Europe : Le "Polexit", "je n’y crois pas", car cela suppose que la Pologne "demande à sortir", analyse un spécialiste des questions européennes

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a dénoncé à Strasbourg un "chantage" de l'Union européenne envers son pays sur la primauté du droit européen, alors que le Plan de relance de Varsovie est gelé par Bruxelles. 

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Radio France
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Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki au Parlement européen à Strasbourg, le 19 octobre 2021. (RONALD WITTEK / POOL / EPA POOL)

Sylvain Kahn, enseignant-chercheur au Centre d'histoire de Sciences Po et spécialiste des questions européennes, a dit ce mardi 18 octobre sur franceinfo ne pas croire au "Polexit", car cela supposerait, "que le gouvernement du pays qui sortirait, en l'occurrence la Pologne, demande à sortir". Pour l’instant, ce qui n’est pas le cas, fait-il remarquer. Le chef du gouvernement polonais, Mateusz Morawiecki, fait face ce mardi aux eurodéputés réunis à Strasbourg après la  décision du Tribunal constitutionnel polonais contestant la primauté du droit européen.  

franceinfo : Croyez-vous au "Polexit" ?

Sylvain Kahn : Non, je n'y crois pas parce que le Polexit suppose, comme son nom l'indique, que le gouvernement du pays qui sortirait, en l'occurrence la Pologne, demande à sortir. Pour l'instant, ce n'est pas la ligne politique du gouvernement polonais. C'est une situation tout à fait différente de ce qu'on a connu avec la situation des Britanniques.

Que peut faire la Commission européenne ?

Ce que la Commission européenne peut faire, c'est suspendre ou menacer de suspendre le versement des fonds européens qui sont dus à la Pologne dans le cadre des programmes existants. Le budget ordinaire avec ce qu'on appelle les fonds de cohésion ou les fonds structurels qui représentent quand même jusqu'à 5% du produit intérieur brut polonais, c'est absolument considérable. Il s'agit du soutien à des porteurs de projets économiques et sociaux qui sont liés à certains territoires. Il s'agit aussi des aides liées à la Politique agricole commune [PAC] qui sont très connues en France. Et d'autre part, il y a les aides extraordinaires qui sont en train d'être mises en place depuis l'année dernière, à savoir les financements exceptionnels liés au fameux Plan de relance de redressement de l'économie dans le cadre la lutte contre les conséquences de la pandémie.  

Le Premier ministre polonais a-t-il raison d’évoquer un "chantage" de l’Union européenne ?

Il parle de "chantage" comme dans un parlement national, quand la minorité n'est pas d'accord avec tel programme imposé ou voté par la majorité. Il arrive que la minorité parlementaire parle de "chantage". C'est de bonne guerre ! Dès lors qu'on se représente le fonctionnement de l'Union européenne pour ce qu'il est, c'est-à-dire une démocratie d'États-nations, avec également un Parlement élu au suffrage universel qui représente les familles politiques et les citoyens, on voit bien qu'on est dans le cadre d'un débat. Et Ursula von der Leyen, qui est dans une certaine mesure la chef de l'exécutif, doit bien s'assurer que lorsqu'elle parle, lorsqu'elle prend des positions, lorsqu'elle prend des décisions, c'est totalement conforme à ce qui est prévu dans le traité qui régit l'Union européenne et qui a été écrit et accepté par tous les États membres. Quand elle dit "attention, le gouvernement polonais est en train de se mettre lui-même en contravention par rapport à ce traité auquel il a pleinement adhéré", elle dit quelque chose qui est exact. En même temps, il y a cette espèce de grand débat politique pour la place publique, mais il y a sans aucun doute des discussions, des négociations plus discrètes entre les membres de la Commission et du gouvernement polonais ou leurs représentants.

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