La Catalogne, et maintenant ?

Les indépendantistes catalans majoritaires en sièges, mais pas en suffrages, lors des élections régionales d'hier ; une indépendance en ligne de mire pour 2017 ; mais des législatives dans trois mois, qui peuvent rebattre les cartes... Où va la Catalogne ?

(Un supporter de la coalition "Ensemble pour le oui" (à l'indépendance), hier à Barcelone © REUTERS/Andrea Comas)

47,8% des voix, 72 sièges sur 135 à la Generalitat, le parlement régional de Catalogne : les indépendantistes sont les grands vainqueurs des élections régionales de ce dimanche. Mais, s'ils sont majoritaires en sièges, il ne le sont pas en suffrages - la majorité absolue des Catalans ne s'est pas prononcée formellement pour l'indépendance de la région. Ce qui n'empêche pas les indépendantistes de la promettre pour 2017...

La tête de liste "d'Ensemble pour le oui", Raul Romeva, a enfoncé le clou : "Nous avons un mandat qu'il faut mettre en oeuvre. S'il y a négociation avec l'Etat espagnol, tout sera plus facile. Mais en l'absence de volonté de la part de l'Etat, nous le ferons aussi, la proclamation (d'indépendance) aura lieu" . Et son allié, Antonio Baños, a même appelé à la désobéissance : "A partir de demain, les Catalans peuvent et doivent désobéir à la législation" .

"La majorité des Catalans a rejeté l'indépendance" , clame de son côté le Parti populaire, au pouvoir en Espagne. Ce qui est arithmétiquement juste. Et Mariano Rajoy a déjà prévenu qu'il ne tolérerait aucun acte unilatéral illégal. Le Parlement espagnol doit d'ailleurs adopter cette semaine une réforme urgente du tribunal constitutionnel qui permettra de suspendre de leurs fonctions les autorités qui ne respecteraient pas ses décisions.

Des journaux partagés... à l'image du pays ?

Ce lundi, les journaux espagnols sont assez partagés sur les enseignements à tirer du scrutin :

Reste que rien n'est effectivement joué. Qu'il y a des élections législatives en Espagne dans trois mois, en décembre. Et que la majorité qui s'en dégagera devra forcément, à un moment ou un autre, prendre en compte les aspirations autonomistes de la Catalogne.

Le Parti populaire, actuellement au pouvoir, reste campé dans sa position de garant de l'unité nationale - même si certains de ses dirigeants, en privé, reconnaissent qu'il faudra bien lâcher du lest, réformer la Constitution pour améliorer les relations entre la Catalogne et le reste du pays. Le Parti socialiste, lui, défend ouvertement une réforme de la Constitution, qui renforcerait le fédéralisme. Quant à Podemos, qui ne veut pas d'indépendance, il estime tout de même qu'il faudra bien un référendum d'autodétermination.

Mariano Rajoy reste ferme

Le chef du gouvernement espagnol a pris la parole à la mi-journée ce lundi. Dix minutes d'allocutions durant lesquels il a rappelé maintes fois sa volonté de faire respecter "le cadre de la loi" . "Je suis prêt à dialoguer, mais pas liquider la loi" a expliqué Mariano Rajoy, soulignant que la souveraineté de l'Etat central espagnol ne pouvait être remise en question par des élections régionales dont le but est de renouveler le parlement et le gouvernement catalans. "Tant que je serais président du gouvernement, je ne discuterai jamais de l'unité de l'Espagne. [...] Ceux qui proposent la rupture, n'ont pas de soutien légal, ni même des urnes" a-t-il ajouté, visant les indépendantistes catalans et affirmant qu'ils n'ont pas convaincu plus de quatre catalans sur dix.