Cet article date de plus de neuf ans.

Anders Behring Breivik avait été signalé aux services de sécurité en mars, a signalé la police norvégienne lundi

Celui qui a reconnu avoir perpétré le carnage qui a fait 76 morts en Norvège vendredi (68 tués lors de la fusillade sur l'île d'Utoya et 8 lors de l'attentat à la bombe à Oslo) avait été signalé pour un achat dans une entreprise vendant des produits chimiques.150.000 personnes se sont rassemblées pour un hommage aux victimes à Oslo lundi soir.
Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min.
Mémorial spontané, installé près de la cathédrale d'Oslo, en l'honneur des 78 victimes des tueries (AFP - JONATHAN NACKSTRAND)

Celui qui a reconnu avoir perpétré le carnage qui a fait 76 morts en Norvège vendredi (68 tués lors de la fusillade sur l'île d'Utoya et 8 lors de l'attentat à la bombe à Oslo) avait été signalé pour un achat dans une entreprise vendant des produits chimiques.

150.000 personnes se sont rassemblées pour un hommage aux victimes à Oslo lundi soir.


Il s'agit d'estimations réalisées par les médias norvégiens car la police, qui n'a pas donné de chiffre officiel, a juste évoqué un nombre "gigantesque" de manifestants réunis près de l'hôtel de ville sur la rive du fjord de la capitale norvégienne où les participants tenaient pour la plupart des roses à la main.

La manifestation - baptisée la marche aux fleurs - a été également suivie dans plusieurs autres villes du pays, selon des images de la télévision nationale.

Drapeaux en berne, la Norvège avait auparavant honoré la mémoire des victimes en observant une minute de silence à midi, imitée par les autres pays nordiques (Finlande, Islande, Suède et Danemark) et les institutions européennes.

La famille royale norvégienne, le Premier ministre Jens Stoltenberg et des membres de la Norvège officielle ont pris part dimanche à la dans la cathédrale d'Oslo.

Un signalement aux services de sécurité
Anders Behring Breivik avait fait l'objet d'un signalement aux services de sécurité norvégiens en mars, a annoncé Janne Kristiansen, la directrice de l'Agence de sécurité de la police. Ce signalement faisait état d'un achat modique dans une entreprise polonaise qui vendait des produits chimiques, mais l'épisode était trop anodin pour qu'on lui donne suite, a-t-elle dit.

"En mars, nous avons reçu (...) une liste de 50 à 60 noms, et son nom y figure parce qu'il avait dépensé 120 couronnes (15 euros) dans une entreprise en Pologne", a déclaré Mme Kristiansen à la chaîne de télévision publique NRK. "Cette entreprise était surveillée parce qu'elle vendait entre autres des produits chimiques", a-t-elle ajouté.

"Nous n'avons pas le droit d'inscrire comme cela des noms dans nos registres, mais on a vérifié si on avait quelque chose de plus sur ces personnes, si certaines pouvaient être rattachées à d'autres informations en notre possession, toutefois on n'avait absolument rien sur Behring Breivik", a-t-elle poursuivi. "Il a vécu une vie incroyablement respectueuse de la loi", a-t-elle ajouté.

Poursuites pour "crimes contre l'humanité" ?
La police norvégienne envisage d'invoquer une nouvelle disposition du code pénal punissant les "crimes contre l'humanité" pour poursuivre Anders Behring Breivik.

Introduite dans le code pénal norvégien en 2008, cette disposition qui porte sur les "crimes contre l'humanité" prévoit une peine maximale de 30 ans de prison.

Cité au style indirect par le journal Aftensposten, le procureur Christian Hatlo a souligné que le recours à ce paragraphe 102 n'était à ce stade qu'une éventualité.

L'audition du suspect
Après avoir comparu lundi, l'auteur présumé des tueries, Anders Behring Breivik, a été placé en détention provisoire pour une période renouvelable de 8 semaines.

Il a affirmé devant le juge qu'il avait coopéré avec "deux autres cellules" dans son organisation, sans plus de précision. Dimanche, il avait affirmé avoir agi seul.

L'agresseur a dit avoir voulu s'en prendre au Parti travailliste, au pouvoir en Norvège, parce qu'à son avis il avait "trahi" le pays. En massacrant sur une île des dizaines de membres des jeunesses de cette formation politique, il a voulu porter un coup d'arrêt au recrutement de nouveaux membres. Lequel, selon lui, favorise la venue massive de musulmans en Norvège.

Il a ajouté vouloir éviter que l'Occident ne soit contrôlé par les musulmans. Il a par ailleurs déclaré que les attaques ne visaient pas à faire un maximum de victimes.

Il s'est également dit prêt à passer toute sa vie en prison.

L'audience, qui a duré environ 40 minutes, s'est tenue à huis clos conformément aux voeux de la police.

Un geste planifié de longue date
Dans un mémoire en anglais de 1500 pages (voir plus loin) publié sur internet avant son passage à l'acte, Breivik, 32 ans, révèle qu'il préparait ses opérations depuis l'automne 2009 au moins.

Samedi, devant les enquêteurs, ce "fondamentaliste chrétien", proche de l'extrême droite, a reconnu être l'auteur des attentats, et a jugé son acte "cruel" mais "nécessaire", selon son avocat. Son avocat indiquait dimanche que son client reconnaissait les faits mais estimait n'avoir "rien fait de répréhensible". Le même jour, la police d'Oslo a aussi indiqué qu'il reconnaissait les faits mais "pas sa responsabilité criminelle".

Il encourt la peine maximale 21 ans de prison en Norvège, la peine maximale. Des voix se sont élevées, sur internet, pour réclamer le rétablissement de la peine de mort.

Des motivations islamophobes et antimarxistes
Le Norvégien de 32 ans a publié sur internet un mémoire en anglais de 1500 pages, intitulé "2083: une déclaration européenne d'indépendance". Truffé de diatribes islamophobes et antimarxistes, il détaille les préparatifs des attaques, évoquant "l'usage du terrorisme comme un moyen d'éveiller les masses". Il y dénonce aussi "la colonisation islamique et l'islamisation de l'Europe occidentale" et fustige "la montée d'un multiculturalisme-marxisme culturel" en Europe

Le manifeste, entrecoupé de longues références historiques, comprend de nombreux détails sur la personnalité du suspect, sa manière d'opérer pour fabriquer une bombe et s'entraîner au tir, et son carnet de bord très précis des trois mois précédant les attaques.

Il se termine par "je pense que ceci sera ma dernière entrée. Nous sommes maintenant le vendredi 22 juillet, 12h51", soit moins de 3h avant le début des attaques d'Oslo.

Il y établit également une liste des pays à cibler en Europe, essentiellement liée à leurs proportions d'habitants musulmans, qui place la France en tête.

Il apparaît également dans une vidéo, postée sur YouTube, qui vante le combat contre l'islam. Sur cet enregistrement d'environ 12 minutes, intitulé "Templiers 2083", on le voit revêtu d'une combinaison de plongée en train de brandir une arme automatique.

Le père du suspect réside en France
Le père d'Anders Behring Breivik, un retraité qui vit depuis un an à Cournanel, un village de 503 habitants proche de Limoux, dans l'Aude, a dit lundi avoir "honte" de son fils.

Jenz Breivik a accordé une interview à une journaliste de la télévision norvégienne dont il a fait sa porte-parole dans l'espoir de voir partir la quinzaine de journalistes qui entouraient sa maison depuis dimanche. "Il a honte de son fils. Il n'avait pas beaucoup de contacts avec lui. Ils se sont séparés quand le garçon avait 15 ans, le garçon disait qu'il voulait aller aux Etats-Unis et qu'il ne voulait pas avoir de contact avec son père. Mais même avant cela, il n'avait pas beaucoup de contacts", a-t-elle ajouté.

Jenz Breivik, un ancien diplomate qui a été en poste dans plusieurs capitales européennes, dont Paris, s'exprimait dans la maison qu'il habite avec sa seconde femme, Wanda, mais a refusé de montrer son visage de face devant la caméra norvégienne.

Lundi matin, une dizaine de gendarmes étaient toujours positionnés autour et dans la maison du couple norvégien. "Cette présence de gendarmes se fait dans le cadre d'une mission de sécurisation tout à fait normale", a précisé le procureur de la République de Carcassonne.

Le scénario des attaques
Une ou deux bombes de forte puissance ont d'abord explosé vendredi en milieu d'après-midi près du siège du gouvernement. La fusillade sur une île des environs d'Oslo qui a suivi apparaissent comme une attaque concertée pour frapper au coeur le royaume scandinave. Le premier ministre, Jens Stoltenberg, n'était pas présent au moment de la première attaque.

Entendue à des kilomètres à la ronde, l'explosion (ou les explosions) a a soufflé les fenêtres du bureau du chef du gouvernement. Tous les immeubles alentour ont également été fortement touchés. Les trottoirs, sur lesquels gisaient de nombreux blessés, étaient jonchés de débris de verre alors que de la fumée s'élevait du quartier.

La fusillade qui s'est produit quelques heures plus tard au rassemblement annuel du mouvement de jeunesse du Parti travailliste à Utoya, une petite île boisée longue de 500 mètres proche de la capitale. Selon la police, le chef du gouvernement devait initialement se rendre à ce rassemblement.

Un homme se faisant passer pour un policier s'est présenté à l'entrée du rassemblement. "Nous nous étions tous rassemblés dans le bâtiment principal pour parler de ce qui s'était passé à Oslo. Tout à coup nous avons entendu des tirs. Au début, on s'est dit que ce n'était pas possible", a déclaré une adolescente de 16 ans, Hana, au journal Aftenposten. "J'ai vu un policier qui se tenait debout avec des sortes de boules Quiès. Il a dit 'j'aimerais vous rassembler tous' puis il a couru à l'intérieur et il a commencé à tirer sur les gens. Nous avons couru en direction de la plage et nous nous sommes mis à nager", a-t-elle ajouté.

Dans le carnage qui a suivi, plusieurs dizaine de personnes ont perdu la vie, tombées sous les balles du tireur, décrit comme froid et méthodique, ou mortes en tentant de fuir dans les eaux du lac Tyrifjord. Plusieurs personnes habitant près de là ont pu soustraire à la tuerie des dizaines de personnes.

Par ailleurs, la police norvégienne a annoncé avoir retrouvé des explosifs non utilisés sur le lieu de la fusillade.

A lire aussi

>>

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.