La question de la situation des Roms en Allemagne est une question très délicate en raison du poids de l'histoire

On estime à 500.000 le nombre de membres de la communauté des gens du voyage assassinés par le IIIe Reich sur tout le continent européen.Les représentants du gouvernement fédéral marchent sur des œufs quand on les interroge sur la situation des membres de la communauté allemande des gens du voyage (voir article).

Femmes roms (ici dans un bidonville à Saint-Denis, Seine-Saint-Denis)
Femmes roms (ici dans un bidonville à Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) (AFP - THOMAS COEX)

On estime à 500.000 le nombre de membres de la communauté des gens du voyage assassinés par le IIIe Reich sur tout le continent européen.

Les représentants du gouvernement fédéral marchent sur des œufs quand on les interroge sur la situation des membres de la communauté allemande des gens du voyage (voir article).

De son côté, le Conseil central des Sintis et Roms allemands a réagi très vivement aux déclarations de Nicolas Sarkozy sur les expulsions de Roms (voir interview).

La question, qui a dominé le sommet de l"UE à Bruxelles des 15 et 16 septembre dernier, a fait l"objet d"une polémique entre Paris et Berlin.

La chancelière "Angela Merkel m'a indiqué sa volonté de procéder dans les prochaines semaines à l'évacuation de camps, nous verrons à ce moment-là le calme qui règne dans la vie politique allemande", avait indiqué le président Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse à l"issue du sommet. Une information aussitôt démentie côté allemand. "La chancelière n'a parlé ni lors du Conseil européen, ni lors d'entretiens en marge du Conseil avec le président français, de prétendus camps de Roms en Allemagne, et en aucun cas de leur évacuation", avait réagi le porte-parole du gouvernement fédéral.

La communauté des gens du voyage en Allemagne comprend 70.000 personnes (contre 40.000 avant guerre). Le nombre des Roms d"origine étrangère n"est pas comptabilisé.

Roms dans un bidonvile de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) (AFP - THOMAS COEX )


Une interview du président du Conseil central des Sintis et Roms allemands

Romani Rose est président du Conseil central des Sintis et Roms en Allemagne

Peut-on comparer la situation des Roms en France et en Allemagne ?

C"est une question à laquelle il n"est pas facile de répondre ! On peut dire qu"il n"y a pas beaucoup de différences entre les deux pays. A une exception près : en Allemagne, la situation est marquée par l"histoire et l"époque nazie. Les Roms y sont considérés comme une minorité nationale, au même titre que les Danois [du Land de Schleswig-Holstein] ou les Frisons. Pour cette raison, le gouvernement fédéral finance les activités de notre Conseil. De plus, il faut savoir qu"en 1982, les autorités fédérales, sous l"impulsion du chancelier Helmut Schmidt, ont reconnu que les massacres de Roms par les nazis constituaient un génocide.

Malgré cela, on trouve en Allemagne de la discrimination et du racisme vis-à-vis des membres de notre communauté. Un récent sondage a montré que 87 % des Roms allemands interrogés disent avoir vécu des situations de discrimination et de racisme.

Les Roms d"origine étrangère vivent en France dans des conditions d"extrême pauvreté. Connaissent-ils les mêmes difficultés en Allemagne ?

En Allemagne, nous ne faisons pas de distinction sur des critères ethniques. Concernant les Roms, on l"a fait uniquement pour les réfugiés du Kosovo. Donc, je ne peux rien dire là-dessus. Ce que je sais, c"est qu"on trouve des citoyens venus de Hongrie, de République tchèque, de Bulgarie, de Roumanie qui vivent et travaillent ici, et qu"ils envoient de l"argent à leur famille. Chez eux, ils n"ont aucune perspective, ils vivent parfois dans de véritables ghettos, sans eau, sans canalisation.

Vous avez réagi très vivement aux propos du président Sarkozy sur les expulsions de Roms (1)…

En faisant l"amalgame entre les Roms et les questions de sécurité, Nicolas Sarkozy a stigmatisé cette minorité dans sa totalité et les a effrayés. Car après les épisodes totalitaires nazi et communiste, on avait édifié sur ce continent tout un système de valeurs. Ce système est abîmé par de telles déclarations. Et maintenant chez nous, les gens se disent : "Ca recommence !".

Cela se passe en France, un pays qui a apporté la liberté au monde. Heureusement, la population française a protesté contre les propos du président Sarkozy [Le 4 septembre, les manifestations dans l"Hexagone ont rassemblé au moins 100.000 personnes contre la politique sécuritaire du gouvernement, notamment à l'endroit des Roms, selon l"AFP], sauvant ainsi l"honneur de son pays.

Quelles solutions voyez-vous aux problèmes qui se posent ?

Les politiques doivent enfin prendre l"histoire en compte. Il faut mener des campagnes positives qui valorisent les communautés roms, présentes depuis des siècles dans les pays où elles vivent. Il faut lutter contre les sentiments anti-roms comme on lutte contre l"antisémitisme.

Et que peut faire l"Europe ?

L"Union européenne doit édicter les droits. Mais dans le même temps, elle doit mettre en place un système de contrôle et de sanctions pour les faire respecter.

1) Le Conseil central des Sintis et Roms allemands a réagi promptement et vertement aux propos du chef de l"Etat français. Dès le 16 août, il lui envoyait un courrier lui demandant de surseoir aux expulsions de Roms. "Des mesures inhumaines et qui renverront les personnes concernées dans une pauvreté et un dénuement extrêmes", estimait-il. "Diffamer les Roms en les présentant comme de prétendus ‘risques pour la sécurité" ou comme un ‘problème", rappelle fortement l"argumentation raciste du ‘Parti national démocratique d"Allemagne (NPD)" ou du [mouvement] Jobbik en Hongrie", deux organisations d"extrême droite", estimait le Conseil.

Le point de vue des autorités fédérales

Le Bundestag à Berlin, avec le drapeau de la République fédérale (AFP - DAVID GANNON )


D"emblée quand un journaliste français discute avec un représentant du gouvernement allemand, il se rend compte que sur la question des Roms, les autorités fédérales marchent sur des œufs. Surtout après la polémique qui a opposé Paris et l"UE sur le sujet, mais également Paris et Berlin…

"La situation des Roms en France et en Allemagne n"est pas comparable", estime-t-on au ministère de l"Intérieur à Berlin. "La communauté rom allemande, donc composée de citoyens allemands, compte quelque 70.000 personnes. En ce qui concerne les Roms étrangers, on ne sait rien puisque nous établissons des chiffres sur des critères de nationalité, et non pas sur des critères ethniques", précise-t-on.

C"est ainsi le cas pour les données concernant les expulsions. "On peut donner des chiffres sur le nombre de citoyens bulgares et roumains expulsés, sans pouvoir dire s"il s"agit de Roms ou non", explique-t-on à Berlin. Ainsi en 2009, le gouvernement fédéral a renvoyé 49 Bulgares et 172 Roumains dans leurs pays respectifs. Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2010, 30 Bulgares et 74 Roumains ont été expulsés.

Il y a pour autant une exception dans ce principe: celle des Kosovars, qui se sont réfugiés Outre-Rhin pendant les évènements militaires qui ont secoué leur pays dans les années 90. Résultat : on compte aujourd"hui en Allemagne 12.700 citoyens du Kosovo qui sont potentiellement expulsables. Pour tenir compte des difficultés de ce pays, le gouvernement fédéral s"est engagé à ne pas reconduire à ses frontières plus de 2500 d"entre eux. Une politique qu"il appelle la "pratique de la reconduite progressive" ("Praxis der Schrittweise Rückführung"). Résultat : en 2009, 541 Kosovars ont été expulsés, parmi lesquels 76 Roms. Entre janvier et juillet de cette année, 364 ressortissants du Kosovo, dont 102 Roms, ont été reconduits aux frontières.

Et qu"en est-il de la situation matérielle de ces ressortissants ? "Là-dessus, nous ne pouvons rien vous dire", explique-t-on au ministère de l"Intérieur. La question ne serait pas de son ressort. "L"Allemagne étant un pays fédéral, cette question est du ressort des Länder" (Etats-régions), qui disposent effectivement de pouvoirs beaucoup plus étendus que les collectivités régionales françaises. "C"est donc à eux qu"il faut s"adresser pour avoir des éléments d"information". Une réponse qui permet peut-être aussi d"éluder une question délicate…

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