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Huile d'olive, plantes médicinales, absinthe : l'Union européenne entre dans nos cuisines

Comment servir l'huile d'olive, qu'écrire sur une bouteille d'eau ? L'Union européenne ne s'occupe pas seulement de la crise et du chômage, mais aussi de ce que vous consommez.

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France Télévisions
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En mai 2013, la Commission européenne voulait fixer la manière de servir l'huile d'olive dans les restaurants. (CATALANO PIGA / AFP)

L'huile d'olive doit-elle être présentée sur les tables des restaurants en petite jarre, en bol, en bouteille scellée ? Ceci n'est pas une question de décoration, mais une discussion qui a eu lieu au sein de la Commission européenne en mai 2013.

Le débat sur le conditionnement de l'huile d'olive dans les restaurants n'est pas la première intervention de l'Union européenne dans nos cuisines. Mais quand l'exécutif européen discute de ce qui va dans nos assiettes ou ce qui est bon pour notre santé, difficile d'échapper aux polémiques. 

Francetv info revient sur quelques décisions qui ont fait couler beaucoup d'encre.

Le casse-tête de l'huile d'olive dans les restaurants

Pas de petites jarres en verre ni de bols, mais des flacons non-réutilisables, censés être recyclés après usage. Voici comment la Commission européenne voulait réglementer la manière de servir l'huile d'olive dans la restauration à partir du 1er janvier 2014.

Quinze Etats membres, parmi lesquels les quatre grands producteurs d'huile d'olive, l'Italie, l'Espagne, la Grèce et le Portugal, ont soutenu la mesure censée protéger les clients et combattre la fraude. La proposition a pourtant provoqué l’ire des restaurateurs, et un front de pays, dont la France et l'Allemagne, a estimé qu'il ne fallait pas gêner l’industrie de l'hôtellerie et de la restauration. Résultat : Bruxelles a été contrainte de la retirer, jeudi 23 mai.

La délicate définition de l'absinthe

Saviez-vous qu'à l'heure actuelle, l'absinthe n'a pas de définition ? La Commission européenne a essayé d'y remédier en proposant une façon de définir quel alcool pouvait prétendre au nom d'absinthe, liqueur anisée interdite par de nombreux pays au XXe siècle et autorisée à nouveau en France au début des années 2000. Selon Bruxelles, "la boisson spiritueuse aurait dû contenir des niveaux minimums d'anéthol, qui a le goût de l'anis, et de thuyone, un stimulant"

Pourtant, comme le relayait Le Monde.fr, les eurodéputés ont rejeté en mars cette définition commune : dans certains pays, comme l'Allemagne, l'absinthe industrielle ne doit même pas contenir de l'anis.

Le manque de définition n'est pas un mal en soi, mais ce différend entre pays membres pourrait menacer l'absinthe française. Le danger vient en fait de la Suisse, où certains producteurs ont déjà déposé une demande d’appellation "absinthe". S'ils arrivent à proposer une Indication géographique protégée (IGP), l'Europe sera obligée de reconnaître l’absinthe comme une appellation réservée aux Suisses, expliquait Hugues de Miscault, producteur d'absinthe, dans Le Républicain lorrain

Le retour (polémique) des farines animales 

En plein scandale de la viande de cheval, le moment était plutôt mal choisi pour annoncer le retour des farines animales. Pourtant, la Commission européenne a annoncé en février qu'à compter du 1er juin, les poissons d'élevage pourraient à nouveau être nourris avec des farines de porc et de volaille. Cette méthode était prohibée pour l'ensemble des animaux de consommation depuis 2001 et la crise de la "vache folle".

Les farines réintroduites contiendront des protéines animales transformées (PAT), à savoir des sous-produits de l'abattage non utilisés pour l'alimentation humaine (os, viscères, notamment), issus de la viande de porc et de volaille.

Pour défendre cette décision polémique, la Commission a indiqué dans un communiqué qu'elle devrait améliorer "la durabilité à long terme du secteur de l'aquaculture, car ces protéines animales transformées (PAT) pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare". Mais la France ne devrait pas être concernée. Le président François Hollande a assuré, le 23 février, que le pays ne réintroduirait pas ces farines dans la nourriture des poissons, relevait Le Figaro.

L'inefficacité de l'eau contre... la déshydratation

"L'Union européenne dit que l'eau n'est pas bonne pour la santé", titrait le Sunday Express (en anglais) le 18 novembre 2011. Une façon pour le journal britannique de critiquer une directive (PDF) de l'agence européenne en charge des standards alimentaires.

Après trois ans d'enquête sur le lien entre la consommation de l'eau et la déshydratation, l'agence venait d'interdire d'afficher sur les bouteilles d'eau que "la consommation régulière de quantités significatives d'eau peut réduire le risque de développement d'une déshydratation et une diminution concomitante des performances"Avec, à la clé, une peine de deux ans d'emprisonnement pour les contrevenants.

De nombreuses voix, notamment celles des tories britanniques, ont crié au scandale pour dénoncer cette décision "ridicule", rapportait The Daily Mail (en anglais). Cependant, le journaliste scientifique Martin Robbins est venu à l'aide des enquêteurs dans The Guardian (en anglais)expliquant que "la déshydratation n’[était] pas synonyme de manque d'eau ou de soif, et que d'autres éléments entr[aient] en compte, comme les électrolytes". Selon lui, cette décision a l'avantage d'empêcher les fabricants de bouteilles d'eau d'exagérer les qualités bénéfiques de leurs produits.

La disparition de la tisane ?

"Des produits et des composants alimentaires à base de plantes vont devenir illégaux en France", s'alarmait en mars 2011 le Collectif pour la défense de la médecine naturelle. Objet de toutes les inquiétudes, une directive européenne décidant de limiter, dès le 30 avril 2011, l’utilisation d’un grand nombre de produits à base de plantes médicinales.

Alors que certains avaient peur de voir disparaître leurs tisanes de verveine ou cachets pour la gorge à base de thym, les collectifs pour la défense de la médecine naturelle dénonçaient une manipulation des lobbys pharmaceutiques.

Mais l'Union européenne a rassuré en affirmant que le seul but était de réglementer ce marché. "Nous voulons des preuves que le produit a été utilisé à but médical pendant les trente dernières années, dont au moins quinze ans au sein de l'Union européenne", expliquait la Commission européenne, citée par Le Point

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