Les Roumains et l’Europe: «Il n’y a pas d’autre alternative»

Cosmin Jitariuc est grand reporter et présentateur du programme régional de la télévision publique roumaine TVR à Timisoara (ouest). La majorité des Roumains sont favorables au processus européen, constate-t-il. Les mêmes estiment que l'UE leur a apporté un niveau de développement qu’ils n’auraient pas connu autrement.

Cosmin Jitariuc au Parlement européen à Bruxelles le 11 février 2014.
Cosmin Jitariuc au Parlement européen à Bruxelles le 11 février 2014. (FTV)
Comment les Roumains voient-ils les élections européennes ?
Ils sont davantage intéressés que lors du scrutin qui a suivi l’adhésion du pays à l’UE en 2009. A cette époque, le pays connaissait une situation politique troublée. Depuis, une certaine stabilité est revenue. Mais la coalition, formée en 2012 entre les sociaux-démocrates et les libéraux, a déçu en ne tenant pas ses promesses. Comme, avant lui, le vieux Parti démocrate-libéral.

Alors, aujourd’hui, le scrutin européen peut être l’occasion pour les électeurs déçus de faire émerger de nouvelles têtes. Pour les partis politiques, c’est un défi.
 
Quel est le sentiment de l’opinion roumaine vis-à-vis de l’Europe?
Les gens sont divisés. A la campagne, notamment dans l’est du pays, le long de la frontière avec la Moldavie, la partie la moins développée du pays, ils sont plutôt anti-européens. Ils n’ont pas confiance. Ce sont souvent des petits paysans, qui pratiquent une agriculture de subsistance. Ils voient d’un mauvais œil les règles et les restrictions imposées par Bruxelles. Alors qu’ils n’ont que deux ou trois vaches, ils ne comprennent pas pourquoi leur lait ne correspond plus aux critères requis. Mais dans les mêmes régions, on trouve aussi des agriculteurs mieux formés, dont les propriétés sont plus importantes, qui exportent leurs produits.
 
Dans l’ouest et dans les villes, les habitants sont nombreux à penser que l’UE est une bonne chose. Ils voyagent. Ils constatent que comme citoyens européens, ils ont beaucoup d’avantages, notamment le fait de voyager et de passer les frontières plus facilement. Certains n’hésitent pas à ouvrir des petites affaires à l’étranger, par exemple dans les secteurs du tourisme et de l’informatique, avec des subventions de Bruxelles.

J’ai l’impression que la majorité de mes compatriotes pensent que l’Union européenne est la seule solution pour la Roumanie, qu’il n’y a pas d’alternative. Nous ne pouvons pas survivre séparément, restés isolés.

Nous avons devant les yeux l’exemple de la Serbie, elle-même isolée avec l’affaire du Kosovo. Nombre de Roumains se rendent dans ce piouiuays, en parlent la langue. Ils peuvent donc se rendre compte par eux-mêmes des différences de niveaux de développement entre les deux Etats.

Pour le reste, si l’on trouve un sentiment anti-européen, il n’est pas organisé politiquement. Il l’est d’autant moins que quelque part, l’Europe a encore quelque chose à nous offrir. Notre intégration n’est pas terminée, nous nous battons encore pour réaliser certains objectifs, comme l’intégration à Schengen.    
 
Comment en Roumanie voit-on le problème des Roms?
Les Roms sont des citoyens roumains libres, qui ont de gros problèmes d’intégration. Même s’il y a des programmes pour les aider, même s’ils ont des représentants dans les pouvoirs locaux.
 
On ne peut pas résoudre ces problèmes en leur donnant de l’argent. Evidemment leur distribuer une prime de 300 euros, comme l’a fait la France, peut servir à monter une petite affaire en Roumanie. Mais ensuite, ils reviennent chez vous !

Ce problème n’est pas seulement celui de la Roumanie. Il a surgi en Europe après l’ouverture des frontières, à la fin des années 80. Sa solution ne peut être qu’européenne. En Roumanie, on a souvent l’impression que l’Europe serait bien contente si les Roms restaient dans le pays.