Brexit : "Le deal limite les dégâts", estime Bernard Spitz, président du pôle international et Europe du Medef

Les Britanniques avaient voté en faveur du Brexit il y a 4 ans. Depuis le pays et l'Europe négociaient la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. L'accord trouvé jeudi 24 décembre est donc une bonne nouvelle même si, pour Bernard Spitz, du Medef, "ça va créer pour tout le monde des difficultés".

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Bernard Spitz, sur franceinfo le 27 mai 2019. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Le deal limite les dégâts", mais il reste encore des contraintes, a affirmé vendredi 25 décembre sur franceinfo Bernard Spitz, président du pôle international et Europe du Medef, après l'accord commercial post-Brexit conclu entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. Selon lui, il va y avoir "plus de paperasse, plus de délais, plus de coûts" dans les échanges entre l'UE et le Royaume-Uni. Bernard Spitz souligne que si Boris Johnson "limite les dégâts", l'Europe "a réussi à rester jusqu'au bout" et Michel Barnier "a réussi à fédérer tout le monde".

franceinfo : Que change cet accord commercial pour les entreprises françaises qui font du commerce avec le Royaume-Uni ?

Bernard Spitz : Le deal limite les dégâts, mais reste le Brexit. Et le Brexit, cela veut dire qu'à partir d'aujourd'hui, le Royaume-Uni est un pays tiers. Ce n'est plus un pays dans l'Union européenne. Et les conséquences, c'est pour les entreprises un certain nombre de choses. D'abord, tout échange commercial devient de l'export et de l'import. Alors, c'est vrai qu'on a échappé aux droits de douane. Mais il y a quand même des formalités de douane. Il y a des formalités administratives. Ce sont des nouvelles données qui encadrent les transferts de données personnelles. Ce sont des contraintes lorsque vous mettez des produits sur le marché. Il va falloir des certifications. C'est encore plus net en matière sanitaire, par exemple. Mais même pour les pièces détachées, dans l'automobile, dans l'aviation, il va falloir des certifications pour que ces pièces puissent être assemblées. Et puis, il y a les individus surtout, parce qu'évidemment, ce n'est plus la même chose. Pour aller au Royaume-Uni, il va falloir avoir un visa. Ça change la règle du jeu jusqu'aux étudiants qui seront privés d'Erasmus par exemple.

Que ce soit pour les entreprises ou pour les individus, c'est beaucoup plus de paperasse pour tout le monde ?

C'est plus de paperasse, donc plus de délais, plus de coûts. Ça veut dire que ça va créer pour tout le monde des difficultés, spécialement pour les entreprises qui n'ont jamais travaillé en dehors de l'Union européenne. On sait qu'il y a à peu près 120 000 entreprises françaises qui exportent ou qui importent avec le Royaume-Uni. Mais le quart de celles-ci, c'est-à-dire environ 30 000, n'ont jamais échangé ailleurs que dans l'Union. Donc, pour elles, ça devient comme un marché extérieur. Il va falloir s'adapter à tout ça et c'est évidemment des complications et des coûts.

Vous étiez quand même préparé à pire ? Du côté des entreprises françaises, vous aviez anticipé l'absence d'accord ?

Je pense qu'un certain nombre d'entreprises se devaient d'imaginer tous les scénarios, y compris les scénarios du pire. Mais la volonté politique a été de part et d'autre d'arriver à un résultat. Parce que de toute façon, le Brexit, c'est mauvais pour tout le monde. En tout cas, sur le plan économique. Donc pour les entreprises, il fallait que cela le soit le moins possible et que tout le monde sauve la face. Boris Johnson s'est battu jusqu'au dernier moment. Il peut être satisfait parce que, d'une certaine façon, il a réussi à manœuvrer pour arriver à quelque chose qui limite les dégâts économiques pour son pays, y compris pour les entreprises britanniques qui ne voyaient pas cela d'un bon œil du tout. Et puis, il donne satisfaction à ces ultras en disant, on a repris le contrôle. Donc il peut dire qu'il y a une réalité au Brexit. Il a tenu les engagements tels qu'il les avait annoncés.

L'essentiel est sauf, puisqu'on n'a pas rompu les échanges commerciaux entre les entreprises françaises et leurs homologues britanniques ?

Ni avec les entreprises françaises, ni avec l'ensemble des entreprises de l'Union européenne. Mais ce qui est l'élément de satisfaction majeur, c'est que l'Europe a réussi à rester jusqu'au bout, jusqu'à Noël, à rester unis. Et ce n'était pas gagné. Hommage doit être rendu à Michel Barnier, qui a réussi à fédérer tout le monde et à faire en sorte que cet accord soit trouvé dans les meilleures conditions possibles.

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