Le vote du Brexit reporté : soit Boris Johnson "démissionne", soit "cela se termine devant la Cour suprême britannique"

Pour Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences-Po, le Royaume-Uni "est dans une situation extrêmement bloquée".

Le Premier ministre britannique Boris Johnson à la Chambre des communes à Londres le 19 octobre 2019.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson à la Chambre des communes à Londres le 19 octobre 2019. (JESSICA TAYLOR / UK PARLIAMENT)

Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences-Po, spécialiste des affaires européennes, a estimé samedi 19 octobre sur franceinfo que deux solutions se profilaient pour débloquer la situation en Grande-Bretagne alors que les députés britanniques ont décidé de reporter leur décision sur l'accord de Brexit. Soit Boris Johnson "démissionne de son poste de Premier ministre", soit "cela se termine devant la Cour suprême britannique qui pourrait, le cas échéant, l'obliger à respecter la loi du Parlement britannique", assure-t-il.

franceinfo : Pourquoi Boris Johnson refuse-t-il de demander un nouveau délai ?

Patrick Martin-Genier : Il est en train de dire 'vous avez voté un texte, vous avez voté une délibération. Je ne la respecterai pas et quand bien même je serai obligé de solliciter un report que je ne veux pas solliciter'. En gros, il tend la perche aux autres États de l'Union européenne en leur disant : à supposer même que je vous demande un report, je vous demande de dire non. Voilà, donc, on est dans une situation extrêmement bloquée (...) On ne voit pas bien comment il pourrait ne pas respecter la loi. Selon toute probabilité, il n'y a plus que deux possibilités aujourd'hui : soit il démissionne de son poste de Premier ministre et on trouve une motion de défiance pour mettre quelqu'un à sa place, soit cela se termine devant la Cour suprême britannique qui pourrait, le cas échéant, l'obliger à respecter la loi du Parlement britannique.

L'amendement déposé par le député Oliver Letwin a été approuvé à 322 voix pour et 306 voix contre. Cela vous étonne ?

Quand on regarde la majorité de cet amendement, c'est quand même inquiétant, même pour l'avenir. Les députés irlandais unionistes, ce sont dix députés, pas plus. Il y a encore six autres députés qui ont voté contre Boris Johnson. On avait dit que ça se jouait à deux, trois voix près. On s'aperçoit qu'il y a six voix en plus qui ont voté contre Boris Johnson, ce qui veut dire que même sur le fond, il n'est pas certain qu'il puisse avoir une majorité.

Pourrait-il ne pas respecter les lois du Parlement ?

Il est habitué depuis le début à ne pas respecter les lois. Il a dit que le Parlement ne l'intéressait pas. Il a dit que les délibérations du Parlement ne l'intéressaient pas et donc, il se conduit comme un véritable potentat en disant moi, je suis Premier ministre. Il n'a été élu qu'à moins de 300 000 voix. On sait très bien que s'il y avait des élections demain, les électeurs reconnaîtraient qu'il a eu du mérite. Il est effectivement en tête dans les sondages à plus de 10 points, ce qui fait qu'il pourrait avoir une nette majorité. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas et il ne peut pas obliger le Parlement à aller devant les électeurs pour la simple raison qu'on n'est pas arrivé au bout de la législature.

Les Britanniques n'ont pas fini de se déchirer ?

Oui, c'est un état de quasi-guerre civile. On a bien vu des gens s'opposer. Les députés reçoivent des menaces de mort comme on ne l'a jamais vu. Rappelez-vous toujours Jo Cox, une députée qui a été assassinée, qui était pour rester dans l'Union européenne. De plus en plus, des députés ont demandé une protection rapprochée. Ils ont peur. Ils reçoivent des menaces de mort sur internet et ça, c'est très grave. Et on vient d'apprendre qu’un homme avait tenté de franchir les grilles de Westminster tout à l'heure. C'est vrai que c'est très, très grave ce qui se passe aujourd'hui.