Leonarda doit-elle revenir enFrance ? Dans quelles conditions se déroulent son retour forcé à Mitrovicaau Kosovo ? La jeune adolescente rom, expulsée du Doubs avec safamille le 9 octobre dernier vers le Kosovo, a témoigné mercredi : "On dort dehors, sur des bancs ".Des propos contestéspar les responsables kosovars. L'envoyée spécialede Radio France, Géraldine Hallot, a elle constaté sur place que Leonarda et sa famille vivent bien dans une modeste maison des faubourgs de Mitrovica. Un ministrekosovar de l'Intérieur a expliqué que le loyer et la nourriture seront payéspendant un an.►►► A LIRE AUSSI | Leonarda :de l'arrestation à la polémique nationale Au moment de la rencontre avec notre journaliste, l'adolescentese ronge les ongles nerveusement et répète qu'ici, ce n'est pas son pays. "Chezmoi c'est en France, c'est pas ici ". Comme la veille, Leonarda raconte qu'elleveut retourner dans le Doubs "pour avoir un avenir ". Leonarda était scolarisée depuis plusieurs années en France.Au Kosovo, "je ne vaispas à l'école ", confie-t-elle, "je ne parle pas la langue, je ne lacomprends pas et puis les autres, ils se moquent de moi ". Elle ne se voitpas grandir et travailler ailleurs qu'en France.Un père violentEn France, une enquête administrativeest en cours pour vérifier le déroulé de l'expulsion. Jeudi soir, l'Elysée a indiqué que si ce rapport le recommandait, "la circulaire de 2012 r elative à l'admission exceptionnelle au séjour des personnes étrangères en situation irrégulière pourrait être précisée afin de sanctuariser l'école et le temps de la vie scolaire ".La personnalité du père de famille, Resat, estégalement questionnée. Début 2013, il aurait eu des démêlés avec la justicepour des violences sur ses filles et des petits vols. Selon des sources proches du dossier, cet homme de 47ans aurait battu ses deux filles de 15 et 17 ans. Sa femme a porté plainte. Les adolescentes ont été placées "en foyer pendant deux semaines pour leurprotection. Elles ont ensuite discuté avec leur père et elles sont rentréeshabiter avec lui ", a expliqué Gérard Guinot, le porte-parole du collectif des sans-papiers, qui soutient la famille, précisant que "la mère avaitfinalement retiré sa plainte "."Si les violences sontavérées, il serait encore plus scandaleux de faire ce regroupement familial auKosovo" (RESF)Après avoir lancé uneprocédure, le parquet de Besançon a estimé qu'il n'y avait pas assez de chargespour engager des poursuites contre le père de Leonarda. Le procureur de Besançon n'a pasconfirmé ces informations.Gérard Guinot estime que l'obligationde quitter le territoire (OQTF) visant Leonarda et les siens était inévitable àcause de la situation du père. "Il n'a jamais réellement cherché à trouverdu travail, il a tapé sur ses enfants, et le préfet l'a mentionné dans son OQTF ".La préfecture du Doubs insiste sur le fait que les demandes d'expulsions sefont "au cas par cas ", et qu'il n'y a "aucune politiqueaveugle " à ce sujet. La demande d'asile de la famille a été rejetée en 2009, puis en appel en 2011.La famille née en Italie ?Au fil de la journée, les versions sur les origines de la famille et leur condition de vie changent. De nombreux journalistes français se trouvent dans la maison où est logée la famille à Mitrovica. Dans l'après-midi, le père de Leonarda a raconté qu'il avait en fait menti aux autorités françaises. Sa famille ne serait pas kosovare, mais italienne."Nous avons demandé l'asile en France et nous ne pouvions pas montrer nos papiers italiens. Nous avons dit que nous avions fui le Kosovo" (le père de Leonarda)"Toute la famille, ma femme et mes enfants, sont nés en Italie. Ils n'ont rien à voir avec le Kosovo ", raconte Resat, qui serait en fait le seul né au Kosovo. "Ils sont nés en Italie et puis nous sommes venus en France. Nous avons menti aux autorités en disant que nous étions du Kosovo ". Des déclarations qu'il faut prendre avec des pincettes puisque le père semble dire tout et son contraire. Les autorités du Kosovo, qui verse une aide mensuelle de 150 euros pour l'hébergement de la famille, confient qu'elles ne savent "pas quoi faire de cette famille ", dont seul "le père est né au Kosovo ".