Avec Andrzej Duda et Rafal Trzaskowski, deux visions de la Pologne s'affrontent au deuxième tour de la présidentielle

Le président conservateur et nationaliste Andrzej Duda affonte le maire de Varsovie libéral et pro européen, Rafal Trzaskowski, dans un scrutin très indécis.

Bureau de vote à Varsovie (Pologne) pour le deuxième tour de l\'élection présidentielle, dimanche 12 juillet 2020.
Bureau de vote à Varsovie (Pologne) pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, dimanche 12 juillet 2020. (DOMINIKA ZARZYCKA / NURPHOTO VIA AFP)

C’est une Pologne très divisée qui vote dimanche pour se choisir un président : soit le sortant Andrzej Duda est réélu président pour cinq ans, soit son adversaire Rafal Trzaskowski l’emporte. Et tout annonce un résultat extrêmement serré d'ici à la fermeture des bureaux de vote, à 21 heures.

C’est dans les grandes villes comme Varsovie, dont il est le maire, que Rafal Trzaskowski compte le plus de soutiens, dans cette population citadine plus jeune, plus ouverte, plus européenne. Parmi ces électeurs, beaucoup osent la comparaison avec Kennedy pour son éloquence et son visage séduisant. D’autres évoquent Mitterrand pour sa grande culture. Tous fondent sur lui beaucoup d’espoir pour ramener la Pologne dans la famille européenne et le respect de ses valeurs, l’Etat de droit, le bon fonctionnement de la justice, le respect de la dignité humaine.

"Je ne veux pas vivre dans un pays comme ça !"

Les personnes LGBT ont été pendant cette campagne la cible systématique du président sortant Andrzej Duda qui les décrit comme une menace au modèle familial traditionnel. L’un des proches du président a résumé et caricaturé la campagne de leur adversaire : Rafal Trzaskowski est le candidat du drapeau bleu étoilé de l’Europe et du drapeau arc-en-ciel (sous-entendu : des LGBT), il n’est pas le candidat du drapeau blanc et rouge de la Pologne.

Ce qui sépare les deux candidats de cette présidentielle polonaise, c’est donc l’appartenance à l'Europe. Une ligne de fracture, au même titre que l’écologie. Duda ne croit pas au changement climatique, pas plus qu’il ne croit en l’Europe. Il apprécie les fonds européens qui lui permettent de développer son pays et de verser des aides aux agriculteurs – et donc à son électorat – tout en fustigeant l’Europe dans ses discours. Et on n'a vu le drapeau européen à côté du drapeau polonais que dans les meetings de Trzaskowski. Pour Yola, électrice du candidat libéral, si Trzaskowski n’est pas élu dimanche, elle craint des affrontements avec le parti conservateur et nationaliste Droit et Justice (PiS), qui soutient Duda. "Je crois que ce sera dans la rue, une grève, comme les gilets jaunes chez vous. Parce que la moitié du pays ne veut pas tout ce que propose le PiS. Je ne veux pas vivre dans un pays comme ça ! Moi, j'ai un problème, mon mari croît au PiS, alors c'est la guerre à la maison..."

Andrzej Duda sans réserves de voix

Duda fonde sa popularité sur les personnes plus âgées, dans les campagnes, très catholiques, très conservatrices. Pour Wojciech, qui vient de voter Duda comme au premier tour, ce choix est une évidence : "Les Polonais ne comprennent pas que la seul façon d'exercer un pouvoir stable, c'est d'avoir un président fort et autoritaire". C'est avec ce discours nationaliste, populiste et conservateur que Duda a séduit il y a 15 jours 43,5% des électeurs au premier tour. Il est donc, sur le papier, en ballotage favorable. Il devance de 13 points Rafal Trzaskowski, avec 2,5 millions de voix supplémentaires. Il a fait quasiment le plein, autour des 40% habituels que réalise le PiS.

Il y a cinq ans, c'est Duda qui représentait un visage jeune, neuf et indépendant. Des qualités qui sont aujourd’hui à mettre au crédit de son adversaire, 48 ans lui aussi. Trzaskowski est le candidat inattendu de cette élection, apparu après l’annonce du report de cette présidentielle qui devait avoir lieu le 10 mai, reportée à cause de l’épidémie de coronavirus. En à peine quelques semaines, l’opposition s’est trouvée un visage. Et Duda qui était auparavant donné gagnant dès le premier tour n’a fait que dégringoler… Il est donc en avance mais il n’a pas la dynamique de son côté. Et Trzaskowski peut compter sur davantage de reports de voix des électeurs d’autres partis d’opposition.

La participation, clé du scrutin

Dans cette élection au coude-à-coude, le niveau de participation est déterminant. Depuis la chute du communisme il y a trente ans, la Pologne n’avait jamais connu un tel taux de participation au premier tour d’un scrutin, quel qu’il soit : 65%. L’électorat conservateur de Duda a senti le danger et ceux qui veulent tourner la page (parmi eux, beaucoup d’abstentionnistes et des jeunes) ont cette fois-ci fait entendre leurs voix.

Le contexte, cette épidémie de coronavirus, a indéniablement un peu plus joué en défaveur de Duda, avec une crainte de se rendre aux urnes chez les plus de 60 ans, le cœur de cible de son électorat. Vont-ils, deux semaines plus tard et vu qu’on annonce un résultat très serré, se mobiliser davantage ? Ce qui est certain, c’est que globalement, l’électorat de Duda forme un bloc compact et déterminé. Là où celui de Trzaskowski est plus épars, plus composite, moins fidèle d’une certaine façon. La grande question est donc : est-ce qu’en quinze jours, ceux qui s’étaient portés sur des petits candidats d’opposition ont été suffisamment convaincus par le maire de Varsovie pour lui donner ce fort élan dont il a besoin pour espérer l’emporter ?