Tourisme, études, travail... Quelles conséquences pratiques pourrait avoir le Brexit pour vous ?

Pour le moment, les effets du Brexit sont limités pour les Français qui se rendent au Royaume-Uni. Mais d'ici quelques années, ceux qui visitent, résident ou travaillent outre-Manche vont devoir s'adapter à de nouvelles formalités.

En face du London Bridge, à Londres, le 24 juin 2016.
En face du London Bridge, à Londres, le 24 juin 2016. (DANIEL SORABJI / AFP)

Les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne, avec une majorité de 51,9% des voix malgré de fortes disparités régionales. Le résultat du référendum fait l'effet d'une bombe, mais dans les faits, les conséquences d'un tel vote ne sont pas encore bien définies. Tout dépendra en fait des modalités de sortie qui seront négociées, et des accords ultérieurs que le Royaume-Uni peut espérer conclure avec différents pays de l'Union. L'article 50 du traité de l'Union européenne stipule que les négociations peuvent durer jusqu'à deux ans. Entre les conséquences immédiates, et les perspectives incertaines, tour d'horizon de ce que va changer le Brexit si vous êtes touriste, étudiant ou autre...

Je suis un touriste et je souhaite me rendre au Royaume-Uni

Pour le moment, tout ce dont vous avez besoin pour vous rendre sur le sol britannique est une carte d'identité. Dans l'immédiat rien ne devrait changer, le Royaume-Uni ne faisant déjà pas partie de l'espace Schengen.

A plus long terme, quand le Brexit deviendra effectif, il faudra peut-être un visa touristique, tout dépendra des accords que le pays pourra ou non conclure avec les autres pays européens.

Dans l'immédiat par contre, passer ses vacances à Londres sera beaucoup plus avantageux. Le plongeon du cours de la livre par rapport à l'euro augmente, de fait, le pouvoir d'achat des touristes étrangers. 

Mais dans l'avenir, sur place, il faudra faire attention à sa santé. Actuellement, si vous tombez malade, vous pouvez utiliser votre carte européenne d'assurance-maladie pour bénéficier de soins gratuits dans les différents pays de l'Union européenne. Quand le Brexit sera effectif, la carte européenne ne sera logiquement plus valable et il faudra souscrire une assurance santé.

Je vais travailler régulièrement au Royaume-Uni

Vous êtes à peu près dans la même situation que les touristes en ce qui concerne la liberté de voyager : rien ne change pour le moment. Ce n'est qu'une fois le Brexit effectif qu'il vous faudra peut-être un visa et un permis de travail, en fonction des accords qui seront signés.

Si vous faites des affaires avec des entreprises britanniques, le cours de l'euro et de la livre va vous impacter immédiatement. Vous aurez plus de mal à exporter car vos produits seront plus chers pour les Britanniques. Par contre, si vous importez des produits britanniques, ils vous coûteront moins cher.

Reste à connaître les conséquences du Brexit sur le cours de la monnaie et sur l'état de l'économie britannique à long terme. 

Je suis étudiant, et je voudrais faire mon Erasmus outre-Manche

Dans l'immédiat, vous ne devriez pas connaître de problème majeur. Mais comme pour le reste, les principaux changements seront conditionnés aux accords futurs qui vont mettre du temps (au moins deux ans) à être négociés.

Il y a tout de même une liste de conséquences prévisibles, et négatives : avec le Brexit, les établissements scolaires du Royaume-Uni ne seront vraisemblablement plus éligibles aux bourses de mobilité du programme Erasmus. Ensuite, votre statut passant "d'étudiant européen" à "étudiant étranger", vous devrez également payer plus cher vos frais de scolarité qui sont déjà importants au Royaume-Uni (actuellement de 8 000 euros annuels en moyenne pour les Français, rappelle Le Monde).

>> Que va changer le Brexit pour le programme Erasmus ?

Comme pour les touristes, la question du visa va également se poser. Et attention à la reconnaissance de votre diplôme : aujourd'hui, le système universitaire européen permet une reconnaissance automatique des diplômes délivrés dans les 28 Etats membres, ce ne sera peut-être plus le cas. Dans les faits, la signature d'accords bilatéraux entre les pays devrait atténuer ces effets négatifs.

Je suis expatrié français au Royaume-Uni

Vous faites donc partie des 300 000 Français exilés outre-Manche. Pour le moment, vous n'avez besoin d'aucun permis de résidence pour y vivre et y travailler.

Mais une fois hors de l'Union, le Royaume-Uni peut décider de vous imposer les même règles qu'aux résidents qui ne viennent pas de l'espace économique européen. Il vous faudra alors une carte de résidence, puis une carte de résident permanent après cinq années passées sur le sol britannique.

Pour les expatriés déjà présents au Royaume-Uni, les conséquences sont incertaines. D'autant plus qu'encore une fois, les Britanniques auront la possibilité de conclure des accords spécifiques avec chaque pays de l'Union européenne.

En France, je veux aller faire du shopping chez Marks & Spencer

Cela tombe bien, ce sont les soldes... Mais sachez que les marchandises en provenance du Royaume-Uni pourraient, à l'avenir, coûter plus cher à cause du rétablissement des taxes douanières.

Il faudra néanmoins attendre de voir ce qui aura été négocié. Le Royaume-Uni peut choisir de rejoindre l'Espace économique européen, comme l'Islande et la Norvège, et conserver un libre accès au marché européen. Mais comme le pointe Le Figaro, cela signifierait se plier aux règles sans avoir d'influence dessus, un peu le contraire de ce que désiraient les Britanniques en votant le Brexit.

Je suis footballeur professionnel et je veux faire carrière en Premier League

Depuis 1995 et l'arrêt Bosman, vous êtes autorisés à venir jouer en Angleterre, en Ecosse, au pays de Galles ou en Irlande du Nord sans condition particulière. Mais quand le Royaume-Uni aura quitté l'Union, ce sera une autre paire de manche, hormis la signature d'un accord particulier.

Si l'on se calque sur la situation des footballeurs extracommunautaires, vous devrez obtenir un permis de travail pour jouer en Premier League anglaise. Et les conditions d'obtention sont drastiques : même pour les joueurs des meilleures nations mondiales, il faut par exemple avoir joué en équipe nationale, avec un certain nombre de sélections sur les derniers mois.

En rassemblant tous les critères, la BBC a calculé que 122 joueurs européens seraient forcés de quitter le championnat anglais, parmi lesquels les Français N'Golo Kanté, Morgan Schneiderlin et Anthony Martial.

En somme, toutes ces conséquences à plus ou moins long terme se basent à la fois sur la législation existante entre le Royaume-Uni et les pays hors Union européenne, et la législation entre l'Union et les pays hors Union. Mais les négociations à venir pourraient venir adoucir les conséquences pratiques du Brexit. La question est : jusqu'à quel point ? Avec les multiples accords à venir, les Britanniques pourraient se retrouver avec tous les avantages d'un pays de l'Union, sans en être membre, et il n'est pas sûr que les Européens laissent passer ça.