Allemagne : pourquoi la défaite de son parti dans une petite région est un gros échec pour Angela Merkel

Le parti anti-migrants Alternative für Deutschland est arrivé en deuxième position aux législatives dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, devançant la formation conservatrice d'Angela Merkel dans son fief.

Angela Merkel, lors d\'une conférence de presse avec le Premier ministre italien Matteo Renzi, le 31 août 2016, à Maranello (Italie). 
Angela Merkel, lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre italien Matteo Renzi, le 31 août 2016, à Maranello (Italie).  (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Un camouflet pour la CDU d'Angela Merkel. Un an après la décision de la chancelière d'ouvrir l'Allemagne aux réfugiés, le parti anti-migrants Alternative für Deutschland (AfD), a pris la place du parti conservateur aux législatives dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, dimanche 4 septembre. Avec 22% des voix, AfD s'est placé deuxième derrière les sociaux-démocrates du SPD, dont le score s'est effondré à 30% des voix (contre 35% en 2011). La CDU s'est classée troisième avec un peu plus de 19% des voix.

Alors que le troisième mandat d'Angela Merkel touche à sa fin, franceinfo vous explique pourquoi ce résultat est une mauvaise nouvelle pour la chancelière.

Parce que c'est sa politique qui est rejetée

La question de l'intégration du million de demandeurs d'asile arrivés en 2015 en Allemagne a presque monopolisé la campagne électorale. Selon un sondage de la chaîne ZDF (en allemand) réalisé fin août, en effet, un électeur sur quatre a jugé ce thème crucial, juste derrière le chômage (38% des sondés). 

C'est la preuve que l'AfD a réussi à imposer ses thèmes de campagne favoris : identité, sécurité et immigration. Pourtant, le Mecklembourg-Poméranie occidentale fait partie des régions qui ont accueilli le moins de demandeurs d'asile, en raison de sa faible densité de population et de sa faiblesse économique. Environ 23 000 demandeurs d'asile y ont été accueillis, selon le Guardian, soit quelque 2% de l'ensemble des migrants enregistrés en Allemagne. En plus, "la plupart d'entre eux sont partis vers des Landër où il y a davantage de travail", explique Frieder Weinhold, candidat de la CDU.

Désemparés par le succès de l'AfD, de nombreux responsables de gauche comme de droite rejettent d'ailleurs la faute sur la chancelière au pouvoir depuis onze ans. Lorenz Caffier, patron régional de la CDU, estime qu'il doit cette déroute au fait qu'il "n'y avait qu'un thème : la politique sur les réfugiés".

Parce que ce vote local trouve un écho national

Le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale ne compte peut-être que 1,6 million d'habitants, mais il pourrait peser malgré tout sur l'avenir d'Angela Merkel et de la CDU au pouvoir. C'est dans cette région symbolique de l'ex-RDA, sur les bords de la Baltique, qu'elle a fait ses premiers pas en politique. C'est son fief. A tel point qu'Angela Merkel y a même fait campagne, en personne, sur le terrain, pour convaincre les électeurs de ne pas voter pour le parti d'extrême droite. Samedi, à la veille du vote, la chancelière a encore expliqué au tabloïd Bild : "Nous n'avons réduit les aides de personne en Allemagne pour aider les réfugiés. Nous n'avons rien pris à personne."

Le scrutin de dimanche fait figure de répétition générale à un an des législatives. La montée de l'AfD fragilise clairement la "Grande coalition" entre la CDU et le SPD, au pouvoir au niveau national. D'autant plus si le parti anti-migrants confirme son installation dans le paysage politique lors du prochain scrutin local, à Berlin, dimanche 18 septembre. Là, "la campagne a été émaillée d’incidents (nombreuses affiches détruites, bus de candidats incendiés…), l’extrême droite pourrait recueillir entre 10 % et 15 % des voix", explique Le Monde. Et le maire (SPD) sortant de Berlin, Michaël Müller, a déjà annoncé son intention de ne plus gouverner avec la CDU, en cas de réélection, poursuit le quotidien.

"Peut-être même est-ce le début de la fin pour la chancelière Merkel", espère Leif-Erik Holm, chef de file de l'AfD dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale. La chancelière, elle, n'a toujours pas annoncé son intention de se présenter pour un quatrième mandat.

Parce que l'AfD s'installe durablement

En trois ans, l'AfD est entré dans les parlements de 9 des 16 Länder allemands. Un scénario inimaginable il y a quelques années encore, alors que le seul parti plus à droite que les conservateurs était le NPD, ouvertement néonazi. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, pour sa première participation au scrutin local, le parti anti-migrants s'offre même le luxe de devancer la CDU.

L'AfD s'installe donc confortablement sur la scène nationale, quelques mois après ses succès électoraux dans trois régions, au printemps, dont son record de 24% en Saxe-Anhalt (est). L'AfD a même réussi à faire sortir du Parlement les néonazis du NPD, dont le Mecklembourg était pourtant le bastion, mais qui n'ont pour leur part pas réussi à obtenir les 5% de voix nécessaires.

Pour Hajo Funke, professeur de sciences politiques à l'université libre de Berlin, le succès de l'AfD un peu partout en Allemagne est une "lame de fond". Le parti anti-migrants parvient notamment à mobiliser plus que n'importe quelle autre formation les abstentionnistes, à tel point que le taux de participation a bondi de 51,5% en 2011, à 60,5% dimanche, explique le Spiegel (en allemand)