Après le Brexit, un référendum en France sur une sortie de l'UE ? "Ce serait une très mauvaise idée"

Plusieurs personnalités politiques demandent à ce que les Français puissent exprimer dans les urnes leur opinion sur l'Europe. Mais est-ce souhaitable ? Francetv info a interrogé Olivier Rouquan, enseignant-chercheur en science politique.

Le Royaume-Uni a voté en faveur d\'une sortie de l\'Union européenne, jeudi 23 juin. La France pourrait-elle l\'imiter bientôt ?
Le Royaume-Uni a voté en faveur d'une sortie de l'Union européenne, jeudi 23 juin. La France pourrait-elle l'imiter bientôt ? (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Alors que les Britanniques commencent à réaliser doucement les conséquences de leur vote en faveur d'une sortie de l'Union européenne, certains responsables politiques français, Marine Le Pen en tête, appellent de leurs vœux l'organisation d'un référendum similaire en France. Mais pour le politologue Olivier Rouquan, un tel scrutin "ferait prendre un risque inouï : celui de transformer un débat de fond en question franco-française, en défouloir contre le pouvoir en place". Il explique à francetv info les limites de l'exercice référendaire.

Francetv info : Certaines personnalités de la classe politique française, au FN mais aussi chez les Républicains, réclament un référendum sur les relations entre l'UE et la France : est-ce une bonne idée ?

Olivier Rouquan : C'est une très mauvaise idée. D'abord, quel serait le sens de ce référendum ? Au Royaume-Uni, le pays est divisé depuis le tout début sur la question européenne. La majorité a toujours été juste, faible, aléatoire. On peut comprendre alors qu'on convoque un référendum pour clarifier la question. 

Mais en France, la situation n'est pas du tout la même. Les Français peuvent critiquer l'UE, ils peuvent dire non à un projet de Constitution comme en 2005, mais cela ne veut pas dire qu'ils remettent en cause leur appartenance même à l'UE. Toutes les enquêtes d'opinion le montrent. Les Français ne se réveillent pas chaque matin en se demandant s'ils veulent sortir de l'UE.

Organiser un référendum sur cette question ferait prendre un risque inouï : celui de transformer un débat de fond en question franco-française, en défouloir contre le pouvoir en place.

L'exercice même du référendum est-il biaisé ? 

Si on est démocrate, on ne peut pas dire qu'il est par nature mauvais. Mais c'est un outil, et comme tous les outils, tout dépend de l'acteur qui l'utilise, du moment, du contexte... L'usage du référendum doit être très réfléchi : il a tout son sens au titre de la démocratie participative, mais à condition d'avoir un cadre qui permette d'éclairer le débat. Le référendum a pour caractéristique de simplifier le débat, de ramener un problème politique parfois complexe à une seule question. Cela peut être un avantage comme un inconvénient.

Si vous n'avez pas de pédagogie sur la question, l'électeur va se reporter sur la personne qui a convoqué le référendum, et cela se transforme en défouloir. Le bon usage du référendum, démocratique et non populiste, intervient quand il y a une compréhension de l'enjeu. La difficulté aujourd'hui, c'est qu'on est dans une situation où les politiques ont des difficultés à se faire comprendre.

En Royaume-Uni, une pétition pour revoter rencontre un franc succès. A Notre-Dame-des-Landes, les opposants veulent continuer malgré la victoire du oui... Est-il normal que les résultats d'un référendum soient contestés ?

Il faut prendre en compte la culture politique de chaque pays. Le Royaume-Uni est attaché à la culture parlementaire : l'élection législative a plus de valeur qu'un référendum. Et celui-ci aura d'ailleurs une vraie valeur seulement une fois validé par le Parlement.

En France, nous avons une tradition référendaire plus forte. La présidentielle est certes la mère de toutes les élections mais il y a eu des référendums très forts : celui qui institue l'élection du président de la République au suffrage universel, celui qui a conduit au départ du général De Gaulle ou celui sur le traité de Maastricht...

Mais est-ce que le référendum est efficace pour trancher un conflit qui cristalise depuis des années ? Personne ne peut imaginer cela. Au Royaume-Uni, le référendum n'a pas mis un terme au débat : il y a une pétition qui recueille 3 millions de signatures pour revoter ! A Notre-Dame-des-Landes on se mobilise pour dire que ce n'est pas terminé... Le référendum a lui tout seul ne résout rien. C'est l'expression du suffrage universel, cela donne une légitimité politique. Il peut être nécessaire, mais il est rarement suffisant.