Libre circulation, médicaments, transports… A quoi ressemblerait le Brexit sans accord version Boris Johnson ?

Après la fuite d'un dossier gouvernemental décrivant les probables conséquences du Brexit, le Premier ministre britannique a réaffirmé sa volonté de quitter l'Union européenne au 31 octobre, avec ou sans accord.  

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, au 10 Downing Street, à Londres (Royaume-Uni), le 12 août 2019. 
Le Premier ministre britannique Boris Johnson, au 10 Downing Street, à Londres (Royaume-Uni), le 12 août 2019.  (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Il vient défendre sa vision du Brexit en Europe. Après la chancelière allemande Angela Merkel, mercredi, et avant le G7 à Biarritz, samedi, le Premier ministre britannique Boris Johnson rencontre Emmanuel Macron, jeudi 22 août à l'Elysée. Prêt à sortir son pays de l'Union européenne le 31 octobre avec ou sans accord, le dirigeant conservateur fera part lors de ces discussions de ses nouvelles propositions pour aboutir coûte que coûte à un Brexit. L'occasion pour franceinfo de faire le point sur ce qu'il prévoit dans le cadre de ce divorce. 

La fin de la libre circulation des personnes 

Le gouvernement britannique a annoncé, lundi 19 août, vouloir mettre "immédiatement" fin à la libre circulation des personnes en cas de Brexit sans accord. Un durcissement de position par rapport au gouvernement de Theresa May, qui prévoyait une "période de transition" même en cas d'absence d'accord avec l'UE. "Nous introduirons immédiatement des règles plus strictes en matière de criminalité pour les personnes entrant au Royaume-Uni", a indiqué une porte-parole du 10 Downing Street. Elle a également rappelé que Boris Johnson souhaitait introduire un système à points sur le modèle de l'Australie.

Début août, le Premier ministre avait annoncé un projet de délivrance de visas accélérée pour attirer les "meilleurs cerveaux" et permettre à son pays de "continuer d'être une superpuissance scientifique". Il a par ailleurs promis de protéger le droit des citoyens européens installés au Royaume-Uni à pouvoir continuer à y vivre, même en cas de sortie sans accord. Selon le gouvernement, à la fin juillet, plus d'un million d'Européens avaient obtenu un statut de résident permanent pour rester dans le pays après le Brexit.

Une frontière entre les deux Irlande

Dans une lettre adressée lundi à Donald Tusk, président du Conseil européen, Boris Johnson a réaffirmé son opposition à la disposition controversée sur l'Irlande, appelée "backstop", ou filet de sécurité. Le Premier ministre la qualifie d'"antidémocratique" et l'accuse d'empêcher son pays de mener une politique commerciale indépendante des règles de l'UE. Contenu dans l'accord de retrait conclu par le gouvernement de Theresa May, ce dispositif prévoit que, faute de meilleure solution à l'issue d'une période transitoire, et pour éviter le retour d'une frontière entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, le Royaume-Uni tout entier reste dans un "territoire douanier unique" avec l'UE. Un scénario exclu par les Brexiters. 

"Le 'backstop' est une assurance pour éviter une frontière dure sur l'île d'Irlande tant qu'une solution de rechange n'est pas trouvée", a répondu Donald Tusk dans un tweet. "Ceux qui sont contre le 'backstop' et qui ne proposent pas d'alternatives réalistes sont en réalité favorables au rétablissement d'une frontière. Même s'ils ne l'admettent pas", a-t-il riposté, sans nommer explicitement Boris Johnson.

Des stocks de médicaments suffisants pour quelque temps

Selon un dossier gouvernemental sur les conséquences d'un "hard Brexit" publié, dimanche 18 août, par le Sunday Times (article payant en anglais), le Royaume-Uni, qui dispose habituellement de trois mois de stocks de médicaments, a augmenté ses réserves pour bénéficier de six semaines supplémentaires. Le pays quittera l'Agence européenne du médicament, mais continuera à reconnaître temporairement les tests et certifications européens pour éviter une double procédure et une rupture de la chaîne d'approvisionnement. 

Mercredi, le ministre chargé des préparatifs du "no deal", Michael Gove, a assuré que le service national de santé britannique aurait accès à tout ce dont il a besoin en cas de sortie sans accord de l'Union européenne. 

Des blocages dans les transports à terme

Craignant de longs délais aux points de passage les plus fréquentés actuellement, en particulier à Douvres, Londres a œuvré à ouvrir de nouvelles voies de passage et à accroître l'activité d'autres ports du pays. Toutefois, selon les documents publiés par le Sunday Times, jusqu'à 85% des camions qui traversent la Manche "pourraient ne pas être prêts" pour les autorités douanières françaises. Cela signifie que des perturbations dans les ports pourraient durer jusqu'à trois mois avant une éventuelle amélioration du trafic.

L'UE a accepté de prolonger le droit automatique des compagnies britanniques d'opérer des vols vers les 27 pays de l'Union, mais seulement jusqu'en mars 2020. Le service ferroviaire sous la Manche (Eurostar, Shuttle) pourra aussi continuer à fonctionner sans changement, pendant trois mois.

Des pénuries, des frais supplémentaires et des entreprises peu préparées 

Le Sunday Times explique que les prévisions rassemblées par le gouvernement britannique dans les documents qui ont fuité présentent les répercussions les plus probables d'un Brexit sans accord, et non les pires éventualités. Parmi ces conséquences, le rapport met en avant, pêle-mêle, les pénuries de denrées alimentaires, d'essence et de médicaments auxquelles serait finalement confronté le Royaume-Uni. Les frais téléphoniques et bancaires seraient également touchés. L'itinérance – la faculté d'utiliser le réseau d'un opérateur de téléphonie mobile à l'étranger –, actuellement gratuite pour les consommateurs au sein de l'UE, engendrerait en cas de "no deal" des frais pour les voyageurs franchissant la Manche ou la frontière irlandaise. Il en va de même pour l'usage des cartes de paiement, qui devrait entraîner des frais supplémentaires, tandis que les procédures bancaires seront "plus lentes", d'après Londres.

Les achats en ligne verraient leurs frais augmenter, puisque les colis livrés depuis le continent ne pourraient plus prétendre à une TVA allégée. Les Britanniques en vacances en Europe pourraient également devoir obtenir un permis de conduire international. Quant au transport d'animaux domestiques par des Britanniques dans l'Union, il serait encadré par des règles sanitaires plus strictes.

Dans le secteur des biens, de nombreuses entreprises restent sous la menace d'un divorce désordonné en octobre, l'approche de Noël rendant plus difficile la constitution de stocks, selon la principale organisation patronale britannique, la CBI. Dans les services, des accords temporaires ont été conclus avec les Européens, dont un accord d'un an pour protéger le marché des produits financiers dérivés à Londres. Selon la CBI, quelque 3 000 avocats se sont enregistrés en Irlande, pays membre de l'UE, pour leur permettre de continuer à exercer leur profession dans l'Union.

Les sombres conséquences présentées dans les documents ont toutefois été réfutées par le gouvernement britannique. Michael Gove a assuré sur Twitter que ces documents décrivaient "le pire scénario" et que "des mesures très significatives [avaient] été prises ces trois dernières semaines pour accélérer les préparations du Brexit".