Du référendum à la menace d'un probable "no deal"... Le chaos du Brexit résumé en gifs animés

Les députés ont rejeté une nouvelle fois vendredi le texte négocié par Theresa May avec les 27 pendant plus de deux ans. Comment en sommes nous arrivés là ?

Un militant pro-Brexit devant le Parlement à Londres (Royaume-Uni), le 29 janvier 2019.
Un militant pro-Brexit devant le Parlement à Londres (Royaume-Uni), le 29 janvier 2019. (TOLGA AKMEN / AFP)

A partir de quand la situation a-t-elle dégénéré outre-Manche ? A quelle date les Britanniques ont-ils réalisé que le destin à très court terme de leur grande nation était pour le moins imprévisible ? Quand la crise politique a-t-elle définitivement plongé le pays dans le chaos ? A l'approche de la date de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, prévue le 12 avril, dans le cas d'un no deal, aucun scénario clair ne se dessine : sortira de l'Europe ? Ne sortira pas ? Sortira plus tard encore ? 

Oubliez James Bond, le vrai film à suspense britannique se joue au Parlement de Westminster. Collés à leurs écrans, les sujets de Sa Majesté alternent entre effroi, panique, résignation, colère et incrédulité. On vous résume tout ça en gifs.

En juin 2016, les Britanniques votent pour quitter l'Union européenne

"See EU later", titre le Sun, à prononcer "See you later" avec un clin d'œil à l'Union européenne – EU en anglais. Le quotidien britannique, partisan du "Leave", est satisfait après le vote du 23 juin 2016 : ce jour-là, les Britanniques décident à une courte majorité – 51,9% – de prendre leurs distances avec Bruxelles. Et c'est à ce moment que les ennuis commencent vraiment.

Depuis, de loooooooongues négociations ont eu lieu... 

A l'issue de deux ans de négociations fastidieuses et mouvementées, Londres et Bruxelles accouchent, en novembre 2018, d'un texte censé régir la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Theresa May est désormais chargée de le faire ratifier par le Parlement britannique. Mais tout se complique. 

Le 15 janvier, les députés rejettent l'accord une première fois

Le message est clair : 432 voix contre 202. Hors de question pour les élus de la Chambre des communes de laisser passer le projet d'accord de sortie de l'UE. Parmi les points de friction figurent la question du backstop, ce filet de sécurité destiné à empêcher la réinstallation d'une frontière entre l'Irlande du Nord (composante du Royaume-Uni, donc bientôt hors-UE) et la République d'Irlande (dans l'UE).

Le 11 mars, Theresa May se rend à Strasbourg la veille du (re)vote du texte au Parlement pour le (re)négocier...

Le 12 mars, Theresa May est censée retourner devant la Chambre des communes, pour proposer aux députés... le même texte qu'ils ont déjà rejeté le 15 janvier. La Première ministre britannique décide de tenter une ultime négociation avec l'UE, à Strasbourg, la veille du scrutin. Oui. La veille. 

L'Union européenne accepte in extremis de donner des garanties sur le "backstop" 

Les négociateurs de l'Union européenne acceptent finalement de clarifier leur position sur le backstop. Les conservateurs s'offusquaient qu'aucune limite de temps ne soit fixée à cette mesure, censée être temporaire. Sans donner de date butoir, l'UE s'engage par écrit à ne pas "piéger le Royaume-Uni dans le filet de sécurité indéfiniment".

Theresa May espère que son texte obtiendra ainsi le soutien des pro-Brexit dur, hostiles au "backstop"

(Parce que là, si ça ne passe pas, c'est mort pour renégocier, prévient l'UE)

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, prévient, à l'issue de cette rencontre : il faut que l'accord de Brexit soit accepté par la Chambre des communes britannique car "il n'y aura pas de troisième chance" pour négocier. Pas. Moyen. Non. Nope. 

Mais le 12 mars, les députés rejettent le texte 

Cette nouvelle garantie ne suffit pas à rassembler assez de députés derrière le texte de l'accord. Il est rejeté par 391 voix contre 242. Encore.

Ça devient très compliqué pour Theresa May, qui a perdu le contrôle de son parti 

Les Tories sont en majorité au Parlement (avec l'appui des 10 députés nord-irlandais du parti DUP), mais ce nouveau rejet prouve que la Première ministre ne parvient pas à convaincre dans ses propres rangs conservateurs. Et ça, c'est dur.

Le 13 mars, les députés votent contre une sortie de l'UE sans accord…

"Donc, vous ne votez pas l'accord, mais vous votez pour qu'il n'y ait pas pas d'accord ?"

… mais ce vote n'est pas contraignant juridiquement

En gros, ce n'est pas parce que les députés ont dit qu'ils ne voulaient pas d'un no deal que le scénario du no deal est écarté. Mais merci quand même.

Le 15 mars, les députés votent (enfin) une motion de Theresa May, qui réclame un report limité de la sortie de l'UE

Première victoire depuis des semaines pour la Première ministre. Les députés approuvent sa proposition de reporter le Brexit. Mais elle pose des conditions : si l'accord (oui, celui qui a déjà été retoqué deux fois) est adopté avant le 20 mars par la Chambre, elle demandera un court délai à Bruxelles ; s'il est (encore) rejeté, elle demandera une longue extension. Bref, Theresa May essaie de forcer la main au Parlement en le menaçant de rester dans l'UE encore longtemps.

L'UE rappelle qu'un report, même court, doit se faire sous certaines conditions

Demander une extension, c'est bien, mais encore faut-il que les dirigeants européens approuvent à l'unanimité la requête. Les 27 laissent savoir qu'ils sont d'accord pour accepter un report court, qui permettrait de ratifier l'accord avant la tenue des élections européennes, à partir du 23 mai. Pour un report plus long, Londres devra prévoir un plan clair et de bons arguments (la tenue de nouvelles élections, par exemple).

Theresa May change d'avis : l'accord ne sera pas mis au vote une troisième fois

"Pourquoi présenter au vote un texte dont le gouvernement est certain qu'il sera rejeté ?" répond son entourage quand on l'interroge sur ce revirement de situation. 

Le 18 mars, le speaker de la Chambre annonce que, de toute façon, les députés ne voteront pas (encore) un texte identique  

A la surprise générale, John Bercow annonce qu'il ne laissera pas le gouvernement présenter devant la Chambre des communes un texte similaire une troisième fois. Si l'exécutif souhaite que les députés revotent sur l'accord, le texte doit présenter des changements significatifs par rapport à la précédente version. 

Le 20 mars, May demande officiellement à Bruxelles un report… jusqu'au 30 juin

Theresa May avait toujours déclaré être opposée à un report de la date du Brexit, et voilà qu'elle en demande un jusqu'au 30 juin. Et tant pis si la Commission européenne martèle depuis des mois qu'un report court ne peut excéder la date du 22 mai, sinon la Constitution européenne exige que le Royaume-Uni organise lui aussi des élections européennes. Theresa May préfère se fier à l'avis du service juridique du Conseil européen, qui estime que tout ira bien si le Brexit a lieu avant la première session plénière du Parlement.

Dans le même discours, elle reproche aux députés d'avoir suscité le chaos en rejetant son accord

Theresa May espère toujours faire passer son texte, mais sa déclaration énerve certains députés

Et voilà qui compromet encore les chances de Downing Street de rallier une majorité au fameux accord. "Quand la Première ministre (...) critique les députés parce qu'ils font leur travail, c'est la démocratie qui trinque", s'agace un Tory.

Le 21 mars, elle se rend à Bruxelles pour défendre ses positions lors d'un sommet européen

Elle doit convaincre ses homologues européens qu'elle parviendra à faire voter son texte une bonne fois pour toutes par le Parlement britannique. Et ce, alors que rien n'est moins sûr. Mais, à huit jours de la sortie prévue de l'UE, Theresa May continue de s'accrocher pour éviter un no deal.

Les dirigeants européens s'enferment pendant plus de sept heures pour réfléchir à leur réponse

Le plan de Theresa May ne convainc pas vraiment les 27. Elle quitte la salle pour laisser ses homologues décider de la réponse à apporter à sa demande d'extension. Et ça prend du temps. Beaucoup de temps.

Finalement, Bruxelles surprend tout le monde en proposant un report du Brexit au 12 avril

Un report jusqu'au 30 juin, qui pourrait compliquer les élections européennes ? Hors de question. Les 27 laissent deux options à Theresa May : faire voter son accord par le Parlement britannique avant le 29 mars, et obtenir un report jusqu'au 22 mai ; en cas d'échec, elle aura deux semaines supplémentaires pour trouver un "plan B" avant le 12 avril.

Il s'agit de la nouvelle date de sortie en cas de  "no deal" 

Et si Theresa May fait voter son accord d'ici cette date, le Royaume-Uni partira le 22 mai 

Auquel cas, le départ se fera de façon "ordonnée", conformément au texte négocié entre Londres et Bruxelles. Bref, une sortie par le haut pour le gouvernement.

De crainte d'un "no deal", un plan d'urgence se met quand même en place au Royaume-Uni

On n'est jamais trop prudent. Le 21 mars, le ministre du Brexit, Stephen Barclay, annonce que Londres s’apprête à mettre en œuvre le plan "Yellowhammer", qui désigne "les mesures à mettre en place pour limiter les effets négatifs immédiats sur la santé, la sécurité et le bien-être des Britanniques en cas de Brexit sans accord". Rassurant.

Car on ne sait toujours pas si les députés accepteront de revoter le plan de May

Pendant ce temps, un million de personnes défilent à Londres contre le Brexit, le 23 mars

Les anti-Brexit réclament la tenue d'un nouveau référendum, dans l'espoir que les citoyens décideront cette fois de rester dans l'Union européenne. 

Et une pétition engrange des millions de signatures

La pétition demande la révocation de l'article 50, soit l'annulation du Brexit. En quelques jours, elle engrange près de six millions de signatures. 

Le 26 mars, le gouvernement confirme qu'il ignorera cette demande

Eh oui, la sortie du Royaume-Uni de l'UE a été décidée démocratiquement, par référendum, ce qui rend très improbable toute forme de marche arrière. "Nous honorerons le résultat du référendum de 2016", répond le gouvernement, balayant d'un revers de la main cette pétition en ligne.

Le même jour, le Parlement, lassé par l'exécutif, reprend la main sur le Brexit  

Le gouvernement n'a qu'une idée en tête :  faire passer son texte au Parlement. Les députés, eux, n'en veulent pas. Résultat, la situation est bloquée. Mais lundi 25 mars, un député conservateur, Oliver Letwin, a une idée pour rebattre les cartes : il fait voter une motion permettant au Parlement d'arracher des mains de la Première ministre le contrôle sur le processus du Brexit.

Le 27 mars, les députés votent donc à la chaîne sur plein de scénarios différents qu'ils ont eux-mêmes proposés

Mercredi 27 mars, la Chambre des communes donne son avis sur huit scénarios, allant du no deal à la tenue d'un référendum sur un accord voté par le Parlement, en passant par des modèles de Brexit "doux", semblables aux relations qu'entretiennent l'Union européenne et la Norvège. 

Sauf qu'aucune des huit options n'obtient de majorité 

Du coup, ils revoteront lundi 1er avril, sur des propositions affinées

Mais avant, Theresa May veut retenter de faire passer son accord, à l'usure

Pour convaincre les tenants d'un Brexit dur, elle promet de démissionner si son texte passe

Et le 27 mars, quelques Brexiters "durs" se laissent attendrir 

En proposant de démissionner si le texte est validé, Theresa May parvient à faire changer d'avis des élus qui avaient toujours combattu son accord au sein du Parti conservateur. Le leader de l'European Research Group (un groupe informel composé d'élus partisans d'un Brexit "dur"), Jacob Rees-Mogg, ou encore l'ancien maire de Londres Boris Johnson assurent alors qu'ils soutiendront le texte de Theresa May. 

Mais pas le DUP, les alliés nord-irlandais des conservateurs 

Les 10 élus du DUP, un parti nord-irlandais, permettent à Theresa May d'avoir la majorité au Parlement. Alors quand ils annoncent, jeudi 28 mars, qu'ils ne se rangeront pas derrière elle et ne voteront pas son texte, la situation devient plus que compliquée pour la Première ministre, désormais quasi-certaine de voir son texte à nouveau rejeté. 

Quant aux autres, ils n'en peuvent plus de débattre et de voter ce texte

A en croire les journalistes qui couvrent la politique britannique, de plus en plus d'élus craquent dans les couloirs de Westminster. Ils souffrent de "Brexit fatigue" et n'en peuvent plus de voter sans cesse contre le même texte. 

Pour être légalement autorisée à le soumettre au vote, Theresa May annonce le 28 mars qu'elle va scinder le texte en deux 

Souvenez-vous, le 18 mars, le speaker de la Chambre, John Bercow, avait annoncé que le texte ne pourrait pas revenir devant les députés s'il ne présentait pas un "changement significatif". Pour contourner cette loi, Theresa May a donc séparé les deux composantes de l'accord : les parlementaires ne voteront que sur l'accord de retrait (qui entérine la sortie du Royaume-Uni de l'UE), mais pas sur la déclaration politique qui l'accompagne (qui régit les futures relations entre Londres et les 27). Malin ! 

Mais, le 29 mars, le texte de Theresa May est encore rejeté 

Les députés britanniques votent pour la troisième fois contre l'accord de divorce avec l'Union européenne par 344 voix contre 286. Un camouflet utlime pour Theresa May. 

Dans la foulée, Donald Tusk convoque un sommet européen pour le 10 avril

Jeremy Corbyn appelle à la démission de May 

Evidemment, le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, demande la démission de la Première ministre, ainsi que la tenue d'élections générales. 

Mais la Première ministre a-t-elle dit son dernier mot ? 

Pour le savoir, rendez-vous lundi à Westminster 

Lundi, les députés se prononceront une nouvelle fois sur une série de votes indicatifs. En d'autres termes, tous les scénarios sont encore possibles et le Royaume-Uni reste dans le flou le plus total quant à sa sortie de l'Europe et son avenir en général. Allez, bon week-end.