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Anti-monarchiste notoire, Bart De Wever, vainqueur des législatives, a été reçu par le roi lundi

Rencontre peu ordinaire entre le souverain et le séparatiste flamand, anti-monarchiste Bart De Wever, vainqueur chez les néerlandanphones des législatives, dimanche, à la tête de la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), devenue dimanche la plus importante formation de Belgique avec 27 députés sur 150.Bart De Wever est devenu incontournable.
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Le président du parti flamand N-VA, Bart De Wever, savourant son triomphe électoral le 13 juin 2010 (AFP - BELGA PHOTO - DIRK WAEM)

Rencontre peu ordinaire entre le souverain et le séparatiste flamand, anti-monarchiste Bart De Wever, vainqueur chez les néerlandanphones des législatives, dimanche, à la tête de la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), devenue dimanche la plus importante formation de Belgique avec 27 députés sur 150.

Bart De Wever est devenu incontournable.

Il a été le premier président de parti à franchir les grilles du château de Laeken, selon un bref communiqué du palais royal. Il est arrivé sans cravate, contrairement aux usages.

Il devait être suivi par le président du Parti socialiste francophone (PS), Elio Di Rupo, vainqueur côté francophone avec 26 députés.

"Je ne vois pas pourquoi ce serait mon ami"
Dans le passé, Bart De Wever s'est clairement affiché contre la monarchie belge. "On ne peut que constater que dans l'histoire, les Saxe-Cobourg (dont est issue la monarchie belge depuis 1831) étaient contre chaque mouvement d'émancipation : émancipation flamande, sociale, ouvrière, éthique,... ils étaient toujours contre. Donc je ne vois pas pourquoi ce serait mon ami", a-t-il déclaré il y a quelques mois à la télévision RTBF.

Au lendemain de sa victoire, il s'est cependant dit prêt à répondre aux invitations du palais. "C'est le roi qui est chef de l'Etat, qui convoque les gens et qui nomme un médiateur", a-t-il déclaré.

Il a toutefois ajouté qu'il allait expliquer "sa vision des choses" à Albert II.
"Nous avons conscience de la responsabilité qui nous incombe en tant que parti. Nous voulons nous mettre à l'oeuvre au plus tôt pour arriver à des structures qui fonctionnent", a-t-il expliqué.

La N-VA prône l'indépendance à terme de la Flandre mais propose dans l'immédiat le passage par une étape intermédiaire, le "confédéralisme", où les régions belges disposeraient d'une très large autonomie.

Rien ne s'oppose en principe à la nomination de Bart De Wever comme formateur du gouvernement, mais l'intéressé ayant fait savoir qu'il ne briguerait pas le poste, tous les regards se sont tournés vers le chef chef du Parti socialiste francophone (PS) Elio Di Rupo, arrivé en tête dans sa communauté.

La tradition est de confier les rênes du gouvernement à la "famille" politique qui de part et d'autre de la frontière linguistique a remporté le plus de sièges. C'est le cas des socialistes des deux bords, qui ont obtenu 39 sièges à eux deux.

Le triomphe des indépendantistes flamands
La Nouvelle alliance flamande a recueilli 28,3% des voix dans la région néerlandophone du nord où vivent 60% des 10,5 millions de Belges, selon des résultats officiels portant sur la quasi-totalité des bulletins.

La victoire des indépendantistes pourrait contraindre les francophones à accepter l'autonomie accrue réclamée par les néerlandophones.

Les Belges élisaient 150 députés fédéraux à la proportionnelle. La Flandre, au nord, votait pour les formations néerlandophones, la Wallonie au sud pour les formations francophones, les habitants de Bruxelles et de sa banlieue pouvant voter pour les unes ou les autres.

Un vote historique en Flandre
Jamais un mouvement prônant l'indépendance de la Flandre n'avait remporté un scrutin législatif fédéral. Le meilleur résultat à ce jour avait été obtenu en 1971 par la Volksunie avec quelque 19%.

Dans cette région, la N-VA devance nettement le parti chrétien-démocrate (CD&V) de l'actuel Premier ministre Yves Leterme qui ne recueille que 17,5% des suffrages, devant les socialistes et les libéraux.

Avec 27 à 28 élus à la Chambre des députés selon les dernières projections, la N-VA deviendrait le plus grand parti du royaume.

Et en additionnant les voix de la N-VA, du parti d'extrême droite Vlaams Belang (12,7%) et d'un parti populiste - la Liste De Decker créditée de 3,7% -, les partis prônant d'une manière ou d'une autre l'indépendance de la Flandre représentent près de 45% de l'électorat flamand.

Du côté des Francophones
L'électorat francophone a voté de manière distincte en raison de la division électorale du pays. Le Parti socialiste (PS) est arrivé largement en tête, avec un total cumulé de 36,5% des voix en Wallonie (sud) et à Bruxelles, ville enclavée en Flandre mais très majoritairement francophone. Il devance le Parti libéral, en recul à 24,8%, le Parti centriste et les écologistes.

Une coalition difficile à trouver
La victoire des indépendantistes flamands va compliquer un peu plus la recherche dans un premier temps d'une nouvelle coalition gouvernementale belge entre partis flamands et francophones, puis surtout d'un compromis sur les revendications institutionnelles des néerlandophones. Les négociations en ce sens, qui débuteront lundi, pourraient durer des mois, alors que la Belgique prend en juillet la présidence tournante de l'Union européenne.

Paradoxalement, la victoire de la NVA en Flandre pourrait aboutir à ce que pour la première fois depuis les années 1970 le Premier ministre belge soit un francophone, socialiste de surcroît, en l'occurrence le vainqueur chez les francophones: le chef du PS, Elio Di Rupo, qui a implicitement fait acte de candidature dimanche soir.

En effet, le leader de la N-VA a confirmé dimanche ne pas vouloir diriger le gouvernement fédéral. Et les autres partis flamands, après s'être cassé les dents à plusieurs reprises, sont tentés cette fois de laisser un Francophone aux commandes. D'autant que M. Di Rupo est plus ouvert à un compromis.

Bart De Wever appelle à la réforme
Le leader de la N-VA, Bart de Wever, a revendiqué la victoire en fin d'après-midi devant ses sympathisants réunis à Bruxelles.

"La N-VA a gagné les élections aujourd'hui. Nous avons obtenu 30% des voix (en Flandre). Nous sommes le plus grand parti de Flandre (...) Les Flamands ont opté pour le changement, nous n'allons pas les décevoir. Il faut réformer l'Etat et il faut assainir les finances publiques", a-t-il déclaré. "Je tends la main aux francophones. Personne n'a intérêt à ce que le pays reste bloqué", a-t-il ajouté en invitant les partis wallons à négocier un "grand accord" pour le pays.

Selon le président de la N-VA, les partis traditionnels, incapables de gérer le pays et il a fait campagne pour un modèle "confédéral".

Il estime que la Flandre et la Wallonie devraient être entièrement autonomes sur le plan économique et signer, au cas par cas, des accords de coopération, par exemple en matière de défense ou d'affaires étrangères. Bart De Wever prévoit à terme une "évaporation" de la Belgique.

Forte de sa supériorité démographique, la Flandre demande la suppression des derniers droits linguistiques des francophones qui vivent sur son territoire, en périphérie de Bruxelles.

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