Syrie : le premier procès au monde des exactions imputées au régime de Bachar Al-Assad s'ouvre en Allemagne

Deux membres présumés des services de renseignement syriens, dont un haut gradé, comparaissent à partir de jeudi à Coblence.

Le président syrien Bachar Al-Assad lors d\'un discours à Damas, en Syrie, le 4 novembre 2017. 
Le président syrien Bachar Al-Assad lors d'un discours à Damas, en Syrie, le 4 novembre 2017.  (SANA / AFP)

Une audience sous haute sécurité. Deux membres présumés des services de renseignement syriens, dont un haut gradé, comparaissent à partir du jeudi 23 avril devant le tribunal de grande instance de Coblence, en Allemagne, pour le premier procès au monde des exactions imputées au régime de Bachar Al-Assad.

Le principal suspect, Anwar Raslan, 57 ans, présenté comme un ancien colonel de la Sûreté d'Etat, est poursuivi pour crimes contre l'humanité. La justice lui reproche d'être responsable de la mort de 58 personnes, de la torture d'au moins 4 000 autres, d'un viol et d'un sévice sexuel aggravé entre le 29 avril 2011 et le 7 septembre 2012 dans le centre de détention d'Al-Khatib à Damas, dont il avait la charge.

"Un pas important"

Egalement dans le box des accusés, Eyad Al-Gharib, 43 ans, comparaît pour complicité de crimes contre l'humanité pour avoir participé à l'arrestation de manifestants emmenés dans cette prison, entre le 1er septembre et le 31 octobre 2011. Les deux hommes, en détention provisoire depuis leur arrestation le 12 février 2019, avaient fui leur pays avant de rejoindre l'Allemagne où ils avaient demandé l'asile comme des centaines de milliers de Syriens depuis neuf ans.

Anwar Raslan affirme avoir fait défection fin 2012 et, selon plusieurs médias, avoir rejoint les rangs de l'opposition en exil avant son arrivée en Allemagne le 26 juillet 2014. Il encourt la prison à perpétuité.

Ce procès se tiendra au moins jusqu'à la mi-août. Il constitue "un pas important, c'est le début d'un examen des crimes [du régime syrien] devant une haute cour allemande", souligne Wolfgang Kaleck, secrétaire général de l'ONG allemande ECCHR, qui a notamment apporté son soutien à 16 victimes rescapées, dont certaines se sont constituées parties civiles.