions au sol.

3En quoi consiste le gel des avoirs ?

Le gel des avoirs de Vladimir Poutine, dont la fortune est estimée à plusieurs milliards d'euros, aura comme conséquence le blocage de ses comptes bancaires et autres avoirs financiers, comme le précise le site du Contrôleur européen de la protection des données.

Le président russe ne peut plus réaliser aucune opération bancaire dans l'Union européenne : transférer de l'argent, vendre une propriété, des titres ou des actions, ou toucher à un plan épargne, détaille Le Parisien (article réservé aux abonnés).

"Le gel des avoirs d'un dirigeant étranger, c'est souvent une mesure très symbolique, l'impact direct est relativement faible", tempère toutefois Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, interrogé de France 2. "En général, ce type de dirigeant a déjà prévu que ses avoirs soient dans des zones qui ne sont pas directement concernées."

4Ces sanctions sont-elles inédites ?

Non, selon David Teurtrie, spécialiste de la Russie, même si la communauté internationale a communiqué sur des mesures "massives et sans précédent". Depuis le début de la crise ukrainienne en 2014, "les Occidentaux prononcent des sanctions régulièrement contre la Russie", rappelle le spécialiste. Personnalités sanctionnées, suspension de la coopération militaire par la France et l'Allemagne, déconnexion des cartes bancaires Visa ou Mastercard de la banque russe Rossia… En 2017, les Etats-Unis disaient même maintenir les sanctions contre la Russie tant que la Crimée serait annexée, sans réussir à intimider Vladimir Poutine.

Quant à l'exclusion partielle de Swift, elle a déjà été utilisée pour d'autres pays que la Russie, notamment contre l'Iran entre 2012 et 2015. Le pays avait alors perdu près de la moitié de ses revenus pétroliers et 30% de son commerce extérieur, rappelle le Carnegie Moscow Center*.

"Les seuls dirigeants dans le monde sanctionnés par l'UE sont le président syrien, Bachar Al-Assad, et le président du Bélarus, Alexandre Loukachenko, et donc désormais Poutine pour la Russie", rappelle toutefois le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

5Ces mesures sont-elles efficaces ?

Depuis mardi, les chapelets de sanctions internationales n'ont pas dissuadé Vladimir Poutine d'envahir l'Ukraine. Le ministère de la Défense russe a même ordonné samedi à son armée d'"élargir l'offensive"

La majorité des sanctions n'a pas "des effets immédiatement", explique Olivier Dorgans, avocat spécialiste des sanctions économiques, sur France 2. "On va attendre quelques semaines avant de voir les premiers effets sur l'économie russe." Alexei Kudrin, ancien ministre des Finances russe, estime que l'exclusion de Swift pourrait faire reculer l'économie de 5%, rapporte le média britannique BBC*.

Un coup d'œil vers le passé permet de confirmer que cette arme économique ne se révèle pas forcément efficace. Seuls 22% des pays ayant subi, ces dernières années, des sanctions de cet ordre ont infléchi leur politique, selon l'institut suisse Targeted Sanctions Consortium. La Russie, visée par des mesures depuis huit ans, n'a pas reculé d'un pouce depuis le début de la crise de la Crimée en 2014, souligne le New York Times*.

Elle est même mieux préparée aujourd'hui. Selon le spécialiste David Teurtrie, la Russie a renforcé sa résilience économique et financière depuis cette période. Moscou a accumulé et diversifié l'équivalent de plus de 600 milliards de dollars et lancé sa propre carte bancaire. L'effet devrait donc davantage se faire sentir sur son commerce extérieur qu'intérieur. 

La Russie a aussi anticipé l'exclusion du système international Swift, et créé son propre système de messagerie indépendante. Cette alternative est utilisée en Russie et dans une vingtaine de pays. Ainsi, "contrairement aux sanctions d'exclusion de Swift" passées, "avec l'Irak ou l'Iran", celles-ci auront un "impact moins important" sur l'économie russe, tempère Estelle Brack, experte des questions bancaires et financières, interrogée par franceinfo samedi. 

6Quelles peuvent être les conséquences pour l'Europe ?

L'opération militaire russe en l'Ukraine a très vite accru la tension sur le marché des matières premières. Mais si les prix grimpent, la pénurie n'est pas à l'ordre du jour, selon le gouvernement français. "Nous sommes peu exposés au marché russe, c'est 1 à 2% des exportations et des importations françaises. (...) Le marché russe n'est pas un marché stratégique pour la France", a assuré le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, mercredi sur BFMTV.

>> Gaz, blé, pétrole... Quelles sont les conséquences économiques possibles pour les Français ?

Le retour de bâton le plus violent sera lié à l'exclusion de banques russes de Swift. Comme le rappelle la direction nationale du Trésor, la France est le deuxième investisseur étranger en Russie et le premier employeur étranger, avec 160 000 salariés d'entreprises françaises (Société générale, Renault, TotalEnergie ou encore Décathlon). "Si la Russie est déconnectée, nous ne recevrons pas de paiement étranger, mais nos acheteurs, les pays européens en premier chef, ne recevraient pas nos biens : pétrole, gaz, métaux et d'autres produits d'imports", prévenait un sénateur russe dans un entretien à l'agence TASS*. 

Les conséquences des autres sanctions devraient en revanche être plus limitées, et c'était tout l'objectif selon Stephen Le Vesconte, avocat du cabinet Linklaters, qui y voit le fruit "d'un compromis pour faire mal sans se tirer une balle dans le pied".

Plusieurs banques européennes disposent certes de filiales en Russie. Les plus exposées sont la Société générale, l'Italienne Unicredit et l'Autrichienne Raiffeisen Bank International. Mais les deux premières ont assuré que leurs activités ne représentaient qu'un faible pourcentage à l'échelle du groupe. Elles "vont opérer dans un pays où la devise va chuter en valeur, où l'inflation risque d'augmenter drastiquement", précise Stephen Le Vesconte.

7 Pourquoi ne pas intervenir sur le terrain militaire ?

Des "équipements de défense" seront livrés aux autorités ukrainiennes, "ainsi qu'un soutien en carburant", a annoncé la présidence à l'issue d'un conseil de défense réuni samedi à l'Elysée autour du président Emmanuel Macron. Des renforts militaires françaises en Estonie et dans le cadre de l'Otan en Roumanie ont été annoncés. "Ces dispositifs militaires ne visent à aucune escalade, mais simplement à participer à la défense des pays membres de l'Otan", a justifié dans un second temps le ministère des Armées.

>> Quels pays ont décidé d'envoyer une aide militaire à Kiev face à l'armée russe ?

Mais pas question pour l'instant d'envoyer des troupes européennes en Ukraine, a confirmé Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères à France Inter vendredi. L'Ukraine, qui n'est pas membre de l'Otan, n'est pas concernée par l'accord de sécurité qui prévoit que "si un pays de l'alliance est attaqué, tous les pays se sentent concernés et c'est comme si tous les pays étaient attaqués". Cet accord contient toutefois un "devoir de soutien pour des pays partenaires", comme l'Ukraine, "envers lequel nous faisons preuve d'une assistance significative y compris en équipement militaire", a insisté le ministre.

Intervenir directement en Ukraine risquerait de déclencher un conflit bien plus vaste, qui atteindrait les frontières françaises. Or, la France n'aurait pas les moyens humains, technologiques ou financiers de soutenir une guerre à haute intensité comme celle que l'Ukraine traverse, selon un rapport parlementaire du 17 février, rapporté par Les Echos (article payant).

>> Guerre Russie-Ukraine : budget, troupes, arsenal... Comparez la puissance militaire des deux pays

* Le liens suivis d'un astérisque conduisent vers des articles en anglais.

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