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Theresa May a choisi un Brexit "souple sur la forme, mais dur sur le fond"

La Première ministre britannique, Theresa May, a présenté sa stratégie concernant le Brexit. Spécialiste des questions européennes, Patrick Martin-Genier, estime qu'elle a choisit une version du Brexit "dure sur le fond".

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Radio France
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La Première ministre britannique, lors de son discours sur le Brexit, le 17 janvier à Londres. (ALPHA PRESS / MAXPPP)

Dans son discours prononcé mardi 17 janvier, Theresa May a enfin dressé la feuille de route du Brexit. La Première ministre britannique a choisi une rupture claire et nette. Pour elle, le Brexit rime avec la sortie du marché unique, mais aussi avec le retrait de la Cour de justice de l’Union européenne. Elle a également réclamé un nouvel accord douanier. Invité mercredi sur franceinfo, Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et spécialiste des questions européennes et internationales, a expliqué que Theresa May avait choisi "une version assez souple" du Brexit "sur la forme, mais très dure sur le fond".

franceinfo : On s’oriente vers un Brexit dur. Est-ce la moins mauvaise ou la pire des solutions pour l’Union européenne ?

Patrick Martin-Genier : Ce ne sera pas une solution facile. On attendait la position de Theresa May qui depuis six mois tergiversait. On ne savait pas quelle serait sa version du Brexit. C’est une version assez souple sur la forme, mais très dure sur le fond, car elle a bien décidé de quitter l’Union européenne et l’Union douanière. Ce qui signifie qu’elle va renoncer à des libertés essentielles de l’Union européenne : la liberté de circulation des marchandises, des capitaux, des services et des travailleurs.

Du côté de l’Union européenne, on sent un peu de soulagement. Comment l’expliquer ?

La Première ministre britannique a enfin affirmé sa ligne politique. On sait quelle ligne de conduite l’Union européenne devra tenir. Theresa May veut de nouveaux accords commerciaux, douaniers, mais elle va quand même chercher à garder certains avantages du passé, sans les inconvénients. Elle veut le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier ou de la crémière. Elle veut un accord spécifique pour le Royaume-Uni. Elle a dit qu’elle ne reniait pas les valeurs européennes, mais ce sont des positions de principe : elle a déclaré qu’elle voulait quitter l’Union européenne, mais aussi la Cour de justice de l’Union européenne qui, précisément, défend les valeurs de l’Union européenne. Elle a dit qu’elle ne voulait pas de l’Espace économique européen qui lie la Norvège à l’Union européenne. Elle ne veut pas non plus de l’Association européenne de libre-échange qui lie la Suisse à l’Union européenne.

On peut imaginer que Londres va tout faire pour ne pas perdre les entreprises européennes qui sont installées sur son territoire. Cela annonce-t-il unn dumping fiscal et social ?

Theresa May l’a tout à fait annoncé. Philip Hammond, le ministre des Finances, l’avait dit quelques jours avant. Elle a parlé dans son discours d’un nouveau modèle économique et social. S’il doit y avoir des négociations très serrées, elle va sûrement envisager de baisser considérablement les impôts sur les entreprises car celles-ci sont très inquiètes. Elles devront payer 10% de taxes à l’Union européenne lorsque le Brexit sera effectif. Ce qui représenterait, selon une étude qui a été faite en Grande-Bretagne, entre 7 à 8 milliards d’euros pour les entreprises britanniques.

Que va changer ce Brexit tel quel l'envisage Therasa May pour les travailleurs européens aujourd’hui au Royaume-Uni ?

Renoncer à la liberté de circulation des travailleurs, y compris au sein de l’Union européenne, pourrait remettre cause la libre circulation et, surtout, le libre établissement des salariés de façon générale en Grande-Bretagne, y compris pour les salariés de l’Union européenne. Les Polonais par exemple. Il y en a 800 000 en Grande-Bretagne. Cela peut également toucher les travailleurs français. Theresa May a dit qu’on devait préserver les droits de ceux qui sont déjà installés en Grande-Bretagne, mais que ce serait une monnaie d’échange, pour que les avantages des travailleurs britanniques dans l’Union européenne soient préservés.

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