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Accord signé sur la ligne grande vitesse Lyon-Turin

François Hollande et Mario Monti ont validé le projet à l'occasion du sommet France-Italie à Lyon. Mais le projet ne fait pas l'unanimité.

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Manifestation contre le projet de LGV entre Lyon et Turin, devant l'ambassade de France à Rome, le 3 décembre. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

EUROPE – Le projet est acté, mais il ne fait pas l'unanimité. François Hollande et Mario Monti ont validé, lundi 3 décembre, le projet de Ligne grande vitesse (LGV) entre Lyon et Turin à l'occasion du sommet France-Italie à Lyon. Mais ses opposants n'entendent pas en rester là et des centaines de manifestants sont attendus sur place lundi après-midi.

Lancé il y a plus de vingt ans, ce projet doit permettre de transférer l'équivalent d'un million de poids lourds par an de la route vers le rail. Il mettra Paris à un peu plus de 4 heures de Milan, contre 7 actuellement. La ligne nécessite la percée d'un tunnel de 57 km. Coût évalué du chantier : 25 milliards d'euros, dont 8,5 milliards pour le seul tunnel transfrontalier. 

L'opposition au projet, parfois incarnée par le mouvement No-Tav surtout présent en Italie, commence à faire tache d'huile en France. Francetv info fait le point sur les sujets qui font débat.

Une utilité remise en cause

Les élus d'EE-LV, dont José Bové, estiment que le tunnel du Mont-Cenis permet déjà d'assurer un report du fret routier vers le rail et qu'un nouveau tunnel n'est pas justifié tant que le trafic ferroviaire n'augmente pas. Quelque 4 millions de tonnes de fret passent par Mont-Cenis chaque année, alors que sa capacité est de 15 millions de tonnes. "Commençons par saturer l'infrastructure existante", avance Pierre Mériaux, conseiller régional EE-LV, qui qualifie le TGV Lyon-Turin de "projet totalement surdimensionné". Ce à quoi répond Louis Besson, ancien ministre (PS) et président de la commission intergouvernementale du Lyon-Turin : "Si ce tunnel n'est pas utilisé, c'est qu'il n'est absolument pas performant."

"Le Lyon-Turin devrait être deux fois plus cher que le tunnel sous la Manche pour un trafic cinq fois moins important. Autrement dit, si vous avez été échaudé par la rentabilité du tunnel sous la Manche, celle du Lyon-Turin promet d’être bien pire", affirme pourtant l'économiste Brieuc Bougnoux sur Slate.fr.

Un financement qui n'est pas assuré

Si une "déclaration commune relative au tunnel Lyon-Turin" a été signée lundi à Lyon par les ministres des Transports des deux pays, aucune précision n'a été donnée quant à la répartition du coût du tunnel, qui est de 8,5 milliards d'euros. Selon l'AFP, l'Italie devrait apporter 2,9 milliards d'euros et la France 2,2 milliards d'euros. Le reste étant en principe apporté par le budget européen (soit 40%).

Mais un porte-parole de l'eurodéputé vert François Alfonsi, membre de la commission budget au parlement européen, assure que la prise en charge de 40% des coûts par l'Union européenne n'est "pas acquis". Il évoque une baisse du financement d'environ 30%, à l'ordre du jour lors du dernier sommet de Bruxelles.

"Nous sommes [aujourd'hui] dans une situation financière plus complexe et on peut réfléchir sur le meilleur usage de l'argent public." "Il y a eu une évolution des positions des uns et des autres dans un contexte économique particulier", a souligné la ministre du Logement, Cécile Dulot, sur RTL.  

La Cour des comptes est elle aussi sceptique. Dans un référé rendu public début novembre, elle pointe le "pilotage insuffisant" du projet, son financement "non défini", son coût "en forte augmentation" (de 12 milliards d'euros en 2002 à 26,1 milliards aujourd'hui) et sa "faible rentabilité socio-économique". Elle a demandé au gouvernement de "ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante"

Un impact sur l'environnement discutable

Le rejet de trois millions de tonnes d'émissions de CO2 serait évité chaque année grâce à la LGV, selon les partisans du projet. La LGV entre Lyon et Turin transférera en effet un million de camions de la route au rail. Mais ce projet aura aussi un impact négatif sur l'environnement. "Il y a de l’amiante et de l’uranium sous la montagne. Le percement des galeries va aussi polluer les réserves hydriques. Le tunnel va être comme le bouchon d’une baignoire que l’on retire", a ainsi expliqué Claudio Giorno, un ancien géomètre interviewé par Libération en mars.

Les organisations agricoles craignent pour leur part de voir disparaître 680 hectares de terres avec la construction de la nouvelle ligne. Elles plaident pour un renforcement de la liaison maritime Espagne-Italie "qui aurait l'avantage d’éliminer 2000 camions par jour dans les Alpes", selon la FDSEA des Savoie. Les écologistes mettent eux aussi en avant des alternatives qui permettraient de réduire les émissions de CO2, tout en évitant le projet LGV.

Ils proposent par exemple de n'autoriser les camions sur les routes que lorsqu'ils sont chargés, et de les faire circuler par bateau lorsqu'ils sont vides."Cette mesure, préconisée par Réseau ferré de France, permettrait d'éliminer 300 000 camions par an dans les Alpes du nord", a souligné un membre de la coordination des opposants au Lyon-Turin.

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