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La Syrie, une guerre omniprésente à Bayeux

La Syrie occupe une place prépondérante dans la sélection du 20e Prix Bayeux-Calvados. En effet, 36 des 55 reportages présentés en compétition sont consacrés à ce conflit, toutes catégories confondues. Une omniprésence qui occulte les autres thèmes mais qui témoigne aussi de la particularité de cette guerre, dans laquelle les journalistes ne sont plus les bienvenus.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Alep, Syrie, août 2012. (Stephen Dock / Agence Vu)

Photo, radio, presse écrite, web doc et jeune reporter. Dans toutes ces catégories, la Syrie arrive largement en tête des sujets traités, notamment en télévision petit format où huit des dix reportages sélectionnés lui sont consacrés. Arrivent ensuite le Mali avec cinq reportages, l'Egypte (trois), à égalité avec l'Afghanistan.

«Depuis l'Irak (d'ailleurs absent de la sélection, NDLR), on n'avait pas vu ça», rappelle Aurélie Viel, responsable de la programmation du Prix Bayeux. Risque t-on la saturation auprés du public du festival ? Difficile à dire. A titre d'exemple, lors de la projection des dix reportages télévisés en compétition, les lycéens ont fortement plébiscités ceux qui concernaient la Syrie. 

Grand reporter au Journal du dimanche et commissaire de l'exposition Retour sur 20 ans de reportage de guerre, Karen Lajon se dit étonnée de cette omniprésence. «Je n'avais pas idée à quel point ce conflit avait été couvert par les rédactions… Ca signifie aussi qu'elles ont consacré moins d'argent à d'autres conflits, plus marginaux.» Malgré tout, elle reconnaît que ce qui se passe en Syrie justifie une telle couverture : «Un pic a été franchi avec l'utilisation d'armes chimiques, mais aussi les kidnappings. Il n'y a jamais eu autant de journalistes français et étrangers enlevés et tout ça sans revendication derrière.»

Un phénomène qui a une répercussion très claire pour cette journaliste qui s'était rendue clandestinement à Homs au début des bombardements : «Le Journal du dimanche appartient au groupe Lagardère qui possède aussi Europe 1 dont un des journalistes, Didier François, a été pris en otage. La direction interdit à tous ses reporters, y compris pigistes, de partir là-bas.» Impossible donc pour Karen Lajon d'aller en Syrie en septembre comme elle l'avait envisagé.

Les otages français en Syrie
La Syrie est aussi présente au Prix Bayeux à travers le sort des otages français, le grand reporter Didier François et le photographe indépendant Edouard Elias, enlevés le 6 juin 2013 au nord d'Alep. Le 6 septembre, une banderole affichant les portraits des deux hommes a été affichée sur la façade de la mairie de Bayeux.

Les portraits de Didier François et Edouard Elias affichés sur la mairie de Bayeux (Chrystel Chabert)



Leur détention touche d'autant plus la ville que les deux reporters ont été associés au festival. En 2012, Didier François avait en effet participé à un débat sur la Somalie. Quant à Edouard Elias, il est présent pour cette édition 2013 à travers l'une de ses photos, réalisée lors de son premier reportage en Syrie. Elle est exposée sur les bords de l'Aure dans le cadre de l'exposition Regard sur la jeune génération de photographe.

La photo réalisée par E. Elias : un combattant de l'armée syrienne libre, blessé, est transporté à l'abri dans la vieille citadelle d'Alep, le 20 août 2012 (Chrystel Chabert)



A ce jour, les nouvelles concernant les deux otages français sont lapidaires : «On sait qu'ils sont en vie et à peu près en bonne santé. Pour le reste, la diplomatie française préfère la discrétion», rappelle Karen Lajon, qui est membre du comité de soutien aux deux otages. 

Un conflit meurtier pour les reporters
Autre témoignage de la violence du conflit syrien et de l'implication des journalistes qui couvrent cette guerre civile, la stèle 2012 et début 2013, érigée au Mémorial des Reporters.

La stèle 2012 début 2013 du Mémorial des Reporters à Bayeux (Chrystel Chabert)


Y figure notamment le nom d'Olivier Voisin, photographe français tué par des éclats d'obus en février 2013 alors qu'il couvrait les opérations d'un groupe armé d'opposition au nord de la Syrie.

D'après Reporters sans Frontières, 2012 est l'année la plus meurtrière enregistrée par l'association depuis la première édition de son bilan annuel en 1995. Et dans ce bilan, la Syrie tient une large part : sur les 138 journalistes et net-citoyens tués, 63 sont morts dans ce pays, alors qu'ils couvraient les affrontements entre Bachar al-Assad et ses opposants. 

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