Brexit : comment des élus conservateurs et travaillistes veulent bloquer le processus

Alors que les discussions autour du Brexit reprennent mercredi à la Chambre des Lords, à Londres, les élus opposés à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne lancent une grande campagne.

Le bus rouge affrété par une association anti-Brexit a fait étape à Bristol (Royaume-Uni), le 22 février 2018.
Le bus rouge affrété par une association anti-Brexit a fait étape à Bristol (Royaume-Uni), le 22 février 2018. (MAXPPP)

Les anti-Brexit sont certains qu’il est encore temps de faire machine arrière. Des élus conservateurs et travaillistes profitent de la reprise des discussions sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne mercredi 7 mars à la Chambre des Lords à Londres pour lancer une grande campagne contre le Brexit

À mesure que les négociations avec Bruxelles s’enlisent, le scénario d’une remise en cause du référendum britannique de 2016 devient de plus en plus probable. Ces élus peuvent compter sur des militants très motivés. Ils distribuent des tracts, organisent des manifestations, collent des affiches. L’une des associations anti-Brexit a même affrété un bus rouge pour sillonner le pays.

"Est-ce que tout cela en vaut la peine ?"

Le slogan, imprimé en gros sur la carrosserie est simple et clair : "Is it worth it ?" ("est ce que tout cela en vaut la peine ?") Pour convaincre, à chacune de leurs étapes, ils laissent dans les mains des passants de faux billets de banque avec la tête de Boris Johnson, le ministre britannique de l’Économie. "Le message essentiel, c’est 'est-ce que le Brexit vaut vraiment le coup ?', explique un militant. L’un des rapport d’expert du gouvernement dit que ça va nous coûter 2,3 milliards d’euros par semaine pendant quinze ans."  Une autre abonde en affirmant que "c’est seulement maintenant que les négociations commerciales commencent, et j’espère que les gens vont se réveiller, et se rendre compte de l’impact qu’elles vont avoir."

Les Britanniques sont en train de prendre la mesure de l’impact des négociations. Le dernier sondage YouGov montre que seulement 17% des personnes sondées pensent que le Brexit sera un succès quel que soit le résultat des négociations entre Londres et Bruxelles. Les autres sont de plus en plus inquiètes. "Moi j’ai voté pour quitter l’Union européenne, parce qu’il y avait la crise de la zone euro, la crise des réfugiés, explique William, 22 ans. On nous promettait des économies de 380 millions d’euros par semaine pour les hôpitaux, la possibilité de faire nos propres lois... Mais le climat en Europe a totalement changé ! C’est en Europe qu’il y a eu la plus grande croissance de produit intérieur brut l’an dernier."

C’est un continent qui réussit. Macron est en train de faire quelque chose de très intéressant.  Et j’ai réalisé qu’on se faisait humilier sur la scène internationale, parce qu’on a aucune prise sur les négociations avec l’Europe.William, 22 ans, qui regrette avoir voté "oui" au Brexità franceinfo

Ce discours de remise en cause du Brexit a été longtemps inaudible. Il prend maintenant de l’ampleur. Les organisateurs de la campagne Is it worth it ? misent sur un mouvement de fond, capable d’aboutir, dans les dix mois qui viennent, à un second référendum. C’est la stratégie de lord Andrew Adonis. "Il y a eu un changement fondamental de l’opinion publique ces deux derniers mois, analyse cet ancien ministre de 55 ans. Quand la Première ministre Theresa May présentera le traité sur la sortie de l’Union européenne en octobre, ou un peu plus tard, le Parlement devra prendre une décision."

Selon ce membre de la chambre des Lords, "pour qu’on puisse avoir un nouveau référendum, il faudra une alliance entre les différents partis présents à la chambre des Communes, avec les travaillistes, les libéraux démocrates, les nationalistes écossais, et certains conservateurs. Cette coalition contre le gouvernement a déjà commencé à se rassembler lors de certains votes clés, et je pense qu’il y a une bonne chance qu’elle se rassemble pour demander un référendum."

Convaincre les jeunes

L’une des clés est le vote des jeunes. Surtout ceux qui sont proches de la gauche. Femi Oluwole est l’un des créateurs du groupe "Our future our choice" ("notre futur notre choix"). Il fait la tournée des universités du pays avec l’objectif de mobiliser les étudiants à obliger Jeremy Corbyn, le chef de file des travaillistes, à se positionner contre le Brexit lors des prochaines élections locales au mois de mai. "S’il n’y a pas Corbyn, on va vraiment avoir du mal à réussir, explique Femi Oluwole. On doit le convaincre que s’il continue avec ça, il va être le mec qui a trahi les jeunes. Il sait très bien que les jeunes ne veulent pas du Brexit. Westminster nous a bousillé le futur."

Cette stratégie a été élaborée en partie par un Français. Félix Marquart a rejoint les anti-Brexit avec son laboratoire d’idées "Youthonomics". Cet ancien lobbyiste, conseiller en communication, a fait le calcul : si la gauche ne devient pas le camp des anti-Brexit, elle risque de perdre un tiers des électeurs de moins de 40 ans. "Ils sont suffisants pour mobiliser leurs aînés", affirme-t-il.

Beaucoup de gens qui ont voté pour la sortie se sont rendu compte que c’était sans doute une très mauvaise idée, surtout pour leurs enfants. Donc on pense qu’on peut influencer non seulement beaucoup de jeunes à aller voter, mais aussi leurs aînés.Félix Marquart, lobbyiste français impliqué dans la stratégie anti-Brexità franceinfo

Les jeunes  seront en première ligne lors de la manifestation nationale, prévue le 24 mars prochain. Elle doit réunir pour la première fois l’ensemble des Britanniques qui militent contre la sortie de l’Union européenne.