Brexit : en cas de "no deal", le comité régional des pêches de Normandie empêchera les Britanniques "d'alimenter le marché français"

Si les négociations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni pour trouver un accord commercial dans le cadre du Brexit devaient échouer, les pêcheurs français pourraient perdre une grande partie de leur zone de pêche. Ils prévoient donc des mesures de rétorsion. 

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Dimitri Rogoff, à bord de son bateau, le "Sauvage", le 14 décembre 2005, au large des côtes normandes. (MARCEL MOCHET / AFP)

"Si on est privés de nos lieux de pêche, on ne va pas regarder les Britanniques alimenter le marché français. Il y aura donc des blocages aux ferries", a prévenu Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie, lundi 14 décembre sur franceinfo, alors que l'Union européenne et le Royaume-Uni ont décidé de prolongé les négociations afin de trouver un accord commercial dans le cadre du Brexit. En cas de "no deal", les pêcheurs français pourraient perdre une grande partie de leur zone de pêche. 

franceinfo : Les Britanniques menacent d'interdire l'accès à leurs eaux à tous les pêcheurs européens. Cela vous semble-t-il imaginable ?

Dimitri Rogoff : Ça semble imaginable, oui, parce que le Royaume-Uni va devenir un Etat tiers et souverain dans ses eaux. Après, comment ça va se traduire dans les faits ? On a du mal à esquisser ce qu'on va devenir dans cette situation-là. Nous, on dépend de la Manche et, schématiquement, on tracerait une limite en plein milieu : au Nord, c'est pour les Anglais, au Sud, c'est pour les autres, c’est-à-dire toute la flottille européenne, des Belges, des Allemands et surtout des Hollandais. Et tout le monde se retrouverait le long des côtes françaises. On n'a ni la place ni le poisson nécessaire pour pouvoir nourrir tout le monde. Ça ne peut pas fonctionner.

Ce week-end, les Britanniques se sont dits prêts à envoyer quatre navires de la Royal Navy pour interdire la pêche aux bateaux européens. Est-ce un coup de pression ou est-ce un coup de bluff, selon vous ?

C'est les deux à la fois. Envoyer des bateaux de guerre, ça voudrait dire qu'on est en train de négocier des choses qui concernent la guerre. Or, ce ne sont pas quelques pêcheurs qui vont bloquer des négociations ou qui vont amener du trouble en mer. Donc, c'est malvenu au moment des négociations de montrer ses muscles comme ça. Ça s'est déjà vu, ce sont des choses qu'on a déjà connues il y a longtemps et qu'on espérait ne plus revoir dans cette Europe qui est celle du partage des ressources, de la liberté, une Europe sans frontières. Maintenant, le Royaume-Uni a décidé de sortir [de l'UE], mais de là à envoyer des bateaux de guerre, c'est inimaginable.

Un compromis vous semble-t-il encore possible ? Une sorte de permis qui autoriserait les pêcheurs français, mais aussi belges, néerlandais, à se rendre dans les eaux britanniques avec des quotas maximum de poissons à pêcher est-il envisageable ?

Tout est possible. En cas de "no deal", ça peut prendre des formes différentes, c’est-à-dire qu'effectivement, le Royaume-Uni peut octroyer des permis, il peut y avoir des échanges au niveau des droits de pêche, des quotas. Il y a plein de solutions à envisager. Par contre, ce qu'on sait, c'est que si on est privés de nos lieux de pêche, on ne va pas regarder les Britanniques alimenter le marché français. Il y aura donc des blocages aux ferries, puisque cela arrive principalement par ferries. Et là-dessus, on est assez clairs et déterminés.

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