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La vie dans l'ombre des autres Pussy Riot

Comment le groupe féministe punk russe s'organise-t-il depuis les ennuis judiciaires de trois de ses activistes chevronnées ?

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France Télévisions
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Des membres du groupe féministe russe Pussy Riot s'expriment devant les journalistes sur le procès de trois de leurs camarades, le 13 août 2012 à Moscou.  (WILLIAM WEBSTER / REUTERS)

EUROPE - Des Pussy Riot, on ne retient que trois visages. Ceux de la brune Nadejda Tolokonnikova et de la frisée Maria Alekhina, maintenues en prison, et d'Ekaterina Samoutsevitch, remise en liberté, mercredi 10 octobre, lors de la reprise de leur procès en appel.

Mais ces trois jeunes femmes ne sont pas les seules Pussy Riot. Qui sont les autres membres du collectif féministe punk, restées actives malgré la condamnation des trois militantes pour "hooliganisme" et "incitation à la haine religieuse" ? Eléments de réponse. 

Clandestines et recherchées

Depuis l'arrestation de leurs trois camarades, pour avoir pris part à une "prière punk" dans une cathédrale moscovite en février, la vie des autres Pussy Riot n'a rien de paisible. "Elles sont passées à la clandestinité et se terrent", note Le Figaro qui a réussi, non sans difficulté, à rencontrer l'une des activistes. Le quotidien évoque "une atmosphère de complot toujours plus opaque" où les filles tiennent à leur anonymat, posent systématiquement avec une cagoule sur le visage et hésitent une semaine avant de rencontrer les journalistes. 

Pour ne rien arranger, la police recherche aussi deux autres militantes, qui avaient participé à l'action du 21 février, aux côtés de Nadejda, Maria et Ekaterina. Selon le groupe, les deux jeunes femmes ont fui la Russie par peur d'une arrestation. Elles se trouvent aujourd'hui en Ukraine. 

Les autorités ne comptent pas lâcher le groupe de sitôt. Un appel à la délation a ainsi été lancé par Konstantin Goloskokov, le porte-parole des jeunesses pro-Poutine (Nashi), afin d'arrêter les autres Pussy Riot en liberté, raconte à FTVi Alban Mikoczy, correspondant de France 2 à Moscou. Il promet 50 000 roubles (1 250 euros) contre des renseignements concernant l'identité des militantes. D'autres arrestations pourraient donc se produire.  

Déterminées à poursuivre leur combat

Hors de question, toutefois, de baisser les bras. Les Pussy Riot annoncent même "une nouvelle action, toujours plus spectaculaire", rapporte Le Figaro. C'est que le collectif - créé en septembre 2011 - entend bien tirer profit du succès de la mobilisation autour de ses trois membres arrêtés. 

A la rentrée déjà, certaines activistes ont jeté de l'huile sur le feu en incendiant un portrait de Vladimir Poutine. Une action répétée dans le plus grand en secret, raconte Le Monde. "Pour accéder au lieu [de préparation] (...), en rase campagne, il faut conduire trois longues heures à travers les bouchons du périphérique moscovite", écrit la journaliste. 

Dans une vidéo de l'action, réalisée pour les MTV Music Awards et postée sur internet, une militante explique vouloir défendre "le droit de penser, de critiquer, d'être musiciens et artistes (...) de changer notre pays". Et prévient : "C'est parti pour les Pussy Riot et rien ne les arrêtera. La lutte pour la liberté est un combat sans fin (...)."

Rassemblées mais sceptiques sur leur porte-parole

Orphelines de trois membres-cadres, les activistes encagoulées se sont rassemblées derrière l'artiste Piotr Verzilov, lequel ne rechigne ni à montrer son visage ni à répondre aux médias. Depuis l'arrestation de sa femme, le mari de la brune Nadejda s'est en effet improvisé porte-parole des Pussy Riot. C'est lui qui a reçu un prix des mains de Yoko Ono, lui qui est interviewé en direct sur la BBC (vidéo en anglais) ou sur les chaînes américaines, lui encore "qui centralise les entrevues avec les filles [et] décide des médias prioritaires", souligne Le Monde.

L'artiste Yoko Ono (à droite) remet son prix pour la paix à Piotr Verzilov, artiste et mari d'une des Pussy Riot emprisonnées, le 21 septembre 2012 à New York.  (EMMANUEL DUNAND / AFP)
Problème : l'engagement de ce membre fondateur d'un autre mouvement d'art contestataire russe - baptisé Voïna - ne provoque pas que des sourires au sein des Pussy Riot. Certaines activistes de longue date, citées par le quotidien, s'étonnent de son soutien alors qu'il "ne croyait absolument pas au projet" au début et lui reprochent d'avoir pris la grosse tête "depuis qu'il a reçu un coup de téléphone de Madonna". Après le succès de la mobilisation autour de leurs camarades arrêtées, l'heure est désormais aux interrogations sur l'avenir des Pussy Riot. 

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