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L'Europe face au problème de l'intégration des Roms

Les Roms, dont les camps illégaux sont périodiquement évacués par la police en France, viennent majoritairement de Roumanie et de Bulgarie, deux pays membres de l'UE depuis 2007. Citoyens européens, ils sont néanmoins soumis à des mesures de restriction d'accès au marché du travail dans plusieurs pays de l'UE.
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Des Roms évacués d'un campement de Saint-Denis (2 septembre 2011) (AFP PHOTO MIGUEL MEDINA)

Les associations de défense des Roms réclament notamment la levée des dispositions qui leur ferment l'accès au travail et entravent en conséquence, selon elles, l'intégration économique et sociale (logement, école, santé) de cette minorité européenne.

La France vient d'accéder en partie à leur demande. A l'issue d'une réunion interministérielle le 22 août 2012, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé le principe d'un assouplissement des règles en vigueur dont devraient bénéficier les 15 à 20.000 Roms est-européens, actuellement présents en France.

Deux mesures pour «faciliter l'insertion par le travail» des Roms ont été annoncées par Matignon: la suppression de la taxe (plus de 700 euros) que l'employeur doit verser pour embaucher un Roumain ou un Bulgare, libre par ailleurs de circuler (trois mois) sans visa sur le territoire en tant que citoyens européens et l'élargissement de la liste des 150 métiers auxquels ils ont actuellement accès. 

Ces dispositions allègent, sans les lever totalement, les contraintes des «mesures transitoires» en vigueur jusqu'au 31 décembre 2013, limitant l'accès au travail en France pour les Roumains et les Bulgares, comme dans sept autres pays de l'Union européenne : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.

Les Roms, également désignés dans certains pays sous les termes de gitans, tziganes, Sintis ou gens du voyage, constituent la plus grande minorité en Europe avec 10 à 12 millions de personnes. Ils sont 2 à 2,5 millions en Roumanie, 800.000 en Bulgarie, 600.000 en Hongrie, 500.000 en Slovaquie, 300.000 en République tchèque.

Les Roms en Europe (AFP)


Règles variables selon les pays
- L'Allemagne a assoupli les restrictions concernant les travailleurs titulaires d'un diplôme universitaire.

- La Belgique exige que les travailleurs bulgares et roumains disposent d'un permis de travail, mais a introduit une procédure accélérée de délivrance du permis dans un délai de cinq jours pour les professions qui connaissent une pénurie de main-d'œuvre.

- L'Italie n'exige pas de permis de travail dans certains secteurs (agriculture, hôtellerie et tourisme, travail domestique, services de soins, construction, ingénierie, postes d'encadrement ou hautement qualifiés et travail saisonnier).

- Les Pays-Bas exigent que les travailleurs bulgares et roumains disposent d'un permis de travail, mais délivrent le document si aucun travailleur n'est disponible aux Pays-Bas ni dans les autres États membres de l'UE et si l'employeur peut offrir des conditions de travail et un logement adéquats. Des exemptions temporaires peuvent être accordées pour des secteurs touchés par une pénurie de main-d'œuvre.

- Le Royaume-Uni exige que les travailleurs bulgares et roumains disposent d'un permis de travail. L'employeur doit demander un permis de travail (à l'exception de certaines catégories d'emploi) et le travailleur doit demander une «accession worker card» (carte d'accès du travailleur). Les travailleurs peu qualifiés sont soumis aux systèmes de quotas existant dans les secteurs de l'agriculture et de la transformation des denrées alimentaires. Les travailleurs qualifiés peuvent travailler s'ils obtiennent un permis de travail ou s'ils bénéficient du «Highly Skilled Migrant Programme» (programme pour les migrants hautement qualifiés).

- Espagne : à la suite d’une demande formulée par les autorités espagnoles le 28 juillet 2011, la Commission européenne a autorisé l’Espagne à restreindre l’accès des travailleurs roumains à son marché du travail jusqu’au 31 décembre 2012, du fait de graves perturbations dans ce domaine.


Exemple de ségrégation anti-roms dans un village de Hongrie.

Arnaud Boutet, France 2, 19 septembre 2011


Une question européenne
Malgré les efforts des ONG et de l'UE l'intégration des Roms reste en panne. Selon un rapport de l'Agence des droits fondamentaux sur la situation des Roms (FRA) dans onze Etats membres, un Rom sur trois est au chômage, 20% ne bénéficient d'aucune couverture santé et 90% vivent sous le seuil de pauvreté. «Ils sont nombreux à être confrontés aux préjugés, à l'intolérance, à la discrimination et à l'exclusion sociale dans leur vie quotidienne. Ils sont marginalisés et vivent pour la plupart, sur le plan socio-économique, dans une extrême pauvreté», précise la commission.

La Commission européenne souhaiterait voir les pays membres de l’UE mettre en œuvre des stratégies nationales pour améliorer l’intégration économique et sociale des Roms. Mais liée par le principe de subsidiarité, elle ne peut influer sur la politique que par le biais des fonds européens, quelque 17,5 milliards d’euros débloqués par l’Union européenne pour la période 2007-2013.

Mais de nombreux responsables européens estiment , à l'instar du ministre de l'Intérieur français Manuel Valls, que «les réponses premières sont d'abord à trouver dans les pays d'origine» des Roms.   

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