Attentats à la kalachnikov: «L'absence de frontières facilite le trafic d'armes»

Les kalachnikovs ont tué dans Paris. Près de 120 personnes ont été abattues à l’arme automatique le 13 novembre 2015, mettant en lumière la présence d’armes de guerre entre les mains des terroristes islamistes. Comment ces armes arrivent-elles ? comment circulent-elles ? Les réponses de Jean-Charles Antoine, docteur en géopolitique à l’Institut français de géopolitique et expert en trafic d’armes.

 AK47 (kalachnikov) saisies par les gendarmes.
 AK47 (kalachnikov) saisies par les gendarmes. (Martin Bureau/AFP)

En 2014, environ 5000 armes à feu ont été saisies en France par les forces de l'ordre. Les fusils d'assaut de type kalachnikov représentaient 1% de la totalité des armes saisies en 2013 et 6% des armes de première catégorie.

Est-il facile de se procurer des armes de guerre ? des kalachnikovs?
Oui et non. Avant tout, il faut revenir au contexte. On parle d’armes. A la différence de la drogue, celles-ci, avant d’être illégales, sont toujours légales. Elles sont produites dans des usines, contrôlées par des Etats. Ce n’est qu’après qu’elles peuvent sortir des circuits légaux. Ces sorties peuvent se faire par corruption. Cela arrivait beaucoup dans les pays de l’Est et des Balkans, mais ces pays ont mis un coup d’arrêt à ces pratiques. Elles peuvent aussi se faire par cambriolage d’armureries, par cambriolage de domiciles ou alors en transformant des armes légalement neutralisées que l’on remet sur le marché, après les avoir remises en état.
 
Mais pour se procurer une de ces armes circulant illégalement, encore faut-il avoir les contacts nécessaires. Un contact criminel. Sans ce relais criminel, cela devient beaucoup plus difficile. Les contacts et les informations circulent entre les filières, le grand banditisme, les prisons ou les cités où les gens ont pu se connaître. A partir de là, on peut commander des armes.
 
Pourquoi les kalachnikovs ? Pour un attentat de masse, une arme automatique, une arme d’épaule comme la kalachnikov s’impose pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ceux qui sont partis en Syrie connaissent cette arme. Ils ont appris à l’utiliser. Dans la région, les pays liés au bloc soviétique étaient équipés de cette arme facile à utiliser et rustique. Et puis, au-delà des dégâts que l’arme peut faire, elle a gardé une image d’arme rebelle.
 
En plus, c’est une arme qui a été massivement produite et d’importantes quantités sont en circulation. Résultat, pour une «kalach» de mauvaise qualité, de type albanais, il faut compter entre 1000 et 1500 euros et pour une meilleure, plutôt serbe, compter entre 2000 et 3000 euros (avec les cartouches).

Y-a-t-il des pays qui facilitent le trafic ?
Il n’y a pas de pays responsable. Dans les années 90, il y avait la Serbie, mais c’est fini. Aujourd’hui, les criminels profitent de l’absence de frontières. Un paramètre qui fait que les criminels et les armes peuvent circuler plus facilement dans l’espace Schengen.

Mais ce n’est pas ça qui crée le trafic. Celui-ci vient de ceux qui veulent des armes, pour la drogue, le banditisme ou autre. Il n’y a donc pas de pays plus ou moins ouverts au trafic. Mais il est certain que la Belgique qui apparaît dans de nombreuses enquêtes a une particularité. Alors que la France est un Etat jacobin et centralisé, la Belgique est une fédération, habitée par deux communautés, bénéficiant d’une coordination moins forte de ses services et a un positionnement géographique au cœur de l’Europe entre l’Allemagne, les Pays-Bas et la France.
 
Les armes partent vers les marchés où les besoins sont importants. Aujourd’hui, les armes sont en Afrique ou au Proche-Orient. Mais elles suivent les événements géopolitiques. Et les stocks sont toujours aussi importants. On estime qu’en Moldavie, il existe un stock de 55.000 tonnes d’armes légères. L’équivalent de quelque 10 millions d’armes.

Comment les armes passent-elles du grand banditisme au terrorisme?
Les auteurs d’actes terroristes ont en général commencé dans les milieux criminels. Dans le trafic de drogue, souvent. Ils ont connu des criminels dans les prisons. Résultat, ils ont des connaissances communes pour trouver les armes. Cela est vrai pour les frères Kouachi ou Coulibaly qui ont débuté dans la délinquance avant de se radicaliser. Facile pour eux d’avoir les contacts nécessaires afin d’obtenir les armes.

Jean-Charles Antoine a notamment publié A armes illégales aux Editions du Plateau.