Brexit : pourquoi le sort de l'Irlande du Nord empêche les négociations d'aboutir

Alors que les négociations sont censées arriver à leur terme, le problème de la frontière nord-irlandaise focalise toutes les tensions. Franceinfo passe en revue les scénarios envisagés, dont aucun ne fait consensus.

Des drapeaux britannique et européen installés par des militants opposés au Brexit devant le palais de Westminster, à Londres, en octobre 2017.
Des drapeaux britannique et européen installés par des militants opposés au Brexit devant le palais de Westminster, à Londres, en octobre 2017. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

L'incertitude est totale. Le sommet européen qui était censé marquer la fin des négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE s'est ouvert mercredi 17 octobre sans qu'un accord préalable ait été conclu. Dimanche, une rencontre de dernière minute à Bruxelles entre le ministre du Brexit britannique, Dominic Raab, et le négociateur en chef de la Commission européenne, Michel Barnier, n'a pas permis de débloquer la situation.

En tête des problèmes qui focalisent toutes les tensions : la frontière nord-irlandaise. Alors que de la fin théorique des négociations est jeudi, aucun des scénarios envisagés ne fait consensus. A tel point que Michel Barnier a proposé mercredi matin au Royaume-Uni de prolonger d'un an la période de transition qui suivra son départ de l'Union européenne. Franceinfo vous explique pourquoi ça bloque.

Scénario 1 : une frontière est rétablie entre l'Irlande et l'Irlande du Nord

  
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A quoi cela ressemblerait ? Puisque le Royaume-Uni a choisi de quitter l'Union européenne alors que la République d'Irlande, elle, y demeurera, une frontière est censée être rétablie entre les deux pays. Si ce principe était appliqué à la lettre, cela signifierait que les postes-frontières entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni, reprendraient du service. Des contrôles douaniers seraient rétablis, les biens et les marchandises ne circuleraient plus librement de part et d'autre de la frontière.

Pourquoi ça coince ? C'est la solution dont personne ne veut entendre parler. Chaque jour, 30 000 personnes franchissent cette ancienne frontière. Surtout, la libre-circulation entre ces deux territoires est l'un des points fondamentaux de l'accord du Vendredi saint, conclu en 1998. Lequel a mis fin à trente années de violence entre les nationalistes et les unionistes, qui ont fait près de 3 500 morts. Difficile donc d'imaginer le retour des barbelés et des miradors le long de cette frontière, qui serait inévitablement interprété comme un grave retour en arrière pour la paix en Europe.

Scénario 2 : l'Irlande du Nord reste dans le marché unique

   
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A quoi cela ressemblerait ? Les Européens veulent s'assurer que le Royaume-Uni n'obtienne pas, via l'Irlande du Nord, un accès "à la carte" au marché unique européen, sans se soumettre aux obligations douanières qui y sont liées. Michel Barnier a donc proposé un mécanisme de "backstop" ("filet de sécurité") temporaire, qui consisterait à contrôler les produits qui circulent entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. En attendant qu'une solution pérenne soit trouvée, l'Irlande du Nord resterait donc, de fait, intégrée dans le marché unique européen.

Pourquoi ça coince ? Cette solution, qui a les faveurs des Européens, fait bondir le camp unioniste en Irlande du Nord et les conservateurs britanniques. Elle reviendrait in fine à déplacer la frontière en mer d'Irlande. Pour le Royaume-Uni, cela signifierait une perte de souveraineté sur l'Irlande du Nord. "Ce serait une annexion permanente de l'Irlande du Nord, qui sortirait du Royaume-Uni, et nous laisserait pour toujours soumis à des règles écrites sans que nous ayons notre mot à dire", s'indigne la cheffe du parti unioniste nord-irlandais (DUP), Arlene Foster, dans une tribune publiée par le Belfast Telegraph.

La situation est d'autant plus complexe que le DUP compte 10 députés à la Chambre des communes et que leurs voix sont indispensables à Theresa May. Sans l'appui de ce petit parti, la Première ministre est susceptible de perdre sa majorité au Parlement.

Scénario 3 : un statu quo provisoire en attendant une solution

  
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A quoi cela ressemblerait ? Face à l'impasse, Theresa May a proposé "un arrangement douanier provisoire" qui maintiendrait l'ensemble du Royaume-Uni dans le marché unique et l'union douanière européens, le temps qu'une solution soit trouvée. Concrètement, rien ne changerait donc par rapport à la situation actuelle.

Pourquoi ça coince ? Cette proposition de la Première ministre britannique a provoqué un tollé au sein de son propre parti, chez les plus fervents partisans du Brexit. Selon eux, une telle décision pourrait empêcher le Royaume-Uni de conclure des accords commerciaux avec d'autres pays. Et donc de tourner la page de l'Union européenne. Les eurosceptiques craignent aussi que cet "arrangement provisoire" ne perdure. "Provisoire signifie éternel", a ainsi lancé le député Jacob Rees-Mogg, impatient d'en finir avec l'UE. 

Avant le sommet européen de mercredi et jeudi, la situation semble enlisée. Plusieurs membres du gouvernement de Theresa May, dont la ministre des Relations avec le Parlement, Andrea Leadsom, menacent de démissionner si la Première ministre fait de nouvelles concessions aux Européens. Outre-Manche, la perspective du "no deal", c'est-à-dire une sortie sèche du Royaume-Uni sans accord avec les Européens, est de plus en plus évoquée. "Etant donné l'attitude de l'UE et la manière dont ils ont acculé Theresa May, je ne vois pas quel accord obtiendrait la majorité. Donc il est probablement inévitable que nous aboutissions à un scénario sans accord", a déclaré le porte-parole du DUP, Sammy Wilson, au journal Belfast Newsletter.