La Grèce n'est plus en défaut de paiement

La Grèce a soldé lundi ses arriérés de paiement de près de 2 milliards d'euros auprès du FMI. Elle a aussi remboursé 4,2 milliards d'euros à la BCE, grâce au prêt relais accordé vendredi par un fonds de l’Union européenne.

(C'est depuis Francfort et le siège de la BCE que se joue une partie du sort de la Grèce © Maxppp)

A partir de 2010, la BCE a racheté des titres de la dette grecque pour éviter que leur cours ne s’effondre. Ces titres (dits aussi bons du trésor ou obligations souveraines) sont vendus par les Etats pour financer leur déficit. Quand tout va bien, les marchés financiers (investisseurs, assurances, banques, fonds de pension, fonds d’investissement) les achètent et les échangent sur ce qu’on appelle le marché secondaire qui est une sorte de marché de l’occasion des titres de dette.

En mai 2010, la crise avait déjà commencé pour la Grèce et elle devenait contagieuse. Les pays affectés par la crise financière de 2008 faisaient peur aux investisseurs privés ; les PIGS comme on les surnomma (Portugal Italie Grèce Espagne) avaient de plus en plus de mal à vendre leurs titres de dette aux marchés financiers, autrement dit à faire financer le déficit de leur budget. La panique n’était pas loin de gagner.

Securities Markets Program : une petite révolution

En mai 2010, la BCE lance alors le programme, intitulé SMP : Securities Markets Program. Le programme SMP fit grand bruit dans le monde de la finance. Il permettait à la BCE d’acheter des titres de dette des Etats de la zone euro. Même si ces titres n'étaient pas achetés directement aux Etats, mais sur le marché secondaire, cette pratique s'apparentait à un financement indirect du déficit des Etats. Les circonstances l'exigeait, se défend encore aujourd'hui la BCE, mais ce faisant, elle a tout de même eu une interprétation très large des traités, ce que l'Allemagne a peu apprécié.

Ce programme SMP a été récemment remplacé par un autre, qui lui s'appelle QE (Quantitive Easing). Cette fois, la BCE achète des titres de dette de tous les Etats de la zone euro (sauf la Grèce), et en très grande quantité (1000 milliards d'euros d'ici septembre 2016). Cependant la BCE détient toujours les titres de dette achetés dans la période précédente. 

La BCE détient 27 des 312 milliards de dette grecque

Les titres de dettes (ou obligation) comportent un taux et une maturité. Le taux fixe les intérêts que touchera le prêteur. La maturité détermine le moment où l'emprunteur devra rembourser le "principal" c'est à dire le montant du prêt qui a été consenti. C'est ce principal que la Grèce doit rembourser aujourd'hui. 4.2 milliards d'euros donc, sur les 27 milliards qu'a "prêté" la BCE à la Grèce. 

La BCE a toujours entretenu un certain secret autour du programme SMP, cela faisait partie de sa stratégie. Si elle avait dit quels pays elle aidait et quand, les marchés financiers auraient pu l’attaquer. Elle a utillisé le programme SMP pour d’autres pays que la Grèce, mais elle n’a jamais précisé quand et combien exactement elle avait acheté pour chaque pays. La BCE détient aujourd’hui 27 milliards de dette grecque, sur les 312 milliards au total.

Le remboursement effectué ce lundi n’est que le premier d’une longue série. Le 20 août, la Grèce devra de nouveau verser 3,2 milliards à la BCE, puis en septembre viendront plus d’un milliard et demi à rembourser au FMI, puis encore 460 millions en septembre. C'est pourquoi il est crucial que le troisième plan d'aide soit négocié au plus vite, sinon la Grèce pourrait de nouveau se retrouver en défaut de paiement. 

D’où vient l’argent pour rembourser ?

C’est la partie la plus rapidement mise en oeuvre de l’accord du 13 juillet entre la Grèce et ses créanciers. Vendredi 17 juillet, un prêt d’urgence a été consenti à la Grèce comme l'annonce ce tweet de Valdis Dombrovskis, vice-président pour l'Euro et le dialogue social.

“L’Europe des 28 accepte le prêt relai pour la Grèce de 7,16 milliards d’euros via ’ESFM, le Mécanisme de Stabilité Financière Européen (explication ici en anglais). L’argent arrivera en Grèce lundi. »

Outre la BCE, avec ces 7,16 milliards d’euros, la Grèce a remboursé ce lundi ses deux milliards d’euros arriérés de paiement au FMI. Les échéances du 30 juin et du 13 juillet n’avaient en effet pas été acquittées. Cette régularisation financière va permettre le retour du FMI dans les négociations notamment sur le troisième plan d’aide.