La presse européenne dubitative sur le Nobel attribué à l'Europe

Si les éditorialistes reconnaissent le rôle incontestable de l'Union dans la pacification de l'Europe, ils jugent majoritairement le moment mal choisi. Revue de presse européenne. 

La presse européenne est, samedi 13 octobre, tant unanime que sceptique quant au prix Nobel de la Paix attribué à l\'Union Européenne.
La presse européenne est, samedi 13 octobre, tant unanime que sceptique quant au prix Nobel de la Paix attribué à l'Union Européenne. (GERARD CERLES / AFP)

EUROPE - En France il y a d'abord Libération, qui revient sur les opaques conditions d'attribution du prix Nobel de la Paix à l'Union Européenne. Mais le quotidien est loin d'être le seul en Europe à afficher son scepticisme, samedi 13 octobre. Si tous les journaux reconnaissent que l'institution a accordé "67 ans sans conflit au continent", cette distinction au coeur d'une des plus graves crises jamais traversées par l'UE fait tousser. Revue de presse européenne.  

"Bonne idée, mauvais lauréat"


En Allemagne, par exemple le Berliner Zeitung juge que cette distinction tombe "au plus mauvais moment". "Le Tagesspiegel s'interroge, "n'y aurait-il plus assez de dissidents dans le monde qui en aurait eu besoin", rapporte la correspondante de France Inter à Berlin. "Bonne idée, mauvais lauréat", assène le magasine Der Spiegel. Die Welt, lui est plus optimiste : "Le prix Nobel de la paix est une récompense pour un miracle et une incitation à continuer à continuer à croire aux miracles".

Côté britannique, "le comité Nobel a choisi d'ignorer les multiples crises qui menacent l'Europe", note sobrement le Guardian (lien en anglais). Mais c'est le seul à ne pas grincer. "Le prix Nobel de la Paix à l'idiotie", lance le populaire et conservateur Daily Mail, tandis que le Times parles d'une récompense "frivole".

"On aurait tort de croire la paix acquise à jamais"

En Italie, La Stampa considère que "le prix arrive par surprise dans un des moments les plus difficiles du processus de l'intégration continentale". Même son de cloche dans la péninsule ibérique. El Pais (lien en espagnol) qui titre "L'UE reçoit le Nobel en pleine crise de son projet" constate : "Les problèmes économiques sont un formidable rappel des vieux fantômes européens : des drapeaux nazis sont brûlés à Athènes, on doute de la solidarité européenne à Berlin, Helsinki et Amsterdam, à Dublin, Lisbonne et Madrid, on crie contre Bruxelles..."  Des fantômes que le prix appellerait donc à surmonter.

C'est aussi l'interprétation de La Libre Belgique qui voit le Nobel comme un "appel à poursuivre le travail entamé. Parce que la paix se nourrit de la cohésion sociale, objectif broyé par la crise". Et d'avertir :"On aurait tort de croire la paix acquise à jamais. La montée des nationalismes et des extrémismes partout en Europe témoigne du risque, non négligeable, d'un retour de bâton"Le Soir juge pour sa part que "les citoyens européens, dont beaucoup ont aujourd'hui des raisons de désespérer, doivent prendre ce prix Nobel comme un rappel de ce que l'Europe a été jusqu'à présent un acteur majeur de progrès et de démocratie".