VIDEOS. Brexit : les six moments de tension de la nuit qui a abouti à la suspension du Parlement britannique

Entre les propos étonnants de Boris Johnson, la fronde des députés de l'opposition et l'échange musclé entre élus, le Parlement britannique a vécu une nuit agitée pour sa dernière séance avant sa suspension de cinq semaines, décidée par le Premier ministre.

Les députés quittent le Parlement britannique, à Londres, lors de la cérémonie de suspension, le 10 septembre 2019.
Les députés quittent le Parlement britannique, à Londres, lors de la cérémonie de suspension, le 10 septembre 2019. (HO / AFP)

Au pays de Shakespeare, les pièces de théâtre se jouent habituellement en cinq actes. Mais l'interminable feuilleton du Brexit casse chaque jour un peu plus les codes de la dramaturgie. Dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 septembre, qui a abouti à la suspension du Parlement jusqu'au 14 octobre, les députés britanniques ont ajouté de nouvelles scènes qui resteront dans l'histoire politique au Royaume-Uni.

1Boris Johnson refuse, malgré la loi, de reporter le Brexit 

Pendant cette séance historique, Boris Johnson se montre inflexible sur ses intentions. Quelques heures auparavant, pourtant, une loi, votée par les parlementaires, a été promulguée : elle l'oblige à solliciter auprès de l'Union européenne un report de trois mois du Brexit en cas d'absence d'accord avec Bruxelles avant le 31 octobre. Mais le Premier ministre affirme qu'il ne demandera pas ce nouveau délai. "Ce gouvernement poursuivra les négociations en vue d'un accord, tout en se préparant à une sortie sans accord", martèle Boris Johnson sous les huées de l'opposition. 

"J'irai à ce sommet crucial le 17 octobre et peu importe le nombre de dispositifs que ce Parlement inventera pour lier mes mains, je vais tout faire pour obtenir un accord dans l'intérêt national (...) Ce gouvernement ne reportera pas encore le Brexit", a encore assuré le chef du gouvernement. "La seule chose que le Premier ministre a omis de préciser, c'est qu'il doit obéir aux lois de ce pays", a rétorqué le leader de l'opposition, Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste. 

2Le Parlement s'oppose de nouveau à des élections anticipées

"Si vous voulez un délai, alors votez pour des élections générales !" lance Boris Johnson à Jeremy Corbyn dans un Parlement sous tension. Mais les efforts du Premier ministre conservateur n'y changeront rien. Après avoir voté une loi pour obliger le gouvernement à publier des documents confidentiels sur le Brexit, les députés infligent une nouvelle gifle à "BoJo", en refusant encore une fois de déclencher des législatives anticipées pour le 15 octobre. 

Avec 293 voix pour, loin des deux tiers des sièges requis, ils rejettent une deuxième fois en cinq jours l'organisation de ces élections générales. Jeremy Corbyn explique alors qu'il souhaite une élection, mais se refuse à "risquer le désastre" d'une sortie de l'UE sans accord. Avant tout scrutin, l'opposition veut s'assurer que la perspective d'un "no deal" est écartée et que le Brexit sera repoussé de trois mois, comme le Parlement l'a voté la semaine dernière.

3"Honte à vous" : les députés protestent contre la suspension du Parlement...

Lors du cérémonial codifié marquant la suspension du Parlement, dans une ambiance électrique, le président de la Chambre des communes, John Bercow, prend la parole. Après avoir annoncé plus tôt, les larmes aux yeux, son intention de démissionner le 31 octobre, le "speaker" donne une nouvelle fois son avis sur la "prorogation" (le terme dans la loi anglaise pour désigner la suspension du Parlement), qu'il avait déjà qualifiée de "scandale constitutionnel". Il considère cette suspension, "la plus longue depuis des décennies", comme ni "classique", ni "normale".

L'opinion de John Bercow est partagée par de nombreux députés de l'opposition. Ces derniers choisissent alors de protester bruyamment contre la suspension du Parlement, considérée comme un déni de démocratie. A la fin de la séance, les parlementaires travaillistes et écologistes lancent des "Honte à vous !" aux députés conservateurs quittant la salle, avant de montrer des feuilles barrées du mot "Silenced" pour contester la fin des débats pendant cinq semaines. Une feuille est même disposée symboliquement sur le siège vide du "speaker". 

4... et empêchent le "speaker" de s'asseoir sur son siège

Dans une ambiance de plus en plus tendue, les députés cherchent par deux fois à entraver le cérémonial entraînant la suspension du Parlement, comme le raconte The Guardian (article en anglais). En brandissant leur papier "Silenced", ils tentent d'empêcher le président de la Chambre des communes, John Bercow, de reprendre place sur son siège. Un député travailliste se jette même sur la chaise du "speaker". "Ce soir, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour empêcher la prorogation du Parlement", se félicite alors sur Twitter la députée travailliste Rachael Maskell.

Il s'agit d'une référence historique à la prorogation de 1629, lors de laquelle des députés en colère tentèrent d'empêcher la suspension du Parlement en allant jusqu'à s'asseoir sur le "speaker" de l'époque, raconte Slate.

5Le "casse-toi mec !" de Jon Bercow fait bondir les conservateurs

Toute cette agitation provoque quelques échanges musclés entre parlementaires. "Je ne vous demande pas de réagir, Mr Stephenson, lance ainsi John Bercow à un député conservateur qui interrompait son discours. Vous n’avez pas la moindre idée d’où commencer pour me donner des conseils. Je ne vous demande pas de répondre, je n’attends pas de réponse de votre part." Et le "speaker" finit même par lâcher, dans un langage inhabituel pour le palais de Westminster, l’équivalent d’un "Casse-toi, mec !", indique The Guardian.

Cet échange, tout comme l'agitation des députés de l'opposition, n'ont pas manqué de provoquer la colère des députés conservateurs. "Le président a perdu la tête sur cette fin de législature. Prend ouvertement parti. Très triste. J'ai peur qu'il ait perdu le respect de beaucoup. J'espère qu'il n'a pas porté atteinte à l'impartialité qui a survécu aux générations, estime sur Twitter le député Bob Seely. Pathétique combine du Labour aussi. Nous avons besoin d'une élection générale." Il est rejoint par le conservateur Adam Afriyie : "Ce soir, nous avons vu le genre de chaos et de comportement honteux que Corbyn, le SNP et les Lib Dems veulent pour notre grand pays."

6Des élus entonnent des chants écossais et gallois

Jouant les prolongations sur les sièges vert bouteille du Parlement, une partie des députés de l'opposition se met à entonner des chants dans les lieux à moitié vides. Ils reprennent notamment en chœur le chant gallois Bread of Heaven, l'hymne ouvrier The Red Flag ou encore Scots Wha Hae, un chant du XVIIIe siècle écrit pour célébrer la souveraineté de l’Ecosse vis-à-vis du royaume d’Angleterre.