Royaume-Uni : la démission du ministre chargé du Brexit "est peut-être une forme de libération" pour Theresa May

Christian Lequesne, professeur à Sciences Po, a expliqué, lundi sur franceinfo, que "cela fait quand même des mois que Theresa May a du mal à contrôler David Davis", le ministre en charge du Brexit, démissionnaire.

Christian Lequesne, professeur à Sciences Po, a expliqué, lundi sur franceinfo, que \"cela fait quand même des mois que Theresa May a du mal à contrôler David Davis\", le ministre en charge du Brexit.
Christian Lequesne, professeur à Sciences Po, a expliqué, lundi sur franceinfo, que "cela fait quand même des mois que Theresa May a du mal à contrôler David Davis", le ministre en charge du Brexit. (TOLGA AKMEN / POOL)

Christian Lequesne "ne dirait pas obligatoirement que ce qui s'est passé est négatif pour Theresa May", la Première ministre britannique. Pour le professeur à Sciences Po et spécialiste de l'Union et de la politique européenne, lundi 9 juillet sur franceinfo, la démission du ministre en charge du Brexit, David Davis, est peut-être "une forme de libération". Cela s'explique sans doute par le fait que depuis "des mois, Theresa May a du mal à contrôler David Davis qui est un eurosceptique vraiment très fort.

David Davis a démissionné, dimanche, deux jours après l'obtention, par la Première ministre, de l'accord du gouvernement pour proposer le maintien d'une relation commerciale post-Brexit étroite avec l'UE. Theresa May doit détailler les propositions lundi aux députés britanniques et au Parti conservateur.

franceinfo : Cette démission est-elle une très mauvaise nouvelle pour Theresa May ?

Christian Lequesne : Je ne sais pas si c'est une très mauvaise nouvelle. Cela fait quand même des mois que Theresa May a du mal à contrôler David Davis qui est un eurosceptique vraiment très fort. Peut-être que pour elle, c'est une forme de libération. Je ne dirais pas obligatoirement que ce qui s'est passé est négatif pour Theresa May. Ce qui va être difficile, c'est obtenir la confiance de tous ceux qui sont eurosceptiques au Parlement. Cela la fragilisera par rapport à la majorité parlementaire, mais la majorité parlementaire sait aussi que si le Parti conservateur ne retrouve pas un minimum de discours de consensus, les travaillistes ont toutes les chances de gagner une élection. Je crois donc qu'un certain nombre de pro-Brexit, comme Michael Gove, qui est l'actuel ministre de l'Environnement, ont bien compris ça. Il a appelé, lui, à soutenir le compromis proposé vendredi par Mme May, bien qu'il soit dans le camp des Brexiters.

David Davis a-t-il eu raison de démissionner ?

Je crois que ce qui est en train de se profiler, c’est-à-dire une zone de libre-échange et puis un système douanier facilité, c'est exactement ce qu'il ne voulait pas. Il y a donc une certaine cohérence. Et, deux des secrétaires d'État de son équipe, Steve Baker et Suella Braverman, ont démissionné également.

Il y a aujourd'hui une scission, concernant le Brexit, sur l'idée d'une séparation en souplesse ou d'un divorce dur. Peut-on imaginer que les Britanniques n'aillent pas jusqu'au bout, à cause de toutes ces divisions ?

Tout est possible. La vie politique actuellement en Grande-Bretagne est extrêmement flexible. Mon intuition est qu'ils iront au bout, mais qu'ils iront au bout avec un compromis qui se rapproche de ce que l'Union européenne est prête à accepter. Les Britanniques n'ont jamais été, depuis le début, dans une position de force pour la négociation, tout simplement parce que leur économie est bien trop imbriquée au marché intérieur européen. Cela a été la grande erreur d'appréciation, quand même, des Brexiters. Pourtant, beaucoup d'entre eux sont des hommes d'affaires, comme David Davis, qui se disent très intéressés par l'économie. Mais là, ils ont totalement sous-estimé l'interdépendance entre leur pays et le reste de l'Union européenne.