Elections législatives au Portugal : le gouvernement veut récupérer ses émigrés

Confronté au manque de main-d'oeuvre et à une crise démographique, le Portugal a lancé cet été le programme "Regressar" pour inciter les Portugais à revenir au pays.

ISABELLE LABEYRIE / FRANCEINFO

Les Portugais sont appelés aux urnes dimanche 6 octobre pour les élections législatives. Le Portugal est l’un des pays qui fait figure de modèle en Europe, après avoir été durement touché par la crise. Entre 2008 et 2015, plus de 500 000 personnes ont quitté le pays, pour trouver ailleurs du travail ou de meilleurs salaires. Aujourd’hui, le gouvernement veut inciter ces émigrés à revenir. Il a lancé cet été le programme "Regressar", qui leur promet de gros avantages fiscaux.

Des primes, des crédits, des réductions d'impôts pour revenir au pays

Ceux qui rentrent pour signer un contrat à durée indéterminée au Portugal peuvent obtenir une prime d’installation, jusqu’à 6 500 euros. Ceux qui créent leur entreprise ont droit à une ligne de crédit d’un million d'euros, et pour tous les autres, des impôts sur le revenu réduits de moitié, pendant 5 ans. Qualifiés ou pas, tous les profils sont les bienvenus car le pays manque cruellement de main d’œuvre. "Il est temps de rentrer à la maison", résume le secrétaire d’État à l’emploi, Miguel Cabrita. "On est passés très vite d’un chômage massif à une situation où les entreprises qui veulent recruter ne trouvent pas de candidats. Alors bien sûr, ce ne sont pas 3, 4 ou 6000 euros qui vont faire revenir les Portugais. Mais on veut faire passer ce message : le pays a changé, il y a de nouvelles opportunités et le gouvernement soutient ceux qui veulent rentrer".

Les salaires restent parmi les plus bas de l'Union européenne   

Grâce à son diplôme d’infirmière, Sandra Machado est partie travailler trois ans en Angleterre, pour échapper à la crise. Mais quand elle est revenue, l’an dernier, pour se rapprocher de sa famille, elle s’est retrouvée tout en bas de l'échelle : 1 200 euros par mois, heures de nuit incluses. Avec des collègues qui lui reprochent encore d’avoir trahi son pays. "Ce programme ne servira à rien s’il ne prévoit pas une aide à la réintégration professionnelle, une valorisation des compétences acquises à l'étranger, dit-elle. L’argent, ce n’est pas ça qui compte. Ce qui est important, c'est la façon dont on accompagne ceux qui reviennent". Pour attirer sa diaspora, le Portugal devra toutefois réévaluer ses salaires, deux voire trois fois plus bas que dans le reste de l’UE.

Un déséquilibre démographique

L’autre urgence est démographique. L’économie est repartie, certes, mais elle est menacée par le vieillissement accéléré de la population. Miguel Peixoto dirige une société de conseil, qui suit ces questions pour le gouvernement. "Tout indique  qu'en 2050, nous ne serons  plus que 7 ou 9 millions d’habitants. C’est pour ça qu'il faut faire revenir non seulement les Portugais de la diaspora mais aussi tous ceux qui veulent venir s'installer ici pour travailler et fonder une famille."  Pour l’instant le programme "Regressar" connaît un succès d’estime. Seuls 175 candidats au retour ont déposé un dossier.

Sandra, infirmière, est partie travailler trois ans en Angleterre. À son retour au Portugal, elle est redescendue en bas de l\'échelle. Malgré ses 25 ans d\'ancienneté, elle gagne 1 200 euros par mois.
Sandra, infirmière, est partie travailler trois ans en Angleterre. À son retour au Portugal, elle est redescendue en bas de l'échelle. Malgré ses 25 ans d'ancienneté, elle gagne 1 200 euros par mois. (ISABELLE LABEYRIE / ESP)