Pourquoi le Brexit peut encore échouer, malgré l'accord trouvé entre Bruxelles et Londres

Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, s'est montré optimiste face à la presse, jeudi. Mais Westminster donne un tout autre son de cloche. 

Michel Barnier, négociateur en chef de l\'Union européenne sur le Brexit, donne une conférence de presse après avoir annoncé la conclusion d\'un accord avec le Royaume-Uni, le 17 octobre 2019. 
Michel Barnier, négociateur en chef de l'Union européenne sur le Brexit, donne une conférence de presse après avoir annoncé la conclusion d'un accord avec le Royaume-Uni, le 17 octobre 2019.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Les jours et les nuits de négociations ont payé. Jeudi 17 octobre, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson, ont annoncé avoir trouvé un accord sur le Brexit. Dans la foulée de cette annonce, les 27 ont validé ce texte. 

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"Quand la volonté est là, un accord est possible. Nous en avons un !" s'est félicité Jean-Claude Juncker sur Twitter. "C'est un accord juste et équilibré pour l'UE et le Royaume-Uni et une expression de notre détermination à trouver des solutions. Je recommande son approbation par le Conseil européen", a-t-il ajouté. Pour sa part, Boris Johnson a salué un "excellent nouvel accord", permettant au Royaume-Uni de quitter l'Union européenne comme prévu, le 31 octobre, sans risquer le chaos et l'incertitude d'un "no deal". 

Alors, Britanniques et Européens peuvent-ils pousser un "ouf" de soulagement ? Les brexiters peuvent-il enfin sabrer le champagne (ou un vin pétillant anglais) ? Pas tout à fait. 

Parce que l'accord doit être validé samedi par le Parlement britannique 

En annonçant la conclusion d'un accord, Boris Johnson a aussitôt dit souhaiter son approbation rapide à la Chambre des communes. "Le Parlement doit maintenant organiser le Brexit samedi afin que nous puissions passer à d'autres priorités telles que le coût de la vie, le système de santé, la criminalité et l'environnement", a-t-il écrit sur Twitter. 

En d'autres termes, le destin de l'accord est entre les mains des députés britanniques, lesquels se réuniront exceptionnellement samedi pour débattre du texte. Or, rien n'indique que ce dernier obtiendra la majorité (326 voix). Rappelez-vous : en 2017, Theresa May aussi avait trouvé un accord avec l'UE. Torpillé à trois reprises par les députés, il a finalement été abandonné.

Quid de la situation aujourd'hui à Westminster ? Elle est sensiblement plus complexe et précaire qu'il y a deux ans. Entre-temps, Boris Johnson, nouveau Premier ministre, a perdu sa majorité. Lors d'un précédent vote, 21 députés conservateurs ont refusé de suivre la ligne du parti et l'un d'eux a purement et simplement rejoint un autre parti. Enfin, le parti unioniste nord-irlandais, le DUP, allié des conservateurs, a d'ores et déjà fait savoir qu'il s'opposait à ce nouvel accord. Or, le DUP pèse 10 voix à la Chambre des communes. 

"Nous ne pouvons pas soutenir cet accord", a également déclaré Jeremy Corbyn, chef de file du Parti travailliste (Labour). Le Scottish National Party a lui aussi rejeté l'accord, tout comme le Parti du Brexit de Nigel Farage. 

Jeudi midi, une journaliste du quotidien The Sun a par ailleurs indiqué que les parlementaires du Labour pourraient tenter d'obtenir un vote sur la tenue d'un nouveau référendum à l'occasion de la séance extraordinaire de samedi.  

Parce que ce n'est que le début des négociations

Si l'accord est accepté, le Royaume-Uni entrera dans une période de transition à partir du 1er novembre. Cela signifie que Londres devra encore négocier avec Bruxelles pour déterminer les futures relations entre les deux entités. Cette période de transition doit s'achever à la fin de l'année 2020. 

Selon Michel Barnier, cette période pourrait être prolongée d'une ou deux années. Accord ou non, les discussions sur le Brexit sont très loin d'être terminées.